‹ Lettres sur l'Islande, et poésiesChapitre 76 sur 145 · Runa-Thattr · texte numérisé non relu

Runa-Thattr

2. Los Grocnlaiidais ont encore dépareilles amulettes, et croient qu'on employant de certaine manière quelques caractères de l'alphabet, ils peuvent faire mourir Torgarnsuk, leur esprit le plus puissant. Voyez Egedc. Det garnie Grœnlands nyc Pcrlustralion,

Un jour on présenta à Egil une coupe empoisonnée, il s'ouvrit une veine, en fit jaillir du sang, écrivit avec ce sang des paroles runiques sur la coupe, et à l'instant elle se rompit en deux *. Un autre jour, on le conduisit auprès d'une jeune malade pour laquelle on avait inutilement employé tous les remèdes; il la fit lever, chercha dans son lit, et, à la place où elle était couchée, trouva une baguette couverte de caractères runiques. Il prit cette baguette, la jeta au feu, et en replaça une autre, avec d'autres lettres, sous l'oreiller de la malade. A peine s'était-elle mise dans son lit, qu'il lui sembla qu'elle sortait d'un long sommeil. Elle se sentait encore très-faible, mais elle était guérie.

Quelquefois la rune n'était autre chose qu'une lettre hiéroglyphique. On la gravait avec la pointe d'un couteau sur le bras ou sur la poitrine. Un iV signifiait naud (nécessité); un 7, js (glace) ; un F, Freya (déesse de l'amour) ; un JA, TAor (dieu de la force). C'étaient là les runes puissantes, les runes mystiques, enseignées par les dieux, adoptées par la foule et perpétuées par la tradition.

Mais il y avait, à côté de ces hiéroglypes re-

i. Egilssaga, p. 212.

vêtus d'un tel prestige, un alphabet runique fort simple , servant aux inscriptions de batailles, aux épitaphes, et les paysans de la Norvège, de la Finlande, les employaient à se faire des calendriers. De là est venu tout le merveilleux des croyances populaires. Cet alphabet se composait de quinze à seize caractères ^ Il n'y avait qu'un seul caractère pour les consonnes dont l'accentuation se ressemble, pour le g et le ky pour le d et le /, pour le h et le p, pour le w, le r, le y *. Évidemment c'étaient là des caractères d'écriture venus de l'Asie, et descendant peutêtre en droite ligne des Phéniciens. Mais le peuple, qui ne les comprenait pas, leur attribua une influence mystérieuse. Il lui fallaitun moyen quelconque de tromper son ignorance, d'amuser sa crédulité. Il prit ces hiéroglyphes et se tatoua comme les sauvages de l'Inde, et se fit des amulettes comme les fakirs. Les prêtres , qui avaient sans doute intérêt à le laisser dans cette erreur, ne cherchèrent point à réclairer. Ils se servirent de l'alphabet runique selon leurs lois

1. L'alphabet irlandais, qui se rapproche de l'alphabet islandais et anglo-saxon, n'a encore que dix-sept caractères. L'alphabet sténographiquc n'en a que seize.

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