‹ Lettres sur l'Islande, et poésiesChapitre 70 sur 145 · Cisla Surscn saga · texte numérisé non relu

Cisla Surscn saga

ils s'élancent hors du rivage, et malheur à qui tenterait d'arrêter ces faucons d'Islande dans leur vol! Malheur à qui leur disputerait la domination du glaive et la royauté de la mer! Ils aiment le combat, le cliquetis du glaive, l'odeur du sang. L'éducation qu'ils ont reçue leur a appris à se laisser tuer plutôt que de fuir devant un ennemi, et la religion Scandinave leur rend la mort belle. Après une longue lutte, Asmundr est parvenu à dompter Egil. 11 le jette par terre, et le tient d'une main robuste sous son genou. — Je ne puis te tuer, dit-il, car je n'ai pas mon épée; veux-tu me promettre de m'attendre, et j'irai la chercher. — Je te le promets, dit Egil. Asmundr court chercher son épée, et retrouve son adversaire étendu par terre et attendant paisiblement lamort '. Quand ils sont tombés glorieusement sur le champ de bataille, on les enterre avec leurs armes, et ils ^vont rejoindre Odin dans le V'alhalla. Quelquefois même iis revivent, comme le Cid,darts leur tombeau. Un soir un paysan passait auprè de la grotte où était enseveli Gunnar; il entendit un bruit confus et aperçut des étincelles de lumière entre les rochers qui recouvraient le 1. Sagan cf Eigli iunheada ok Asinundi.

corps du héros. Il s'en alla chercher les fils de Gunnar, et le soir ils revinrent tous ensemble. La lune projetait une lueur pâle sur la vallée , mais quatre flambeaux brillaient dans la tombe, et le vieux guerrier, couché sur son armure, chantait son chant de mort K

Souvent les Islandais n'entreprenaient un de leurs voyages que pour se mesurer avec un guerrier célèbre, souvent aussi pour se venger d'une injure. La vengeance était pour eux une chose tellement sacrée, qu'ils croyaient que le ciel luimême pouvait au besoin l'illustrer par un miracle. Un pauvre aveugle de naissance, Asmunder, s'envient à l'Alting demander à Litingr satisfaction de la mort de son père. Litingr la lui refuse. — Si je n'étais pas aveugle^ s'écrie Asmundr, je saurais bien me venger. Il rentre dans sa tente , et tout à coup ses yeux s'ouvrent à la lumière. — Que Dieu soit loué ! dit-il, je vois ce qu'il veut de moi ; et il saisit une hache, se précipite sur son ennemi et le tue. Un instant après ses yeux se ferment de nouveau et il reste aveugle ^. Dans la saga de Volsun^, l'implacable Signi a juré de venger sur son époux Siggeir la

Page 1