A LEIPZIG
La mort elle-même n'est qu'une illusion, une nouvelle vie cachée sous la de^itriiction. Mme J. de Rrudener.
Mon bon docteur, voici venir Les jours de printemps et les roses; Les jours qui sont si prompts à fuir Et qui rappellent tant de choses.
Bientôt nous irons tous les deux Nous promener dans la prairie, Contempler d'un regard joyeux L'arbre touffu, l'herbe fleurie.
Votre Rosenlhal est si beau Avec sa verte et large plaine, Ses hêtres courbés en berceau, Et le monde qui s'y promène !
Là par une belle nuit, Sous ces bois que la lune argenté, Quand vous entendez, pour tout bruit, Murmurer la feuille mouvante :
Les muscs de Gœthe et Schiller Vous reviennent à la mémoire.
Leur luth semble frémir dans l'air; Leur front est rayonnant de gloire.
Oh! venez : reprenons encor L'étroit chemin de la vallée, Racontez-moi vos songes d'or, Votre âme triste et consolée.
Quel bon livre a, pendant l'hiver, .- Récréé votre solitude,
Et quel chagrin secret, amer.
Vous avez chassé par l'élude.
Et surtout, ami, parlez-moi.
Oh! parlez-moi de poésie, De votre amour, de votre foi.
Versez dans mon cœur l'ambroisie,
Les mythes anciens et nouveaux.
Les beaux vers qui viennent d'éclore Et les frais et riants tableaux Qu'un génie allemand colore.
Laissons les soucis passagers Pour revivre entre ciel et terre; Au milieu des sylphes légers, Au sein d'un monde de mystère.
La poésie est le levier Qui relève l'âme abattue.
Quand le monde nous fait plier, Quand la réalité nous tue.
Et puis, ami, ne songeons pas
Au temps qui fuit, au temps qui passe,
A nos jours comptés ici bas,
A notre avenir qui s'efface.
Qu'importe ici notre destin?
L'âme est fille d'une autre sphère ,
Et le ciel n'a pas mis de fin A la lumière qui l'éclairé.
Lorsque ce printonijis se flétrit,
Ou quand nous vient la nuit profonde,
Un autre printemps refleurit
Pour nous, plus beau dans l'autre monde.
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