‹ Lettres sur l'Islande, et poésiesChapitre 85 sur 145 · WORDSWORTH · texte numérisé non relu

WORDSWORTH

Au milieu de Hambourg, le sol par excellence , Pour semer le groschen et cueillir le thaler, 11 est doux de rêver à l'heure du silence , Le long du frais bassin qu'on appelle l'Alster.

La, du matin au soir, le cygne se balance A l'écart des vains bruits qui résonnent dans l'air, Des chiffres du comptoir, du son de la balance Du tarif des bateaux qui viennent de la mer.

Il joue, il court, il vole au gré de son caprice, Se plonge avec bonheur dans l'onde qui se plisse, Puis reparait soudain bercé par le tlot pur.

Entre les verts roseaux , quand vient la nuit, il penche Son col appesanti sous sa grande aile blanche, Et tranquille s'endort sur son beau lac d'azur.

0 vous, fils d'Apollon et des muscs, poètes, Cygnes des temps anciens, chantres harmonieux. Les muses ont pour vous de paisibles retraites. Portez-y votre lyre et bénissez les dieux.

Que vous font les rumeurs des cités inquiètes, Les avides calculs des marchands soucieux Et le luxe effronté, les trésors et les fêles D'un joueur à la bourse ou d'un Juif orgueilleux.

Ah ! pensez aux trésors renfermés dans votre âme , Au chant qui tour à tour émeut, séduit, enflamme, Aux fleurs que vous semez sur le sol le plus dur.

Pensez que voire voix peut calmer la souffrance, Diviniser l'amour, raviver l'espérance, Et ne désertez point votre beau lac d'azur.

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