Undersœgelse om det garnie nordiske sprog
2. Tunga kom met Iheim hingat er ver kolluin norrœna ok gckk tuuga uni Saxland, Danniœrk, ok Svilhiod, Noreg , ok uni nokkurn hlute Eiiiglands. — Ces hommes (les Ases) apportèrent avec eux la langue que nous appelons langue du Nord , et elle se répandit en Saxe, en Danemark, en Suède, en Norvège, et dans quelques parties de l'Angleterre. Fornmanna sœgur, t. II, p. 41:2. Le même passage se trouve dans Rymbegla, troisième partie, cbap. i.
mença à perdre son influence, ou quand il s'écarta du dialecte primitif, la langue danoise s'appela langue du Nord (norrœna ^ tungu ou norrœnt maï)^ et enfin, au douzième siècle, langue islandaise, car le danois, le suédois, avaient pris une autre direction, et la langue mère , la vraie langue, se trouvait retranchée en Islande. Elle avait été transplantée dans cette nouvelle terre par une colonie de familles nobles qui la parlaient avec une sorte d'élégance et qui craignaient de l'altérer. C'est ainsi qu'elle rejeta tout alliage étranger, toute locution nouvelle. C'était en Norvège la langue de tout le monde, ce fut en Islande une langue choisie et épurée. Qu'on se figure maintenant, sous le règne du petit-fils de Charlemagne, les premières familles de la Gaule , les premiers soldats qui prêtèrent, en langue romane, le serment que nous connaissons, jetés tout à coup sur une île ignorée au milieu de l'Océan, échappant à toute influence extérieure, et conservant avec un soin religieux les souvenirs traditionnels que leur ont transmis leurs pères, et la langue qu'ils ont
\. Ce mot signifiait à la fois langue du Nord et langue norvégienne, mais ou remployait plus souvent dans la première acception.
appris à balbutier. Pendant ce temps , tout change dans le pays qu'ils ont quitté, notre histoire se renouvelle, notre langue se transforme. Celle de Corneille remplace celle de Villon, celle de Balzac ne ressemble pas à celle de Rousseau. Un jour nous abordons sur cette île habitée par des hommes issus de la même race que nous, et ils nous parlent une langue que nous n'entendons plus, et ils lisent des livres que nous ne pouvons comprendre. C'est la langue primitive de nos pères, ce sont les livres écrits il y a neuf siècles. Or, voilà précisément le phénomène philologique qui est arrivé en Islande, à l'égard du Danemark, avec cette différence que la langue romane, autant que nous pouvons en juger d'après le serment de Strasbourg, n'était encore qu'un idiome grossier et informe, tandis que la langue islandaise, à l'époque où elle traversa les mers avec la colonie norvégienne, est énergique, souple et richement développée. En l'étudiant aujourd'hui, avec les idées de la philologie progressive que le temps nous a enseignées, on est étonné de ses combinaisons grammaticales, de son allure franche et hardie, de son habileté à rendre les nuances les plus délicates de la pensée, et de
son accentuation à la fois douce et sonore. Elle n'a ni les syllabes dures des langues germaniques, ni le sifflement perpétuel de l'anglais. Sa construction est simple, assez semblable à la nôtre, et cependant plus libre. Elle a, comme l'allemand, une admirable aptitude à créer de nouveaux mots ; elle a, comme le grec, les trois genres, comme le danois Varticle déterminé qui se place à la fin des substantifs, comme le latin la déclinaison des noms propres. Et, cependant, elle est restée telle qu'elle était. Seule* ment on vous dira que sur les côtes de l'île , dans les ports fréquentés par les bâtiments étrangers, le peuple a modifié légèrement sa prononciation et mêlé quelques expressions danoises à l'élément islandais ; mais, dans l'intérieur du pays, elle s'est conservée pure et intacte, on la parle comme on la parlait au temps d'Ingolfr, le premier colon, et, dans toute l'étendue de l'ile, il n'est pas un paysan illettré, par un pâtre ignorant, qui ne comprenne parfaitement les livres islandais les plus anciens. L'étude de cette langue est d'une haute importance, non-seulement pour les œuvres qu'elle renferme, mais parle large espace qu'elle nous ouvre au Nord. Elle jette un rayon lumineux
sur toute la philologie Scandinave, elle touche au méso-gothique, elle nous rapproche de l'Asie. J'ai constaté par des recherches faciles à faire son identité étroite avec le danois et le suédois, sa parenté avec l'allemand, le hollandais, l'anglo-saxon et l'anglais. D'autres ont établi, par des recherches vraiment savantes, ses rapports avec le grec et les langues slaves *. Les plus anciens monuments littéraires de l'Islande sont les runes. Peu de questions ont occupé autant que celle-ci la science des antiquaires, et jusqu'à présent elle est restée indécise. Ni Worm, ni Grimm, ni Magnussen, ni Rask, n'ont pu lui donner une solution complète. On ignore l'époque positive à laquelle les runes furent introduites en Europe et celle à laquelle elles cessèrent d être en usage. On n'a pas encore déterminé leur valeur précise dans les temps anciens, ni leur filiation, ni le rapport exact du caractère runique au caractère écrit que nous employons de nos jours. Plusieurs philologues ne sont pas même d'accord sur l'interprétation à donner aux runes. Pal-
1 . Je citerai entre autres le livre de Rask : Undersœgesîe om det garnie islandske sprog, l'un des meilleurs ouvrages philologiques qui aient paru dans les temps modernes.
grave rapporte dans son Histoire des Anglo- Saxons une inscription à laquelle trois hommes distingués ont attribué un sens totalement opposé. Champollion, Seyffarth n'ont pas eu plus de contestations sur les hiéroglyphes égyptiens que les écrivains d'Allemagne et de Danemark n'en ont eu sur les hiéroglyphes du Nord. Dans cet état d'incertitude, quelle que puisse être notre opinion , nous nous garderons bien de conclure, et nous chercherons seulement à rapporter aussi exactement que possible ce que l'on sait sur les runes.
Le mot rune en islandais signifie /)aro/e, mais surtout parole mystérieuse. Il se retrouve dans la langue méso-gothique, kymrique, anglosaxonne, et toujours avec la même signification. Les Finnois l'emploient pour désigner leurs chants populaires, leurs vieilles ballades \ et les sagas islandaises lui donnent souvent aussi le même sens.
Selon les traditions anciennes, les runes furent apportées dans le Nord par Odin. Ce fut lui qui apprit au peuple à s'en servir, et qui lui révéla leur puissance magique. Avec les runes,
1. On a publié dernièrement en Allemagne un recueil de ballades fuioiscs avec le litre de Finnische Runcn.
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il pouvait, dit l'Edda \ guérir les maladies, apaiser les orages, arrêter une flèche dans son vol. Avec les runes il brisait les chaînes des prisonniers, il réveillait les morts, il étouffait un incendie. Il savait comment il fallait les employer pour gagner l'amour d'une femme, et il connaissait des secrets mystérieux qu'il ne voulait révéler qu'à sa sœur ou à sa bien-aimée.
Dans une autre partie de l'Edda, Sigurd prie une valkyrie de lui enseigner la sagesse, et elle lui apprend différentes espèces de runes ; les runes victorieuses pour résister à ses ennemis, pour triompher dans les combats; les runes de mer pour n'avoir rien à redouter des orages; les runes de forêt pour connaître les plantes médicales et traiter efficacement toutes les plaies.
On gravait les runes sur la proue du navire, sur le pommeau du glaive, sur les cornes à boire, quelquefois sur des baguettes en bois que Ton portait en guise d'amulette ', et le peuple croyait à la vertu de ces caractères mystérieux.