LA LÉGENDE DE ROLAND
A m. le duc Pasquier.
Sur ce sol riant et fertile S'élevait jadis un couvent, Couvent de femmes, saint asile.
On y venait de loin souvent.
C'est là qu'Hildegonde la belle A Dieu consacra son destin.
Un chevalier dans la chapelle L'aperçut et l'aima soudain.
C'était Roland, homme de guerre, Un brave comte craignant Dieu.
Il aimait. Il eût voulu plaire, Mais Hildegonde avait fait vœu.
Alors là bas, sur la colline, Il alla bâtir ce château Dont on ne voit que la ruine, Triste et pendant sur le hameau.
Là pensant à la jeune fille.
Sans cesse il eût voulu la voir.
Dans les murs derrière la grille, Il lu cherchait matin et soir.
Et puis là haut dans sa retraite , La nuit il allait s'enfermer, Oubliant jeux, tournois et fête.
Heureux tout seul, heureux d'aimer.
Un jour la cloche au cloître tinte D'un son qui lui va jusqu'au cœur; Il écoute, entend une plainte Profonde et d'amère douleur.
Puis un long convoi se déroule, Avec les vêtements de deuil.
Et de loin à travers la foule, Ses yeux distinguent nn cercueil,
Un crucifix, une couronne.
Des roses blanches, un drap noir.
Il regarde, pâlit, s'étonne; C'était elle . . Il cessa de voir.
Il s'enfuit en terre étrangère.
Laissant son château sans soutien , Cherchant les périls et la guerre; Et de lui l'on n'apprit plus rien.
Mais l'hiver, pendant les nuits sombres. On raconte encore au hameau Que l'on a vu deux blanches ombres Planer au-dessus du château.
Rolandseck.