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trouva le prêtre Arnbiorn ; après s'être consulté avec lui, il alla se cacher dans la cave. Gissur accourut derrière lui et demanda à Arnhiorn où il était. Le prêtre refusa de le lui dire, et comme Gissur le menaçait, Arnbiorn céda, mais à la condition qu'on respecterait les jours deSnorri. Gissurseprécipita dans la cave, ilavait avec lui cinq hommes. L'un deux, Simon, dit à Arna de frapper Snorri. — Ne frappe pas, s'écrie Snorri. Simon frappa et retendit à ses pieds. Ainsi mourut le magistrat suprême d'Islande, l'ami des princes. C'était un homme instruit, un poète habile, et un véritable historien. Sa chronique des rois de Norvège, son Ileimskringla, est un ouvrage des plus recommandables. Il puisa les matériaux de cette chronique dans les chants des scaldes, dans des traditions orales et des sagas, vraisemblablement aussi dans les écrits d'Are et de Sœmund, qui ne sont pas venus jusqu'à nous. Mais il sut retrancher des documents auxquels il avait recours tous les faits controversés, toutes les opinions fausses. Il ôta aux scaldes leur exagération, aux conteurs de sagas leur prolixité, et écrivit cette longue histoire que les savants eux-mêmes ont souvent louée, et dont on a fait dans le Nord
plusieurs belles éditions , et plusieurs traductions avec des notes et des commentaires.
Il parait bien démontré aujourd'hui que Snorri est l'auteur de la seconde Edda. Mais il ne l'a pas écrite tout entière. Un de ses neveux, Thordarsen, composa la Scalda, et cita les vers de son oncle comme modèle. Plus tard, elle semble avoir subi diverses interpolations.
Cette Edda se divise en deux parties : 1° les Bœmi-sœgur, fables mythologiques ; 2*^ la Scalda ou la poétique. Il faut y ajouter le chant de Rig, poëme à part, qui se trouve joint comme appendice au manuscrit de Worms ^ Ce poëme raconte l'origine de l'esclave , de l'homme libre , du noble, et la distinction établie entre eux par la naissance. C'est l'expression fidèle de ce sentiment d'aristocratie que le jarl exerçait à l'égard du paysan, et le paysan à l'égard du serf.
Les Dœmi-Sœgur offrent un exposé clair et précis de la mythologie Scandinave. Un roi de Suède, nommé Gylfa, a entendu vanter la sagesse des Ases ; il veut voir par lui - même s'ils sont aussi savants qu'on le dit. Il part et
1, Ucber die Acclithcit dcr Asalolirc von Mûller. P. 45. Sandvig l'a placé dans sa traduction parmi les chants de l'Edda de Sœmund.
arrive à la porte d'un grand château, dont les murailles resplendissantes d'or s'élevaient audessus d'une montagne. A l'entré, un jongleur jouait avec des épées nues, et en lançait en l'air sept à la fois, sans en laisser tomber une. Dans la grande salle du château, des femmes buvaient de la bière, et les trois grands dieux étaient assis sur le trône. Gylfa s'avança près d'eux, les interrogea sur la création du monde , sur le ciel, sur les astres, sur les bons et les mauvais génies. Les dieux répondirent patiemment à ses demandes jusqu'à ce que Gylfa s'avouât vaincu. Alors, par un coup de baguette céleste, le château d'or, le jongleur et les dieux s'évanouirent, et le voyageur se trouva seul au milieu de la nuit, égaré dans les champs; mais il avait conservé le souvenir de sa vision et il la raconta. Cette histoire de Gylfa n'est rien autre chose qu'une compilation de l'ancienne Edda, habilement arrangée. Les chants primitifs se retrouvent là mêlés ensemble, mis en prose, développés et expliqués clairement. L'Edda de Sœmund était comme le dithyrambe de la théogonie Scandinave. Celle-ci en est le catéchisme. Il est probable que Snorri trouva chez son tuteur, à Odda, le recueil do Sœmund, et que là, dans
les loisirs de sa jeunesse, l'idée lui vint de com^ poser, d'après ces poésies entrecoupées, emphatiques et peu intelligibles, un cours de mythologie facile à comprendre. Peut-être aussi, comme l'a dit Magnussen, wSœmund avait-il tracé lui-même l'esquisse de cet ouvrage, et Snorri ne fit que la continuer.
La seconde partie de l'Edda, la Se aida, n'est comme la première qu'une œuvre d'ana'yse et de compilation. Nous avons vu dans un chapitre précédent à quel point de raffinement littéraire les poètes Scandinaves en étaient venus. La Scalda est le code de ces poètes si jeunes encore et sitôt vieillis; c'est leur traité de versification, leur Gradus ad Parnassum. Dans une fable mythologique que nous avons déjà citée et qui sert, en quelque sorte, d'introduction à cette théorie, l'auteur do la Scalda raconte l'origine de la poésie, puis il fait un long vocabulaire de toutes les dénominations dont les poètes peuvent se servir pour désigner un même objet, de tous les mots figurés, de toutes les tropes, de toutes les périphrases admises par l'art, consacrées par l'usage.
Ainsi le livre de Sœmund et celui de Snorri représentent ce qui est arrivé dans toutes les
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littératures; d'abord le chant et puis l'analyse; d'abord le poème et puis !a règle : Homère et Aristote, Virgile et Quintilicn, Milton et Johnson. Ainsi les deux Edda se complètent Tune par l'autre; la première est l'œuvre, la seconde est le précepte; celle-là nous émeut, celle-ci nous instruit, et toutes deux présentent un tableau complet des mythes religieux, des traditions héroïques du Nord , de la poésie des scaldes et de l'art des rhéteurs Scandinaves.
Il existe trois manuscrits de l'Edda de Snorri, l'un à la Bibliothèque royale, le second à la bibliothèque de l'université de Copenhague, le troisième à Upsal. Elle a été imprimée pour la première fois en 1G65, par Hesenius ^ En 1818, Rask en a publié, à Stockolm, une édition beaucoup plus complète, et l'on en prépare maintenant une nouvelle en Islande. Les Dœmi-Sœgur ont été traduites en danois par Nyerup ; en allemand, par Ruhs et Mayer ; en fiançais, par Mallet. Comme cette mythologie prosaïque de Snorri est plus intelligible que celle de Sœmund, elle a toujours été plus populaire.
1. Son vrai nom estRescn. il naquit à Copenhague en 1623, et niourul en 1688. Le texte islandais de l'Edila, publié par lui, est accompagné d'une traduction latine et danoise.