LETTRE XLIV
Copie du tableau de la Transfiguration , exécutée en mosaïque. — Notes historiques sur cet art.
Un ne peut entrer dans la basilique de Saint- Pierre sans éprouver un sentiment de respect qui porte au recueillement et commande le silence. C'est ici, en effet, le premier et le plus célèbre temple du monde chrétien. C'est dans ce sanctuaire , qui est le centre des vœux, des prières et des désirs fervens de tous les fidèles , où se font avec la plus grande solennité les cérémonies les plus imposantes du culte, où s'opèrent avec le plus de majesté les sacrifices et les rites mystérieux et sacrés de notre religion. Je parcourais lentement lesdétoursdecetimmense édifice; mes regards , mes pensées se portoient avec autantde surprise que d'admiration sur les étonnans objets dont j'étois environné, lorsque mon attention a été détournée par une scène aussi simple qu'imposante ; la vive impression qu'elle a produite sur moi me la rend encore présente. Je vois s'avancer lentement, au milieu de la foule qui se prosterne à ses pieds, un vieillard vénérable.
Ma mémoire frappée me retrace cette belle tête couverte de cheveux blancs , ce visage sur lequel sont empreints une indulgente bonté et le calmé de l'âme : j'aperçois encore flotter cette longue tunique d'une éclatante blancheur; et, quoique dépouillé de tout autre ornement, je reconnois le souverain pontife. Le silence le plus profond règne autour de lui ; l'on s'écarte avec respect. Arrivé seul vers le milieu delà nef, il s'agenouille, et, prosterné sur le pavé de marbre , il s'humilie devant le sanctuaire, confondu avec les autres fidèles.
Je l'ai revu depuis, sous un dais magnifique , couronné de la triple tiare , éblouissant de richesses , environné de toute la pompe de la souveraineté; et il me paroissoit plus grand lorsque seul, courbé sur une tombe et plongé dans une profonde méditation, il prioit pour le salut et la paix du genre humain. Son humilité l'élevé à mes yeux; je reconnois le digne successeur de saint Pierre , le pasteur du monde chrétien ; et son humble attitude m'inspire plus de respect que si je le voyois officier dans les plus brillantes cérémonies.
Un tableau d'un autre genre, mais non moins intéressant pour moi, attira ensuite mes regards; ils s'arrêtèrent sur la sublime scène de la Transfiguration du Christ. Je n'ai pu me défendre
d'une sorte d'exaltation mystique à la vue de ce chef-d'œuvre de la peinture moderne.
Je ne sais si le hasard , ou une combinaison assez ordinairement prévue en Italie dans la distribution des monumens de l'art , avoit dispose cette mosaïque ; mais un rayon de soleil frappoit sur la Gloire. La figure du Christ étinceloitd'un éclat surnaturel, et le reste de la composition etoit dans une douce et harmonieuse demi-teinte. L'aspect de cette inimitable peinture , qui n'en étoit plus une pour moi, car l'illusion fut un instant complète : la sainteté du lieu , le silence religieux , ami de la méditation et du recueillement, auquel succédèrent tour à tour les accords de voix aériennes et les sons d'une musique lointaine qui s'égaroient sous les voûtes de l'immense édifice; les nuages d'encens qui jetoient un voile mystérieux sur les objets éloignés; en un mot cette scène, dont tout contribuoit à rendre l'ensemble imposant, a laissé dans mon âme des traces si profondes , que je doute que la vue du tableau original (i) puisse me rappeler les sensations que j'ai éprouvées , et les fasse renaître : le charme sera rompu, l'en-
(i) On l'avoit déjà transporté à Paris. Et cette copie, exécutée en mosaïque, il y a une cinquantaine d'années, est d'une proportion plus forte que l'original, et d'un ton plus clair et plus harmonieux.
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thousîasme épuisé, et il ne me restera plus à offrir au divin Raphaël que le tribut d'admiration que son nom commande à tous les amis des arts rivaux de la nature.
Consacrons quelques pages à la louange de la mosaïque, de cet art qui doit immortaliser les productions les plus parfaites delà peinture. Car il ne suffit pas de faire des chefs-d'œuvre , il faut encore que leurs élémens soient durables; et tel est le caractère essentiel que les anciens cherchoient à imprimer à leurs ouvrages.
L'imprimerie rassure à cet égard les littérateurs , les poètes et les orateurs sur le sort de leurs productions ; et quand bien même ces feuilles légères , auxquelles ils ont confié le soin de leur immortalité , seroient dispersées par le souffle du temps , la découverte récente de la stéréotypie en transmettra les matrices ; et ces planches de métal retiendront toujours le témoignage authentique de nos lumières et de notre savoir.
La sculpture a pour garant de la durée de ses productions le marbre et le bronze qu'elle emploie. La peinture sera- t-elle seule privée de cet avantage ? Ne pourra-t-elle pas , comme ses sœurs, braver les outrages du temps? Nous avons un exemple fatal du peu de solidité des travaux de cette muse ; elle avoit aussi ses ado-
rateurs en Grèce et à Rome , et marchoit sans doute de front avec la sculpture. Celle-ci a laissé des chefs-d'œuvre inimitables. Combien ne font-ils pas regretter les modèles que la peinture eût offerts aussi à notre admiration ! Les tableaux antiques sont fort rares ; et malheureusement ils ne répondent pas à l'idée de perfection que nous nous en formons. Il est vrai qu'ils ne peuvent être considérés que comme des peintures de décoration où l'on reconnoît cependant les principes d'une excellente école. Les procédés de la fresque et de l'encaustique , ou plutôt la manière qui les réunissoit , a suffi pour préserver ces ouvrages de la destruction. Ces procédés sont malheureusement perdus , et nous devons trembler pour les peintures modernes. Nous en voyons qui remontent à peine à quelques centaines d'années , et déjà elles sont dans un état de dégradation qui nous fait craindre de les perdre bientôt.
La fresque , le seul procédé digne interprète du génie , celui qui nous conserve , dans toute leur intégrité de dessin et de couleur , les chefsd'œuvre de Raphaël et de Michel-Ange, la fresque est tombée en discrédit. Cette révolution , plus fatale qu'on ne le pense, est le fruit delà découverte de la peinture à l'huile , que Michel-Ange dédaignoit avec raison. Lorsque ce grand maître
exécu toit ses admirables fresques, sa pensée , presque aussitôt exécutée que conçue, n'avoit pas besoin d'un procédé timide, qui permet d'ébaucher, de repeindre, d'effacer, de corriger encore , et qui paroît être moins l'ouvrage de l'inspiration que celui du tâtonnement. D'ailleurs , la fresque , destinée à décorer les murailles des temples et des palais, devoit durer presqu'aulant qu'eux, étant à l'abri de la cupidité, de la mode, et des événemcns qui dispersent ou détruisent les peintures, en quelque sorte , amovibles.
Nous ne confions plus maintenant les destinées de cet art qu'à une toile légère, que la chaleur altère , que l'humidité pénètre et pourrit bientôt. Ce moyen donne, il est vrai, la faculté de transporter les productions de la peinture. Mais dès qu'elles deviennent un objet de commerce, on peut prédire que c'est au détriment de l'art. Ce n'est pas que nous voulions priver les amateurs, d'un innocent plaisir, celui de posséder, dans un espace resserré, des tableaux de moyenne proportion ; nous laissons même les artistes se délasser de leurs vastes conceptions par l'exécution de ces petits ouvrages. Qu'on nous permette cependant de gémir sur cet usage exclusif de la toile qui sert de fond a nos plus précieuses peintures.
Si les grands maîtres exécutoicnt quelques tableaux de chevalet, c'étoit sur des matières durables , telles que le marbre , l'ardoise , le cuivre, au moins sur les bois les plus durs. Nous avons renoncé à ces procédés. Est-ce par insouciance ou par modestie? et, par là , faisons-nous l'aveu tacite que nos ouvrages ne sont pas dignes de passer à la postérité ? Quoi qu'il en soit , nous avons l'exemple de leur peu de durée ; et, loin d'en profiter, nos tableaux de la plus grande dimension ne sont exécutés que sur toile. Nous en couvrons les murs encore humides d.e nos monumens. Et quand bien même ils ne seroient pas détruits bientôt, ce qui , malgré toutes les précautions , n'est que trop probable , qui peut répondre que cette place que nos artistes occupent si glorieusement , ne sera pas remplie quelques années plus tard par l'ouvrage d'un rival plus habile , plus heureux , ou seulement plus adroit ? I an dis que les tableaux exécutés à fresque pourroient être momentanément dérobés aux regards , et n'en existeroient pas moins pendant plusieurs siècles.
Mais si, en étendant nos vœux et nos idées , nous voulons immortaliser nos peintures, ce n'est que par l'entremise de la mosaïque que nous y parviendrons. Elle seule peut se montrer à découvert, et braver les injures de l'air; elle
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n'est altérée ni par les rayons les plus brûlans du soleil, ni par l'influence d'un climat humide et glacial ; elle seule résiste aux élémens et aux siècles ; elle est donc seule digne de transmettre aux âges futurs la gloire de la peinture moderne.
L'art de la mosaïque est Tune des plus anciennes et des plus belles inventions de l'industrie humaine. Elle est sans doute née de la peinture , dont elle doit assurer la durée au moyen de la solidité de ses élémens. Nous ne nous appesantirons pas sur Fétymologie du nom de cet art, que les uns dérivent de l'hébreu, d'autres du grec , d'autres enfin , sur l'autorité de Pausanias , d'un artiste célèbre , nommé Musi, et nous renverrons les curieux à l'ouvrage du savant Furie tti ( de Musins ).
La mosaïque , qui consista d'abord dans la réunion de petits morceaux de marbre colorés, sur une surface plane , et dont le rapprochement offre l'apparence d'une peinture , doit avoir été pratiquée aussitôt que le moyen de débiter le marbre, en très-petites parties, fut trouvé par un artisan dont Pline qualifie l'industrie de importuni ingenit. Avec ces marbres sciés , on commença par former des pavés de diverses couleurs que les Grecs nommoient lilhoslrata , les Piomains, seciilia. Lorsque, par la réunion
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de morceaux infiniment petits, ils imitent limage des objets , on appelé cet ouvrage vermiculatum ou mushum. C'est ce que nous entendons par le nom générique de mosaïque.
Nous ne nous arrêterons pas sur les différens genres de mosaïque, distingués dans les auteurs par une foule de mots techniques. Nous nous bornons à consigner ici une opinion nouvelle relative à Vopus vermiculatum , dont la véritable signification est encore douteuse. Nous croyons que ce genre de mosaïque n'est autre chose qu'un travail encore en usage en Italie , et qui consiste à arranger, suivant des dessins réguliers , de très-petits cailloux roulés, de diverses couleurs.
On en fait des pavés pour les vestibules, et parfois même pour les allées de jardins. Ces cailloux, encaissés dans un lit de ciment, ne sont point aplanis et polis comme la mosaïque ; mais ils présentent des aspérités arrondies. Ce travail a quelque rapport avec celui des polypes d'eau , produits connus sous le nom de lithophyles , et que les anciens pouvoient désigner sous celui de vermiculatio , duquel nous avons fait vermoulure , vermiculaire et le mot vermicide, terme d'architecture.
Revenons à la mosaïque proprement dite, et voyons à quel peuple on en doit l'invention.
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Est-ce aux Egyptiens, aux Assyriens, aux Perses ou aux Grecs? Ce qu'il y a de certain, c'est que la mosaïque étoit en usage très-anciennement chez les Egyptiens , et qu'ils étoient fort adroits à travailler le marbre et les pierres les plus dures , dont ils revêtissoient l'intérieur et l'extérieur de leurs monumens. Il est probable qu'ils ne poussèrent point la mosaïque à la perfection ; ils se contentaient d'inventer, et laissoient aux autres peuples la gloire de perfectionner.
Les premiers ouvrages de la véritable mosaïque pourroient être attribués aux Perses. Aussi adroits que les Egyptiens à scier le marbre , ils en possédoient un grand nombre d'espèces remarquables par la vivacité et la variété des couleurs, et parla finesse du grain. D'ailleurs , doués d'une imagination vive , et portés au luxe et à la délicatesse , ils durent adopter un genre de décoration aussi magnifique que durable.
Cet art passa , selon toute apparence , des frontières de la Perse chez les Assyriens , et de ceux-ci aux Grecs, qui relevèrent bientôt à la perfection avec les autres arts du dessin. Nous pouvons en juger par une mosaïque encore existante , et qu'on peut à juste titre attribuer à un artiste grec très-habile , que Pline nomme Sosus. En effet , la description qu'il fait de son tableau
en mosaïque ," représentant des colombes perche'es sur le bord d'un vase , convient parfaitement à celui qu'on a trouvé, en 1737, dans les fouilles faites à la villa Adrienne. Ce précieux monument de mosaïque , qui imite très-bien ia peinture , prouve jusqu'à quel point de perfection cet art étoit porté chez les anciens ; et les morceaux de marbre très-dur dont il est composé sont si petits et si mullipliés , que , dans un espace d'un pouce en carré , on en compte plus de deux cents.
Nous avons dit qu'on avoit commencé par se servir de pierres et de marbres de couleur pour la mosaïque. On y substitua ensuite des morceaux d'émail ou de verre coloré. L'une et l'autre manière exigent la même adresse pour l'arrangement. Mais la mosaïque de marbre demande beaucoup plus de soin et de temps , puisqu'il faut choisir, dans un nombre infini de morceaux, les couleurs et les dégradations des demi-teintes; tandis que l'émail se colorant à volonté, on obtient les nuances les plus vives et les plus fortes. Mais aussi elles sont moins harmonieuses , et peut-être moins durables.
La mosaïque ne commença à être pratiquée à Rome que vers les dernières années de la république, lorsqu'on transporta à grands frais de la Perse , de la Numidie , de la Phrygie et de
l'Egypte, des ouvrages de ce genre, qui furent admirés des Romains , et qui leur donnèrent le désir de les imiter. En conséquence , on fit venir des marbres de tous les pays, et l'on appela des artistes grecs qui établirent une école de mosaïque à Rome. Cet art se naturalisa peu à peu , et fut poussé à une grande perfection sous Adrien qui en étoit fort curieux ; et les vestiges qu'on en a trouvés de nos jours à la maison de plaisance de cet empereur, ne démentent pas les éloges et les descriptions pompeuses qu'en fait S lace.
La mosaïque fut en honneur dans les deux premiers siècles de l'Empire chez les Romains ; mais , sous Septime Sévère , elle commença à décheoir avec les autres arts. Néanmoins, en Italie, on travailla toujours en mosaïque, sous Gallien, Aurélien , et leurs successeurs.
Nous passerons sous silence les travaux de ce genre exécutés à Saint-Pierre par Constantin ; et ceux qu'on voit encore dans les églises de Ravenne, bâtiesdans les quatrième eteinquième siècles.
Les Goths, émules des Romains dans le désir de faire fleurir les arts , eurent quelque estime pour la mosaïque ; et Théodoric , devenu roi d'Italie , fit exécuter un pavé à Sainte-Marie in Cosmedin, de Ravenne, Il paroît qu'on se
trompe lorsqu'on attribue la ruine des monnmens romains aux princes golhs : non contens, comme je Fai dit ailleurs, de réparer à grands frais les édifices de Rome , ils portèrent les peines les plus graves contre les dévastateurs. Si les beaux arts ne se soutinrent pas à cette époque , ce ne fut pas faute d'encouragement; et l'on doit attribuer leur décadence à d'autres causes , dont l'exposition nous mèneroit trop loin.
Dans le sixième siècle, on travailla beaucoup en mosaïque à Gonslantinople , par ordre de Justinien. Geprince fit revêtir le dôme de Sainte- Sophie de peintures de ce genre , qui se distinguent bien plus par le choix et la richesse de la matière, que par la pureté du dessin. C'est à cette époque qu'on doit faire remonter l'usage des mosaïques et peintures sur fond doré, usage qui s'est perpétué jusqu'à nos jours dans les églises des Grecs modernes.
Dans le septième siècle, les papes Honorius , Séverin, et leurs successeurs, employèrent les mosaïques jusqu'au dixième siècle. Dans le siècle suivant, les arts étoient si négligés, que Didier, abbé du Mont-Cassin , voulant faire travailler en mosaïque , fut obligé d'appeler des ouvriers de Constantinople. Depuis ce temps, on vit peu d'ouvrages de ce genre en Italie, jusquau quatorzième siècle , que Venise devint le véritable
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berceau de cet art. C'est là où André Tafi, Florentin , en apprit les élémens du Grec Apollonius. Il établit une école de mosaïque à Florence, de laquelle sortirent Gaddo Gaddi, Vicino de Pise, Alessio Baldovinetti , et une foule d'autres.
Le nom de Baldovinetti nous rappelle la réponse de Graflione , son élève , à Laurent de Médicis, qui vouloit revêtir l'intérieur d'une coupole de stuc et de mosaïque : « Mais , lui » observa Graffione , vous n'avez point d'ar- » tistes habiles dans ce genre . Avec de l'argent » nous en ferons, répliqua le Magnifique. » Le peintre lui répondit : « Ah ! Laurent , ce » n'est point l'argent qui fait l'artiste ; c'est » l'artiste qui produit l'argent. »
Il est à remarquer que si la peinture fit naître originairement la mosaïque , celle-ci , lors de la renaissance , lui rendit le même service ; et comme si l'on avoit craint de perdre cette première étincelle de l'art, on se hâta, pour la rendre durable , d'exécuter de grossiers essais en mosaïque , qui servoient néanmoins de modèles aux peintres italiens. Cependant tous ces ouvrages étoient pour le moins très-médiocres, et s'ils arrivèrent par la suite à un haut degré de perfection , c'est qu'ils suivirent la marche des progrès de la peinture ; et comme la mo-
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saïque étoit destinée à copier mécaniquement les tableaux des peintres, à mesure que ceux. ci se perfectionnèrent, les copies durent s'améliorer dans la même proportion.
La mosaïque prit un nouvel éclat dans Rome sous le pontificat de Benoît XII; et c'est aux talens du Giotto , aidé par Memmi de Sienne et par Pierre Gavallini, Romain, qu'on doit ce fameux tableau de la Barque de saint Pierre agitée par les flots ; tableau qui éprouva par la suite bien des déplacemens de la part des papes, qui fut même divisé en morceaux , et enfin refait à neuf par les soins du cardinal Barberino , sur le dessin de l'original, et placé dans le porche de Saint-Pierre où on le voit encore.
Yers la fin du quinzième siècle, le Grillandajo termina, à Florence, une magnifique mosaïque, en cubes de verres colorés, qui lui acquit une grande réputation. Bientôt le goût du dessin se perfectionnant, les ouvrages en mosaïque devinrent moins roides dans leurs contours, et le coloris fut mieux entendu. Le nombre des bons mosaïstes s'accrut avec celui des bons dessinateurs. Salviati, Florentin , décora, par ce procédé, le portail de Saint-Marc de Venise, d'après les dessins de Maytano ; les mosaïques de la façade du dôme d'Orvietto, et celles qu'on exécuta, dans le seizième siècle, à Venise, dans
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Téglise de Saint -Marc, sont attribuées, par Sansovino, aux frères Zuccari. Le Titien perfectionna encore cet art lorsqu'il eut la direction des travaux de Saint -Marc, en faisant exécuter des mosaïques d'après ses immortels tableaux.
A Rome, du temps de Clément VIII, on avoit eu l'idée d'orner l'église de Saint-Pierre de peintures représentant les principaux traits de la vie de cet apôtre, et d'y employer les meilleurs artistes. Mais, comme les tableaux ne pouvoient résister à l'humidité de cet édifice, on se décida, vers le commencement du dixseptième siècle , à exécuter ces peintures en mosaïque. Les plus habiles peintres de cette époque, Cigoli, Passignano, Vanni, Pioncalli, Baglione et Castelli, furent choisis pour fournir des carions, et on leur prodigua les honneurs et les récompenses pécuniaires.
L'art de la mosaïque étoit déjà digne de marcher sur les traces de la peinture , et Baglione attribue à Muziani l'invention du procédé qui consiste à se servir, au lieu de pierres naturelles de diverses couleurs, de cubes ou prismes d'émail qui s'imprègnent de tous les tons de la palette , de manière à rendre la dégradation et le passage des demi-teintes les plus délicates aussi bien que pourroit le faire le pinceau. Les plus beaux ou-
vrages de Muziani sont ceux qui ornent la chapelle Gregoriana.
Sous la direction de cet artiste , on vit travailler Paul Rosetti de Cento, qui fut à son tour le maître de Marcello Provenzale son compatriote.
Le premier tableau d'autel exécuté à Saint- Pierre le fut par un élève de Provenzale , nommé J. B. Calandra de Ycrceil ; il représente saint Michel, d'après le cavalier d'Arpino. Le même orna les pendentifs des coupoles sur les cartons de Piomanelli, de Lanfranc, de Sacchi et de Pellegrini ; mais ne se trouvant pas récompensé assez magnifiquement de son travail , il se livra à l'exécution de portraits et de copies d'anciens tableaux pour des amateurs.
On avoit déjà fait un grand pas vers la perfection de ce procédé ; mais il fut porté au plus haut degré dans le siècle suivant par les deux Cristofori, Fabio et Pietro Paolo son fils. Ils établirent l'école de peinture en mosaïque, à laquelle on doit les heureux progrès que cet art a fait jusqu'à nos jours , tant par l'imitation du style arabesque des anciens, que par la copie des tableaux des plus grands maîtres.
Des chefs-d'œuvre menaçoient, avons-nous déjà dit, d'être détruits par l'humidité de l'église de Saint-Pierre , toute revêtue de marbre , et
adossée à une colline. La mosaïque se chargea de faire renaître, par ce procédé, et de rendre immortels, la Vocation de saint Pierre , par Lanfranc , la Présentation au Temple, de Romanelli, le Saint Jérôme et le Saint Sébastien , du Dominiquin, la Sainte Pétronille du Guerchin, le Saint Erasme du Poussin, etc.
Les souverains pontifes qui occupèrent le Saint-Siège après Clément XI , soutinrent la gloire de la mosaïque, et la copie de la Transfiguration de Raphaël, exécutée par ordre du pape Clément XII sur l'un des piliers de la basilique , est l'un de plus nouveaux comme l'un des plus parfaits ouvrages de l'école moderne de mosaïque. Mais les immenses travaux de Saint-Pierre étant désormais terminés, pour encourager cet art et ne pas le laisser tomber, faute d'occasions de l'exercer, on ordonna la copie des plus beaux tableaux pour en orner la célèbre église de Notre-Dame de Lorette.
Il nous reste à donner une idée succincte du mécanisme de la peinture en mosaïque, telle qu'on la pratique à Rome. Les peintres en mosaïque ne sont à proprement parler que des copistes ; mais , dans la pratique de leur art , ils se rendent aussi estimables que bien des inventeurs. Us doivent être habiles dans le dessin, et connoître tous les secrets du clair-obscur
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et du coloris , pour rendre fidèlement un sujet quelconque , d'après un tableau ou un carton colorié par un bon maître. Ils y réussissent d'autant mieux que les objets sont moins compliqués et plus larges de composition, et d'effet.
C'est sur les cartons exactement coloriés que le mosaïste doit répartir et distribuer les différens cubes innombrables qui doivent former l'ensemble de sa copie, en observant avec la plus exacte précision, suivant leur place, les différentes nuances qui expriment les ombres et les clairs dont il a besoin . Que ses cubes soient de marbre , de pierres ou de verres coloriés ; c'est dans leur répartition ou dans leur taille que consiste en bonne partie l'art du mosaïste.
Parmi les cubes qui entrent dans la composition des tableaux, il y en a de grands, de moyens et de très-petits : ils sont carrés , losanges ou triangulaires ; en un mot , ils affectent toutes les formes , pourvu qu'elles soient angulaires, de manière à ce qu'elles rendent les traits et les contours du dessin , et qu'en même temps elles puissent s'appliquer l'une à côté de l'autre sans laisser le plus petit intervalle.
Il y a plusieurs moyens pour débiter ces morceaux en prismes divers, et l'on se sert de roues, de tourets et de platines de plomb ou d'étain qui
sont en usage dans la taille et dans la gravure des pierres fines.
Après avoir taillé les prismes ou les cubes , le mosaïste en remplit des boîtes ; il les y dispose par ordre , selon les différentes nuances de chaque couleur ; ensuite il en extrait et rassemble la quantité de cubes qu'il croit pouvoir employer dans la même journée sur un fond de stuc fait avec de la chaux , de la poudre de marbre , de la gomme adragante et des blancs d'ceufs. Le stuc ainsi préparé s'applique fort épais sur le mur : comme il reste assez long-temps frais, suivant la saison , on en peut préparer pour trois ou quatre jours, et on le mouille même quelquefois avec des linges, pour lui conserver plus longtemps sa fraîcheur. Le peintre calque alors sur cet enduit, et d'après ses cartons , le dessin qu'il s'est proposé de représenter ; puis il prend avec des pinces les petits cubes de verre, qu'il insère dans le stuc , et qu'il arrange les uns auprès des autres de manière à faire sentir les lumières, les ombres et les différentes teintes ; il se conforme en cela au dessin qu'il a sous les yeux , de façon qu'il n'y ait point de vide entre ces cubes, et qu'ils soient égaux et posés à la même hauteur. C'est ainsi qu'avec le temps , et en polissant enfin la superficie avec du grès d'un grain bien fin et de l'eau, le mosaïste achève son ouvrage, qui , pour
être bien rendu , doit paroître uni et termine comme un tableau.
Les grandes compositions, telles que laTransfiguration d'après Raphaël, ont pour fond de longues bandes de la pierre appelée piperino , qui ont toute la largeur du tableau, c'est-à-dire i5 à 16 pieds sur un peu plus de 4 de haut. Et, comme la hauteur totale est d'environ 26 pieds , il faut six de ces bandes de pierre, qui ont 18 pouces d'épaisseur.
Nous avons vu exécuter des peintures, d'une petite dimension il est vrai , par un autre procédé. Sur la table de pierre ou de marbre qui doit servir de fond à la mosaïque , on coule une couche de plâtre d'une certaine épaisseur, et qui est retenue par un cadre en bois ou en métal. C'est sur ce plâtre qu'on dessine le trait du tableau à exécuter; ensuite, avec des outils fails exprès , on creuse et on enlève une partie de ce plâtre , qu'on remplace par un mastic composé à peu près comme celui dont nous avons parlé, mais où il entre une huile siccative.
Ce moyen a peut-être un avantage, celui de conserver aux objets de la composition leurs places respectives; et l'on n'a pas besoin de se servir de portions de calques, qui pourroient se déranger, et ne plus occuper les limites exactes de l'ensemble du dessin.
La mosaïque s'emploie en outre à une foule d'autres usages; et l'on est parvenu par ce moyen à forme rdes bijoux très-délicats. Nous n'entrerons pas dans le détail de cette manutention , qui est d'ailleurs à peu près la même.
Notre objet étant de rendre la mosaïque particulièrement recommandable par son application à de grands et magnifiques objets de décoration, nous ajouterons seulement que les modernes paroissent avoir surpassé les anciens dans cet art , au moins par l'immense proportion de quelques uns de leurs ouvrages. Et il n'est pas de monument antique qui soit ou qui ait été aussi riche en ce genre que la basilique de Saint-Pierre. Qu'on se figure, en effet, douze ou quinze de ces grands tableaux d'autel dont j'ai déjà parlé ; et en outre cette vaste coupole qui a plus de 4oo pieds de tour, et l'intérieur de la lanterne , dont la capacité entière est d'autant plus magnifiquement revêtue de mosaïque, que tousles ornemens et les figures se détachent sur un fond d'azur, de cristal ou de verre doré au feu. Certes, on doit encourager un genre d'industrie qui produit d'aussi étonnans résultats, et qui lègue à la postérité, la plus précieuse partie de l'héritage de la peinture moderne.
Mais il est un autre procédé , dérivé sans doute du même besoin de conservation , et dont l'ori-
gine et l'histoire sont aussi curieuses et beaucoup moins connues. Je veux parler de la teira imeiriata, et de la majolica, qui ont donné naissance à la peinture en émail, à celle sur porcelaine , et peut-être aussi à celle sur Terre.
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Plastique moderne , ou terra i/wetriata et majolica ( terre cuite émaillée, et faïence'). — Observations préliminaires sur la plastique des anciens.
L'Italie , déjà si recommandable par ses nombreux monumens des arts , nous présente encore dans les travaux multipliés de ses écrivains une mine très-riche à exploiter. C'est en effet aux historiens de cette contrée que nous avons sans cesse recours pour éclaircir tous les points de controverse et de critique relatifs aux arts du dessin; et nous lui devons surtout la commissance d'une foule de productions de peinture , de sculpture et d'architecture dont ils ont constaté l'existence , et que les outrages du temps , les dévastations de la guerre ou les voiles de l'ignorance ont fait disparoître.
C'est ainsi que les écrivains d'Athènes et de Rome nous ont transmis les témoignages de la gloire de leurs grands hommes ; et, quelque incomplète que soit cette connoissance , puisque souvent nous ne pouvons juger que par ouï-dire de leur vrai mérite, elle n'en est pas moins utile
pour échauffer le ge'nie, et pour exciter l'émulation de nos artistes, qui cherchent, en produisant aussi des chefs-d'œuvre, à se rendre dignes d'occuper à leur tour une place dans l'histoire , qui doit durer plus que leurs propres ouvrages.
L'Italie , aussi soigneuse de sa gloire que la Grèce , n'a point voulu en laisser perdre le moindre témoignage; et si l'exaltation naturelle de l'esprit national l'a portée à tirer de l'oubli jusqu'à des artistes et des productions médiocres, combien ne devons-nous pas néanmoins lui rendre grâces de ce que , même en nous traçant un nom presque inconnu , elle y attache souvent un fait curieux, un procédé utile , ou une leçon profitable à l'historien.
C'est donc en fouillant les trésors de la littérature italienne , que j'ai trouvé les traces d'un art dont je vais donner les détails. Cet art, parvenu dès sa naissance à la perfection sous le rapport mécanique , s'est perdu en étendant ses applications, après avoir fleuri pendant un siècle et demi : nous n'en possédons plus que les résultats, c'est-à-dire des ouvrages exécutés par l'inventeur du procédé et par ses descendans , qui , après avoir hérité de son nom et de son précieux secret, l'ont enfin laissé s'ensevelir avec eux.
Maintes fois j'avois remarqué en Italie des travaux de sculpture qui , sans avoir la finesse
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et la pureté d'exécution du marbre et du bronze, en offroient la qualité la plus essentielle , la solide consistance. Ils paroissoient même être exempts des impressions de l'atmosphère, qui altèrent et détruisent les métaux et les pierres les plus dures.
L'aspect de ces sculptures de terre cuite , recouverte d'un émail comme la faïence , et par fois de couleurs très-vives , n'avoit d'abord attiré mon attention que superficiellement , et comme un objet plus singulier qu'intéressant. Je les confondois avec ces productions d'une mode ancienne , bizarre , et réprouvée ensuite lorsque le goût s'est épuré.
Depuis, ayant vu de ces sculptures sans vernis et sans couleur, j'y ai reconnu non seulement toutes les finesses et les recherches les plus délicates de l'art quant à l'exécution, mais aussi . presque le même degré de solidité que celle du biscuit de porcelaine. Alors je me suis attaché avec plus d'inlérét à l'étude de ces monumens d'un procédé qui pourroit avoir des applications très-utiles s'il nous étoit connu. J'ai observé que , même dans les morceaux recouverts d'un émail , ce vernis ne dissimule pas d'une manière sensible les contours , n'empâte point la finesse des travaux, et ne sert qu'à mettre la superficie de la terre à l'abri de la décomposition.
Comparant ensuite ces morceaux précieux avec des fragmens antiques de même nature, je me suis convaincu qu'après avoir retrouvé au quinzième siècle l'un des procédés de la plastique des anciens (i), une coupable indifférence nous avoit privés d'une invention qui étendoit les moyens de l'art en simplifiant les procédés d'exécution, et qui conservoit à cette argile, pénétrée en quelque sorte du feu d'un génie créateur, ce type original qui porte tous les caractères de l'inspiration, et dont le marbre et le bronze ne sont que des copies.
Je n'ai point la prétention de tracer ici l'histoire de l'ancienne plastique ; je me bornerai à un petit nombre de faits qui indiquent le parti que l'inventeur, ou plutôt le rénovateur de cet art chez les modernes , a tiré de l'étude des monumens antiques de ce genre , pour renouveler des procédés dont quelques élémens étoient même conservés par la tradition.
On sait que les anciens faisoient servir la terre à une infinité d'usages : les frontons des temples étoient décorés de statues en terre cuite, et même de quadriges de la même matière. Il existoit encore beaucoup de ces ouvrages du temps de
(1) Voirie Recueil de Fragm. de Sculpt. anl. , en terre cuite . par M. Dagincourt; ainsi que les Dissert, de D. Marquez, et du cuvai. Onofrio Boni.
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Pline , tant à Rome que dans les villes municipales : quoique d'une matière commune, ils sont , dit-il , plus précieux que l'or, par la beauté du travail , et par leur solidité que le temps n'a pas altérée.
Il y a tout lieu de croire que ces figures de terre , ces groupes et ces quadriges , d'une trèsforte proportion , n'étoient pas revêtus d'un vernis vitrifié , et qu'on ne les garantissait des injures de l'air qu'au moyen d'une couche de couleur encaustique, dont ou recouvroit souvent jusqu'au marbre et au bronze. Cependant, les anciens travailloient le verre et en faisoienî des choses surprenantes (i). Ils fabriquoient aussi des émaux , auxquels ils savoient communiquer toutes sortes de nuances : ils réussissoient même à fixer à leur superficie, et au moyen du feu, des feuilles d'or et d'argent. Ces émaux étoient employés dans les mosaïques , dont on retrouve souvent les précieux vestiges.
La plupart des vases de terre nous offrent aussi une couverte brillante et solide qui ne nuit en rien à la légèreté des ornemens de sculpture, ni à la délicatesse des formes. Pline cite un nommé Posis, qui exécutoit en terre, sdes raisins et autres fruits, des poissons, etc. , dont l'imi-
(i) Caylus, Recueil d' Antiquités.
tation étoit parfaite. On ne pouvoit y parvenir qu'en donnant à ces objets les couleurs naturelles; et c'est ce qu'on a fait dans le quinzième siècle, comme nous allons l'observer. On cite des figures égyptiennes couvertes d'un émail souvent d'un beau bleu plus ou moins foncé, quelquefois d'un vert léger. On en a trouvé dans les cercueils des momies , et dans le temple d'Isis à Pompeï, qui étoient chargées d'hiéroglyphes. Ces figures sont d'une terre extrêmement fine, quelques unes massives, et d'autres, quoique creuses , n'ont ni voilé , ni gauchi : la couverte est parfaite, quant à son égalité et à sa couleur; et son émail , blanc en dedans et bleu au dehors , ressemble beaucoup à celui de la Chine.
Ces sortes d'objets ne sont point rares ; et on présume que cette branche d'industrie étoit assez perfectionnée et fort répandue. Nous pourrions en citer pour preuve, non seulement ces cercueils et ces amphores qui ont conservé après leur cuisson la pureté de leur forme ou de leurs contours , mais encore cet énorme plat qui coûta un million de sesterces à Yitellius , et pour lequel on bâtit un four en pleine campagne. Car, tels ont été, ajoute Pline, les progrès du luxe, qu'une coupe de terre est plus chère qu'un vase murrhin. C'est à ce sujet que Mutien reprochoit a la mémoire de Yitellius ces étangs portatifs,
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non moins affreux ni moins détestables que cette immense coupe au moyen de laquelle Cassius Sévérus accusoit Asprenas d'avoir fait périr à la fois cent trente convives (i).
Nous avons perdu l'usage de fabriquer et de cuire d'aussi vastes morceaux de terre modelée ; cependant on continua dans le moyen âge de former de très-grandes coupes, ou disques d'argile, recouverts d'un vernis vitrifié, et qu'on plaçoit sur le frontispice des églises. Ces sortes de disques recueilloient , dans leur partie concave , les rayons du soleil , et les réfléchissoient au loin. On en remarque encore à Pesaro sur la façade de l'église de Saint-Augustin , qui sont colorés d'un jaune éclatant; et, à la cime d'un autre temple, on en voyoitoùle jaune et le vert se marioient d'une manière extrêmement agréable.
On fait remonter ces monumens , qu'on peut regarder comme les prémices de la majolica , vers la fin du treizième ou le commencement du quatorzième siècle; et on trouve dans les litres de ce temps qu'il est parlé des potiers de terre, sous le nom de boccalari^i').
La plus grande différence qui existe entre les terres cuites antiques et les modernes, se trouve dans le vernis, ou couverte. Les anciens se con-
(i) Piine,liv. XXXV, ch. xn.
(a) Passeri, Si or délia Pli t. in majolica.
tentoient de passer sur les vases de terre, un simple vernis de chaux de plomb qui procurent un beau lustre, et les rendoit durables. Mais, vers i3oo, on commença à revêtir le vase, encore cru , d'une couche très-mince de terre blanche , qui de voit servir de fond aux couleurs ; et on ne passoit le vernis de chaux de plomb qu'après. On n'usoit pour lors que de quatre couleurs, le jaune , le vert, le noir et le bleu. Ces ouvrages, qu'on désigne sous le nom de mi-faïence , se perfectionnèrent, comme nous le verrons plus bas, à Pesaro, après izj.5o, sous les princes de Ja maison de Sforce , qui prirent ces manufac-i tures sous leur protection.
Néanmoins , si une tradition confuse avoit conservé le secret de revêtir la terre cuite de quelques couleurs et d'un vernis brillant et durable, il y\ avoit encore loin de ces restes d'un art jadis perfectionné, à sa A'éritable rénovation qui consistoit à exécuter, avec de l'argile durcie au feu , tout ce que le marbre et le bronze font servir à la décoration des édifices et à la gloire des arts. C'est ce procédé que nous allons voir renaître avec quelque éclat, rester pendant un siècle et demi concentré entre les mains d'une seule famille . et disparaître enfin tout à coup avec le dernier de ses membres, possesseur de ce secret.
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