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SUR MER

A m. A. do Pontmartin.

Quand un lambeau d'azur apparaît dans la brume, Sur la hune souvent, pensif, je vais m'asseoir, Et, tout seul , de là haut, sur la vague d'écume. J'aime à voir le vaisseau dans la clarté du soir.

Le vent autour de moi fait flotter le nuage, Le vent ouvre a mes pieds l'abunc de la mer. L'onde bondit, s'élance, et le pétrel sauvage S'y repose en poussant un or: rauque dans l'air.

Mes yeux avec ardeur s'égarent dans l'espace : Lorsqu'au sud l'horizon vient à se découvrir. Chaque point qui s'éclaire, et chaque flot qui passe Au fond de ma pensée éveille un souvenir.

Là-bas dans le lointain est la terre de France,

Là sont les lieux chéris et quittés à regret,

Où, dans les jours d'ennui, les heures de souffrance.

Mon âme s'en retourne et s'arrête en secret.

Dans notre humble hameau, souvent ma bonne mère S'effraye en découvrant un nuage au ciel bleu, Et, pour chasser au loin l'inquiétude amère, Avec plus de ferveur me recommande à Dieu.

Dans l'usile joyeux qui parfois les rassemble, Mes amis, mesurant mon volontaire exil,

Songent peut-être à l'heure où nous étions ensemble, Et se disent peut-être : A présent , que fait-il ?

Mon cœur, naguère encore avide de voyage , Dans ses rêves soudain devient tout soucieux, Et, tandis que je cherche à reprendre courage, Quelques pleurs malgré moi s'échappent de mes yeux.

A M"'^ E. PECHL.

Sur les bords du chemin que l'on suit en ce monde, Le ciel a répandu, dans un jour de pitié, Le germe d'une fleur délicate et féconde , Que l'on nomme amitié.

Dans son calice d'or est enfermé le baume Qui relève l'esprit et calme la douleur, Qui sous le toit des grands et sous le toit de chaume Exhale sa saveur.

Heureux, heureux celui qui, dès son premier âge. Le long de ce sentier, a cueilli cette fleur, Et, comme un talisman pour les heures d'orage. L'a mise sur son cœur.

Heureux surtout celui qui , d'une main prudente , La conserve avec soin dans la joie et le deuil, Contre tous les efforts d'une brise inconstante, Et contre tout écucil.

J'ai connu ce bonheur, j'ai vu la fleur chérie Naître et grandir pour moi sous le ciel gris du Nord, Et j'ai béni le ciel , et je l'ai recueillie Avec un saint transport.

Mais voila qu'un vent froid la saisit et la blesse. Oh! pour la conserver, venez à mon secours; Gardez-moi cette fleur, trésor de la jeunesse , Espoir des mauvais jours.

Si c'est vous qui l'avez en un lointain espace Méconnue, oubliée, oh! venez, oh! venez; Et si c'est moi qui dois prier, demander grâce, De grâce, pardonnez!

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