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A MES AMIS

DE FRANCIIE-COMTÉ.

Sur les bords du Mœlar, que le soleil argenté, Et dont l'onde limpide avec grâce serpente Autour des vieux châteaux et des vieilles cités, Souvent seul à l'écart, je m'en vais en silence, Pensif, rêvant à vous, ô mes amis d'enfance! 0 vous que j'ai trop tôt quittés!

Oui, ce lac est riant, cette Suède est belle. Avec ces monts lointains où la neige étincelle Ses bois mystérieux, sa mer, sa grande mer, Qui de tous les côtés murmure sur la plage , Et je retrouve ici, pour charmer mon voyage. Plus d'un être qui m'était cher.

Mais nul pays ne vaut notre terre natale; Si forte qu'elle soit, nulle amitié n'égale Celle qui nous sourit dans le printemps du cœur, Fleur de notre berceau, trésor de la jeunesse. Baume dont le parfum , dans la froide vieillesse , Exhale encor sa saveur.

Lorsque viendra la fin de mon pèlerinage, Ah! j'irai, j'irai voir ces lieux où mon jeune âge Dans sa joie et ses pleurs s'écoula comme un jour; Voir Besançon, où Weiss me prit sous sa tutelle, Frasnes , où la maison de mon père m'appelle, Pontarlier, mon premier amour.

J'irai vous rechercher tout le long de ma route, Dans le val de Morteau, dans les gorges de Mouthe, Sur les bords de la Saône, au pied du fort de Joux, Vous qui m'avez reçu naguère comme un frère , Et dont le souvenir sur la grève étrangère M'est sans cesse resté si doux.

Honte à qui ne sait pas vénérer sa patrie , A qui ne garde point dans son âme attendrie , Comme une loi du ciel, comme un dépôt sacré, L'auguste et tendre aspect du tertre solitaire Où dorment ses aïeux, de l'église où sa mère A tour à tour prié, pleuré.

Notre patrie à nous est une noble terre, Féconde et grandiose, attrayante et sévère. Soyons fiers de l'aimer, d'aimer toujours ce sol Où l'on retrouve encor, sous une empreinte antique , Le courage du Franc, la candeur germanique. Et la fierté de l'Espagnol.

Aimons aussi tous ceux dont les œuvres, la gloire Répandent quelque éclat à travers notre histoire; Et sur les bords du Doubs, dans nés chalets épars, Conservons à jamais les coutumes austères, L'honneur, la piété, les vertus de nos pères. Et notre cœur de montagnards.

Stockholm , 1842.

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