LA TOMBE
Imite (le Salis.
La tombe est muette et profonde , Rien qu'à la voir, chacun a peur, Car sous son voile de douleur, Elle nous cache un autre monde.
Jamais sous la terre de deuil, Le chant de l'oiseau ne résonne, Et les fleurs que l'amitié donne Ne germent point dans le cercueil.
En vain le pauvre orphelin pleure.
Nul soupir d'amour, nul accent, Nul regret jamais ne descend Au sein de la sombre demeure.
Là pourtant est le doux sommeil , Là pourtant est l'étroit espace Par lequel il faut que l'on passe Pour atteindre au jour du réveil.
Car le cœur, hélas, idolâtre D'un vain mensonge d'avenir.
Au repos ne peut parvenir Que quand il a cessé de battre.
FREDENSBORCx.
A mon ami IVIichcl Chevalier.
Au bord du lac paisible, à Fredensborg, le soir,
Pèlerin étranger, je suîs venu ni'asseoir,
Et dans mon cœur j'emporte à tout jamais l'image
Des prés au vert contour, du lac au doux rivage.
La, tout est calme et grand. Là, le long des beaux bois ,
Le long des frais jardins, on retrouve à la fois
La majesté royale et le repos champêtre.
Là, le regard s'anime et l'on se sent renaître.
La muse sur ces champs étend ses ailes d'or.
Et la pensée au loin monte, suit son essor,
Traverse le vallon, s'égare dans son rêve,
Plane sur les coteaux et flotte sur la grève.
Si vous vous sentez las du monde des salons,
Venez ici : le parc , sous ses frais horizons
Et ses larges rameaux, vous ouvre une retraite.
Si votre cœur trompé se souvient et regrette,
Venez : l'eau qui murmure au pied de la forêt
Calme le souvenir, adoucit le regret.
Mais si dans le ciel bleu, dans le ciel du jeune âge,
Vos yeux ont vu surgir une nouvelle image;
Si quelque jeune fille, au chaste et doux regard,
Riante près de vous et rêveuse à l'écart ,
A murmnré tout bas ces mots saints : Je vous aime ;
Oh! venez, homme heureux, carie bonheur suprême
Dans un rêve d'amour doit être de s'asseoir
Au bord du lac paisible, à Fredensborg, le soir.
Copenhague, 1857.