‹ Lettres sur l'Italie (volume 2)Chapitre 14 sur 22 · PL. XX · texte numérisé non relu

PL. XX

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ENTRÉE A3ÏTJQTDTE IME LA VILLA ADMANA.

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deux massifs de maçonnerie distans l'un de l'autre de y5 pieds, et qu'on rencontre sur les bords du chemin, avant d'arriver à l'enceinte moderne.

L'un de ces massifs subsiste presque en entier ( Planche XXXI ) . C'est un socle carré, composé de grandes pierres bien appareillées; il a deux toises sur chacune de ses faces , sur six toises de hauteur, y compris son couronnement. La partie inférieure, qui formoit soubassement, étoit creuse et offroit une chambre de 8 '- pieds en carré. L'extérieur étoit revêtu , comme le haut , de tables de marbre , dont on voit la trace des scellemens dans la pierre. Ce soubassement supporte une base , ou piédestal dont les profils sont d'un très -bon goût, et ses faces étoient ornées de bas-reliefs dont on distingue encore des fragmens : celui qui est le mieux conservé , offre une figure d'homme nu qui tient un cheval par la bride.

Ce piédestal supportoit-il un groupe de figures , une statue équestre , ou un quadrige ? Cette dernière supposition n'est guère probable , le carré du plateau supérieur n'ayant pas neuf pieds de largeur. Des trophées dans le genre de ceux de Marius auroient terminé ce monument d'une manière plus convenable . Ou bien peut-être étoit-il surmonté par des trépieds où l'on allu-

moit des feux servant de fanaux pendant la nuit ?

Quoi qu'il en soit , ces monumcns ont fourni au moderne et habile architecte de la villa Borghèse, le motif dont il s'est servi pour décorer la porte d'entrée de cette magnifique maison de plaisance. Mais continuons notre route vers celle de l'empereur Adrien.

En y entrant, l'objet le plus remarquable, et qui s'offre d'abord à la vue , est un mur trèsélevé qui domine le Pœcile, double portique de près de 700 pieds de longueur, orné sans doute autrefois de peintures, comme celui d'Athènes , et appuyé de chaque côté sur ce mur , dont la direction est du levant au couchant : il est si élevé , qu'il procuroit de l'ombre à presque toutes les heures du jour. Ce mur se trouvoit entre deux places également entourées de portiques. Celle qui existoit du côté du midi conserve encore la forme d'un parallélogramme terminé à ses extrémités par des arcs très-aplatis. Au milieu de cette vaste cour on voyoit des murs bas formant l'enceinte d'un bassin , au dire de ceux qui ont défoncé ce terrain pour y planter de la vigne. La place tournée vers le nord est vague et entourée de murs irréguliers qui paroissent n'avoir été construits que pour soutenir la pente du terrain à la même hauteur.

C'est dans le Poecile , et dans uae salle qui

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existe encore, qu'Adrien rassemblent les savans, les artistes et les philosophes ; et il se piaisoit à les entendre s'y entretenir, ou même y disputer, comme c'étoit l'usage à Athènes. On communiquoit d'une place à l'autre par des escaliers doubles, dont les paliers correspondoientàtrois corridors situés l'un sur l'autre , et qui reposoientsur des consoles saillantes. Les portes des chambres s'ouvroient toutes sur ces corridors , sans aucune communication entre elles. On les nomme les cento camarclle; et on prétend qu'elles servoient d'habitation aux gardes prétoriennes.

La Bibliothèque n'étoit pas fort éloignée du Pœcile. Il n'en reste plus qu'un mur où l'on avoit pratiqué vingt-cinq niches pour des statues.

Sur un coteau voisin s'élevoit un magnifique théâtre. On y trouva les fragmens de quarantehuit statues; et Ton distingue encore les sièges en gradins, le proscenium, et d'autres parties en assez bon état. C'est même de tous les théâtres antiques , à l'exception de ceux de Pompeï et d'Herculanum , celui qui est le mieux conservé (i).

En tournant vers le midi, on rencontre les débris de portiques qui conduisoient aux Thermes, où l'on reconnoît les chambres qui ser-

(i) Il a été dessiné par Pannini , et gravé en trois feuilles.

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voient d'étuves, celles où Ton se dépouilloit, etc. On parvient ensuite à l'Académie, et au temple d'Apollon et des Muses qui étoit orné de colonnes de marbre de Paros. Tout auprès, dans un lieu où l'on renfermoit les bètes féroces, on trouva, sous le pape Alexandre VI, les statues des neuf Muses que nous avons vues dans le Musée royal de Paris. Aux environs, tout le terrain est couvert des décombres des bâtimens de l'Académie , et d'habitations entremêlées de jardins et de fontaines, où l'on avoit conduit l'eau Marcia et celles de l'Anio.

De là partoit un portique qui menoit à la partie de la villa qu'on nomme le Lycée , lieu destiné aux études philosophiques, et où l'on trouva un groupe de Pan et de Syrinx.

Après avoir foulé les fondations d'un exèdre et de bains, l'on arrive au Canope, l'un des plus beaux ornemens de ces lieux. Dans cette partie, la vallée avoit été creusée sur une grande longueur, de manière à former une vaste naumachie où se faisoit la représentation de combats de mer. A l'une des extrémités on voit les ruines d'un temple en forme de coquille , et dédié à Neptune, appelé Canope par les Égyptiens. Aussi y a-t-on trouvé un cheval marin , attribut de ce dieu , et une grande quantité de figures de divinités égyptiennes qu'on transporta au Musée

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du Vatican, dans la salle dite Canope par cette raison.

En se dirigeant vers l'est , on trouve une autre vallée où les antiquaires croient qu'étoient situés les délicieux bocages du Tempe , les Champs- Elyséens , et l'entrée des lieux infernaux.

Mon opinion est que les excavations ornées de peintures et de sculptures , où l'on célébroit certains mystères effrayans pour ceux qui n'y étoient point initiés, que ces passages et salles souterraines , ne sont autre chose que les carrières dont on avoit tiré les immenses matériaux destinés à la construction des édifices de la villa. On y arrivoit par trois ouvertures qui , suivant Pirro Ligorio, indiquoient le chemin des trois parties du Monde, de l'Asie vers l'orient, de l'Afrique vers le couchant , et de l'Europe vers le nord. On parcouroit de longs corridors formant comme un labyrinthe, et qui aboutissoient tous à une immense caverne remplie d'eau, d'où s' élevait, le trône ou le tribunal des déités infernales.

D'après l'idée que les historiens nous donnent des dernières années d'Adrien , et de sa cruauté dont il y a maintes preuves, on seroit tenté de croire qu'il ne se borna pas à disposer le lieu de la scène, mais qu'il le peuploit d'acteurs; et que , non content de la représentation des sup-

plices , il les faisoit exercer sur de misérables chrétiens (i) qu'on y martyrisoit. Croyons néanmoins qu'Adrien , moins barbare que d'autres empereurs, se contentoit de représentations théâtrales dans le genre de nos mélodrames ; ou plutôt qu'il ne s'agissoit ici que des initiations et des mystères de l'Egypte où l'on se servoit de tous les prestiges de la moderne phantasmagorie, pour frapper l'imagination des initiés , exercer leur patience , et mettre à l'épreuve leur courage et leur discrétion , sorte de charlatanisme souvent renouvelé , et dont la physique expérimentale a fait disparoître tout le merveilleux.

Au reste, ce qu'on nomme l'entrée des enfers, n'est autre chose qu'un crypto-poriicus , espèce de grotte taillée dans le rocher {PL XXXII), ornée de cailloutage et de stalactites, au fond de laquelle aboutit un aqueduc par où les eaux arrivoient et ruisseloient dans un bassin qui n'existe plus. Les entrées latérales ouvertes dans le rocher , et dont la décoration extérieure est entièrement détruite, conduisoient, par un corridor circulaire de 7 pieds de largeur, dans la salle qui précède la grotte , et dont l'entrée

(1) Les chrétiens éprouvèrent une persécution sous Adrien. On cite entr'autres le martyre de sainte Sinforosa et de ses sept enfans. ( Fr. MarHi, Hht. di Tivoli. )

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principale, de 18 pieds de largeur, est couronnée d'une voûte en berceau qui offre un arc surbaissé ; mais les portes latérales sont plein cintre, ainsi que l'arcade du fond, sous laquelle les eaux formoient une cascade d'environ 6 pieds de hauteur.

Enfin, vers le midi et à l'extrémité de la villa , on reconnoît les restes du Prvlanée. Il étoit

composé de vastes bâtimens, où l'empereur avoit logé les soldats invalides, ses anciens compagnons d'armes. On y voyoit aussi des greniers, des celliers et autres magasins pour toutes sortes de provisions. C'est également dans les environs et au milieu de beaux jardins qu'on érigeoit des monumens funéraires aux personnes qui mouroient dans la pilla; et l'on y a découvert une grande quantité d'o//a cinéraires.

Au reste , ce lieu n'offre plus qu'un amas de ruines antiques et modernes confondues. On y avoit construit un château qui depuis a été brûlé et rasé , et une église érigée avec des matériaux précieux qui ont changé de forme en changeant d'usage. Car, il est fâcheux de le dire, les chrétiens ont fait ici presqu'autant de dégât que les barbares, en arrachant les marbres dont étoient revêtus ou pavés ces édifices , en enlevant les colonnes, et en mutilant les bas-reliefs et les statues. Ce n'est même plus qu'en fouillant au pied

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de ces monumens, qu'on peut juger des matières qui servaient à les orner ; car tout ce qui a pu être enlevé l'a été, et il ne reste plus que le noyau des constructions, qui est assez généralement formé de briques, ou de petites pierres réunies par un mastic ou mortier indestructible.

Nous avons déjà dit que du temps de Pirro Ligorio, c'est-à-dire vers i55o, plusieurs édifices éloient encore sur pied. Il en cite un appelé la Roue, à cause de sa forme bizarre, et qui étoit de la plus rare magnificence. La frise, supportée par des colonnes de jaune antique, offroit de belles sculptures représentant les jeux de monstres marins avec des femmes et des enfans. On y voyoit aussi des chars traînés par toutes sortes d'animaux , tels que des taureaux , des chèvres , des chiens , des éléphans , des aigles, des cygnes, et jusqu'à des moineaux et des papillons : ils étoient conduits par de petits génies ailés, ingénieux emblème de la puissance de l'amour sur tous les êtres qu'il sait dompter, apprivoiser ou animer. Ces jolis bas-reliefs, qui donnèrent sans doute à Raphaël l'idée de compositions du même genre , ont été transportés en divers lieux. Quelques uns servent d'ornement à la façade de maisons de Tivoli ; d'autres avoient été achetés par le cardinal de Ferrare,

et par le duc d'Albe qui en envoya en Espagne ; enfin on en voit au jardin Farnèse dans le Transtevere , et dans plusieurs cabinets.

Dans le temps que Pirro Ligorio levoit le plan de la cilla ^ on découvrit les fondations d'un triclinium, salle à manger, qui furent ensuite recouvertes pour planter de la vigne. Le plan de cet édifice offroit un décagone; les murs étoient revêtus de marbres variés et par compartimens ; au lieu de colonnes, c'étoit des cariatides trois fois grandes comme nature, et qui placées aux angles de la salle en soutenoienl les corniches. L'une d'elles existoit encore : ses vêtemens , de marbre noir, et travaillés avec une grande délicatesse, imitoient des voiles transparens ; les pieds et les bras étoient de marbre rouge. Des mosaïques revêtissoient le pavé et la voûte. Ces ornemens étoient rehaussés des plus vives couleurs; on y voyoit des médaillons dont le fond étoit obscur, avec des figures ou des animaux de couleur blanche , et imitant les camées ; ailleurs , des méandres en vert, jaune, rouge et azur, formoient les encadremens. Pirro Ligorio parle autre part d'un pavé en mosaïque, fond vert et azur, qui imitoit un pré qu'on vient de tondre; et d'un autre où l'on voyoit sur un fond blanc des fleurs semées au hasard.

Enfin, Ton seroit tenté de révoquer en doute une grande partie des descriptions de l'architecte napolitain , qui a parfois abusé, il est vrai , de la crédulité de ses lecteurs, si l'on ne découvroit encore, non seulement ici, mais en beaucoup d'autres cantons de l'Italie , les preuves de l'étonnante magnificence des anciens.

Cependant il étoit difficile de se reconnoître au milieu de tant de ruines d'une forme souvent bizarre ; et les historiens ayant négligé de nous indiquer leur nom et leur usage , nous aurions été réduits à de simples conjectures, si, en construisant tous ces édifices, on n'avoit employé un moyen très-simple pour en perpétuer la mémoire , tant qu'il en existeroit le moindre vestige. Ce moyen consistoit à imprimer sur les briques dont on forma le revêtement de presque tous les murs, la dénomination du monument pour lequel elles a voient été fabriquées, ainsi que l'époque de la construction , le nom des consuls, et jusqu'à celui du potier (1).

Ces caractères, gravés sur les briques, indiquent même un édifice dont nous n'aurions eu aucune connoissance , car il n'est point dési-

(ij Pirro Ligorio figure ainsi l'inscription de l'une de ces briques :

SERVIANO ■ m ■ ET ■ VARO COSS

OPVS ■ DULEAR T ■ AELIVS ■ DIONISirS

DELIC ■ CANQjPl ■ AVG ■ N.

sné dans la description de Spartien ; je veux parler du Cynosarge , répétition d'un monument qui existoit à Athènes. C'étoit une espèce de gymnase nommé ainsi, parce qu'au moment où l'on offroit un sacrifice aux dieux Lares et à Hercule , un chien affamé emporta une cuisse de la victime (1).

Si l'empreinte tracée sur les briques a permis de restituer à chacun des monumens de la villa Adriana le nom qui leur est propre , elle n'est presque d'aucune utilité pour en faire présumer la disposition; et l'on ne peut même en déterminer le plan ni les limites d'une manière exacte.

Nous avons déjà dit qu'il n'existe aucune régularité dans l'ordonnance générale de ces édifices ; et leurs ruines semblent semées au hasard. Adrien, dont Victor compare les ouvrages en peinture et sculpture à ceux de Polyclète et d'Euphranor, fut-il son propre architecte comme on l'assure ? S'il en étoit ainsi , on pourroit juger par la disposition de sa maison de plaisance , que ce prince méritait les critiques et les plaisanteries qu'Apollodore, artiste aussi habile que sincère, se permit contre lui, et dont il fut si cruellement puni.

(1) Le nom de cynosarge, composé de KYN02, chien, et APrOÎ^, blanc , ou vclocc , pour faire allusion à la couleur ou a ia vitesse de la course de cet animal.

L'objet d'Adrien étant d'imiter des monumens qu'il avoit remarqués, et sans doute fait dessiner, en divers lieux; il n'y avoit, ce me semble, d'autre mérite que celui de les arranger suivant un plan régulier, bien entendu, et qui pût produire un grand ensemble. Mais on ne peut pas même lui accorder cet avantage. Ces bâtimens offrent entre eux des disparates choquantes : des parties droites sont appuyées sur des portions circulaires ; un monument pénètre dans un autre en formant des angles aigus ou obtus; d'autres sont voisins, et ne sont point parallèles entre eux; le plan général a plutôt l'air d'un labyrinthe, et le résultat des combinaisons d'un esprit malade , plutôt que d'une tête bien organisée. On diroit enfin que le hasard seul a présidé à tout cet ensemble ; et il en seroit ainsi de dessins arrangés d'abord régulièrement sur le bureau d'un architecte , et qu'un coup de vent auroit jetés pêle-mêle, et dispersés sur le parquet.

Nous avons déjà remarqué le même désordre dans les édifices de la ville de Pompeï et ailleurs; mais nulle part il ne nous a tant choqué qu'ici. Que l'on ne dise pas que les inégalités du terrain en ont été la cause , car l'on a eu bien soin , quand il étoit nécessaire , de le niveler ou de le soutenir sur d'immenses substructions. Qu'on ne croie pas non plus que l'on ait eu en vue

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l'agrément du coup d'oeil , puisqu'on pouvoit rendre la composition pittoresque sans y jeter du désordre.

On devroit donc considérer chacun des monumens de cette villa isolément l'un de l'autre , sans avoir égard à leur position respective ; et faire un travail de restauration particulier sur chacun d'eux. Nous indiquons ce programme à quelque jeune architecte instruit et plein d'ardeur, qui se feroit un nom par cette nouvelle manière de considérer cette agrégation de monumens. Il faudroit surtout bien distinguer les objets qui ont entre eux de l'analogie , qui appartiennent au même édifice ; et tout ce qui ne peut pas s'y rattacher d'une manière indubitable ou probable , seroit considéré comme faisant une partie à part , destinée à un autre usage , ou peut-être construite après coup et dans un temps fort postérieur.

Est-on bien sûr que toutes ces constructions ont été érigées ou à la même époque , ou dans l'intervalle du temps qui s'est écoulé depuis Adrien jusqu'à nos jours ? On sait qu'Antoninle-Pieux et Marc-Aurèle ont fait travailler sur le même terrain (1). Et, lorsqu'il fut abandonné

(1) Pirro Ligorio dit que des tuyaux de plomb, déterre's de spa temps , portoient le nom de ces empereurs.

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par les souverains, il devint successivement la propriété de plusieurs familles qui se le partagèrent. Chacune d'elles établit sa demeure dans des portions de ces monumens, et y fit sans doute des retranchemens ou des augmentations suivant son goût ou sa commodité , sans avoir égard au plan ou à la distribution primitive.

Que diroit-on d'un architecte qui feroit entrer dans le plan général du Louvre les baraques et même les maisons construites presque aussi solidement que ce palais , et qui en encombroient jadis la cour et les environs ? Il en seroit de même de celui qui comprendroit dans le plan de la villa Adriana une église du moyen âge érigée sur les ruines du Prytanée , et d'autres constructions sans doute postérieures au siècle d'Adrien.

Il faut donc, nous le répétons, distinguer avec soin les époques. Et cela n'est pas aussi facile qu'on le croiroit d'abord ; car la manière de construire des Romains sous les empereurs s'est perpétuée avec peu de différences jusqu'à nos jours , quant au matériel de l'art. Il faudroit donc ne faire entrer dans son travail que les élémens qui portent d'une manière certaine le caractère et le style du siècle d'Adrien , dernière époque classique des arts anciens. Ces recherches seraient sans doute pénibles , mais je suis con-

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vaincu qu'on y seroit dédommagé de son travail par des découvertes et des connoissances trèsprécieuses sur les mœurs, sur les usages et même sur l'histoire de l'antiquité (i).

Quant à moi, simple voyageur, plus curieux qu'instruit, et moins pressé d'apprendre que de jouir, qu'ai-je éprouvé à l'aspect de cet immense amas de ruines? Après en avoir curieusement interrogé toutes les parties , quelles idées , quels sentimens ont-elles fait naître dans mon âme? Quel fruit , en un mot, ai-je tiré de mon excursion à la villa Adrienne ? L"avouerai-je ? je n'y ai trouvé que fatigue, ennui et tristesse.

En effet, ce local , jadis enrichi par les mains du génie , et, depuis, bouleversé par celles de l'ignorance, semble ne pouvoir même encore se couvrir de gazons et de fleurs qui forment le riche manteau dont la nature pare la terre pour dissimuler les traces de la destruction.

Je ne vois plus ici ni les chefs-d'œuvre de l'industrie humaine , ni les merveilles d'une active et abondante végétation. Quelques oli-

(i) Ce travail a été entrepris par MM. Cnienepin, Huyot et, A. Leclerc, pensionnaires du Roi à l'Académie de Rome. Ayant établi le plan de Piranesi sur une échelle double, ils ont reconnu toutes les parties de ce plan dont l'existence ne peut être contestée. Ils ont aussi relevé avec soin les élévations et les coupes de tous ces monumens. J'ai obtenu , mais trop tard pour en tirer tout le parti que j'aurois désiré, la communication de ce précieux travail, doot la publication feroit beaucoup d'honneur à ces artistes.

viers clair-semés , des vignes peu productives ,* de maigres épis, et des gazons desséchés , voilà les dons de la nature! Quelques chaumières, appuyées sur les pans de vieux murs , remplacent le palais des Césars. Des eaux stagnantes et d'une odeur fétide, croupissent aux mêmes lieux où couroient autrefois des eaux limpides dans des conduits de marbre. Enfin , le cri rauque et lugubre des oiseaux de proie est le seul bruit qu'on entende au milieu de ce pierreux et aride désert.

Quittons ce tombeau des arts antiques ; faisons nos adieux à Tivoli ; et hâtons-nous de retourner à Rome où nous verrons les arts modernes sortir du berceau, s'élever à la plus sublime hauteur, et répandre de là leur heureuse et féconde influence sur le reste de l'Europe.

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