Les Danois prononcent encore Vy comme Vu
secrètes, et abandonnèrent la foule à ses superstitions.
Quand le christiansme pénétra dans le Nord, les missionnaires poursuivirent de tout leur zèle l'usage des runes, qu'ils regardaient comme un reste de paganisme. Mais ils ne purent ni l'anéantir d'un seul coup, ni faire disparaître les anciens monuments. Les runes se propagèrent parmi certaines populations, jusqu'au quatorzième siècle K C'est là encore une des richesses scientifiques du Nord. En prenant les runes sous le point de vue fabuleux, elles présentent un côté pittoresque des superstitions Scandinaves; en les prenant sous le point de vue réel, elles nous aident à remonter à l'origine de l'écriture. Un jeune Islandais, que la mort a malheureusement enlevé trop tôt à de b-.lles et savantes études, M. Bryniolscn, auteur d'une dissertation latine qui parut, il y a quelques années, avec éclat à Copenhague, après avoir comparé l'alphabet runique du Nord à l'alphabet grec, étrusque, slave, phénicien, persan, arménien , égyptien , indien , n'hésite pas à croire que cet alphabet provient, comme la
i. Det danske, norske og svenske sprogs historié af Peiersen, t. I.
langue Scandinave, de la race gotho-caucasienne, et que c'est là l'origine même de l'écriture ^
De cet essai grossier d'intelligence, l'Islande arrive promptement à une manifestation plus libre et plus complète de la pensée. Elle passe des caractères informes, mal composés, à l'alphabet européen ; de l'inscription tumulaire à la littérature. Cette littérature ne ressemble pas à celle des autres peuples, et il suffit d'observer l'état du pays pour comprendre qu'il ne pouvait en être autrement. Il n'y a là ni villes, ni centre de réunion. Toutes les habitations sont éloignées l'une de l'autre. Le prêtre est seul, le paysan seul. Si deux familles se rencontrent, c'est par hasard; si elles se réunissent, ce n'est que pour un instant. Les moyens de communication sont rares et difficiles. Le messager payé par le gouverneur s'en va, deux fois par an, du midi au nord de l'ile, et met trois mois à faire ce voyage. A part cette excursion officielle, la famille islandaise n'a que la grande foire d'été, pour savoir ce qui arrive dans le pays et au-delà. Adieu donc le bruit quotidien des journaux ; adieu l'éclat de la tribune; adieu