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LETTRE XLVII

Origine de la peinture in majolica , ou sur faïence ; et description des plus célèbres ouvrages en ce genre.

JNous avons vu Luca délia Robbia laisser à sa famille le secret de lalerra invctriala, et lui indiquer celui de la majolica que la mort l'empêcha de pousser jusqu'à sa perfection. Il y arriva cependant par la suite. Raphaël, Jules Romain, et d'autres peintres célèbres , n'ont pas dédaigné de fournir des sujets , et même de prêter, dit-on , leur ministère , pour orner des vases exécutés par ce procédé. Ils les ont ainsi rendus dignes d'appartenir à des souverains ; et les amateurs en font encore le plus grand cas , bien que la porcelaine moderne nous offre une matière plus précieuse , ainsi que des couleurs et des dessins plus variés , sans être d'un meilleur goût.

On présume ( 1 ) que l'un des descendans de Luca délia Robbia, appelé par les princes de Pesaro , y introduisit le goût de la majolica, et peut-être

(1) J. B. Passeri, dans une dissertation insérée dans la Nuotrr Raccolta Caîogcriana , vol. IV, parle de l'origine de l'art de la majolica à Pesaro j de ses progrès., des causes qui contribuèrent

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établit une manufacture , qui devint par la suite Tune des plus célèbres de l'Italie. Dans cette même ville , qui possède en effet un grand nombre de bas-reliefs, et autres ouvrages en terre émaillée, les anciens avoient déjà fabriqué des vases, des amphores, des lampes, des figures votives, et même des statues de grandeur naturelle en terre cuite ; et on a trouvé, en fouillant le terrain , une grande quantité de ces objets mêlés avec des médailles étrusques ; ce qui dénote que les uns et les autres appartenoient à ce peuple industrieux. La matière première de ces ouvrages est de différentes couleurs , suivant celles des filons de terre dont ils ont été composés. Il y en a de couleur jaune, verte, d'un rouge de sang , d'une teinte incarnate et rosée, d'un trèsbeau blanc , d'un noir de velours ; enfin cette terre , dont on se sert encore aux mêmes usages, est d'une incomparable finesse, et passe pour la meilleure de l'Italie. Aussi Pesaro en fait un grand commerce,

à son état de perfection et à sa décadence. Il étudia aussi luimême le mécanisme de cet art , et rechercha la nature des couleurs et des vernis , dont il donne plusieurs recettes. Mais il ne parle guère que des manufactures de Pesaro. Baldinucci et Lanzi, Storia Pi//. , vol. II, pag. 66, me fournissent des détails plus généraux; et j'aurois trouvé sans doute des matériaux curieux dans le Traité sur Y Ar/e de Vasari , du cavalier Cipriano Piccolpassi, de Castel-Durante ; mais je n'ai pu me procurer cet ouvrage, <iui est peut-être resté maouscrit.

Au quinzième siècle, l'argenterie e'toit peu en usage , la porcelaine de la Chine étoit inconnue ; aussi l'art de la poterie commença à se perfectionner. Comme chaque petit Etat avoit l'amour propre de surpasser ses voisins en industrie, cette rivalité tourna au profit des arts. Pour ne parler que de celui qui nous occupe en ce moment, on vit s'élever des manufactures de majolica à Gubhio , à Urbin, à Fermignano , à Castcl Durante, et dans plusieurs autres villes de l'Italie.

Vers i5oo, un potier de terre nommé Marco Giorgio, de Gubbio, qui avoit fait pour les Dominicains de cette ville une statue de saint Antoine abbé, modelée avec goût et coloriée avec délicatesse , exécutoit des coupes peintes et sculptées. On en voit dans le cabinet des curieux, avec son nom et la date de la fabrication. 11 travailla jusqu'en i53y.

Dans le même temps on cultivoit cette branche de la plastique à Urbin, et celui qui fut le plus habile en ce genre se nommoit Frédéric Erandini. On peut s'en convaincre en voyant la crèche qu'il fit pour l'église de Saint-Joseph. Lanzi prétend que Begarelli, de Modène(i),

(i) Hist. Pitt. , vol. IV, pag. 33, Vasari raconte que Michel- Ange ilisoit des ouvrages en terre cuite de cet artiste : Se questa

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n'auroit pas mieux rendu la vivacité et la grâce des figures, la variété et la justesse des attitudes, et la vérité de nature des accessoires : les animaux surtout paroissent animés.

Cependant les fabricans d'Urbin n'avoient pas encore perfectionné les vases et les coupes vernissés , et l'on ne cite parmi ces potiers qu'un nommé Piovigo. Les peintures étoient variées y mais peu élégantes. Elles consistoient en arabesques ou méandres, et l'on dessinoit au fond de ces coupes les armoiries des familles ou celles du prince. Dans quelques autres ouvrages un peu plus recherchés , on représentoit en buste les figures des dieux de la fable , le portrait des souverains et de leurs épouses. Les traits se détachoient en noir sur un fond blanc , et l'on ne plaçoit des couleurs que sur les vêtemens.

Le style de ces premiers ouvrages étoit sec et aride : les figures , au simple trait, sans ombres ni demi-teintes; mais si le dessin repoussoit par sa grossièreté , en revanche , le vernis dont on le recouvroit étoit admirable, et il n'a pu être imité depuis , quoique fart eût fait de grands progrès. Si on le présente au soleil sous certains aspects , ce vernis a le chatoyant de la nacre, et

terra diventassc marmo guai aile statue antiche. Begarellij, né rers 1498} mourut en 1 565.

il jette des reflets imitant les feux du diamant. Le vernis jaune avoit l'apparence de For, et ofîroit de plus, à sa superficie, les couleurs de l'iris.

Bientôt on orna le bord des vases avec des filets d'or et d'argent, que le vernis garantissoit ; tandis que la couche de ces métaux que nous plaçons sur la porcelaine, demeurant à nu, le moindre frottement est dans le cas de l'user et de la faire disparoître.

A la même époque on faisoit des plats dont le fond , orné de fruits , de masques ou d'armoiries, étoit en relief colorié ou doré sur champ blanc. On joignoit aussi aux figures , des devises ou autres inscriptions en latin ou en italien. On y remarque un procédé de dorure qui est perdu, et qui offre une sorte de phénomène optique. Cet or, si on le regarde verticalement, est d'un jaune extrêmement pâle ; si au contraire on le voit horizontalement, il brille de tout son éclat, et les ressauts du relief offrent la couleur des rubis ou des émeraudes. Dans les premières productions de la majolica , on trouve aussi une teinte rouge d'une vivacité extraordinaire ; le secret en passa vers i5i8 à la manufacture de Gubbio, et se perdit trente ans après.

Jusqu'en i53o, toutes ces peintures sont sèches de touche, crues de couleur : on voit en-

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suile le dessin s'améliorer, acquérir de la grâce, faire des progrès dans le clair-obscur, et dans la fonte et la dégradation des teintes ; enfin cet art atteignit sa perfection en i54o.

Les vases exécutés à cette époque par Orazzio Fontana. dUrbin, rivalisent , pour la beauté de la couverte, le dessin des figures et l'élégance des formes, avec les plus beaux vases antiques. Cet artiste exerça son industrie dans plusieurs villes de l'Etat d'Urbin, et particulièrement à Castel-Durante , aujourd'hui Urbania, où l'on trouve une terre fine et légère propre à cet usage. Son frère Flaminio, qui travailloit avec lui , ayant été appelé à Florence , y introduisit le procédé de la majolica. C'est alors qu'on exécuta de très-beaux pavés en faïence, sur lesquels on peignoit de grandes figures et des sujets historiques. Après avoir relevé exactementsurpapier le plan de la chambre, on y traçoit autant de carreaux qu'il devoit y en avoir dans la pièce ; on y dessinoit ensuite le sujet de manière que les tètes , les mains et les pieds des figures se trouvassent inscrits chacun dans un carré, sans d'ailleurs s'embarrasser si le joint coupoit les draperies ou toute autre partie moins importante. Ce dessin étoit ensuite transporté sur les carreaux même; et on exécutoit, par ce moyen, des compositions assez compliquées. On trouve en-

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core dans le palais de Caslel-Durante, des paves qui offrent des tètes grandes comme nature et d'un très-beau caractère. Les ouvriers de celte manufacture portèrent leur industrie au loin, depuis Gorfou, jusqu'en Flandres. Enfin, Rimini, Faenza , Forli , Bologne , Ravenne , Ferrare . Perouze, etc. , virent s'établir des manufactures de majolica , dont chacune avoit des procédés qui lui éloient propres, et qui formoient en quelque sorte, pour le style, autant d'écoles différentes.

Mais la ville de Pesaro étoit comme le centre et le foyer du goût en ce genre : les ouvrages qui sortoient de sa manufacture se faisoient remarquer par le choix des sujets, l'élévation des idées , l'érudition même qui y étoit répandue ; enfin , par la parfaite exécution du dessin et même du coloris.

On avoit d'abord suivi la manière sèche et gothique de Timoteo Yiti, peintre assez correct , mais dont les figures éloient roides et .sans mouvement. Mais , les dessins et les estampes de Raphaël et de son école commençant a se répandre, le style des peintures en majolica s'en ressentit ; et on exécuta en ce genre de si iîellcs choses, qu'on crut que Raphaël lui-même y avoit travaillé.

Le goût éclairé du duc Guidobaldo II délia Rovere, influa beaucoup sur celui de ses sujets.

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Il établit, en i538, des fabriques de majoïicah. Pesaro , et les prit sous sa protection spe'ciale ; il s'occupa lui-même manuellement de cet art, et il fit présent de ses ouvrages à tous les grands souverains de l'Europe. Enfin il donna à cette poterie perfectionnée le nom de porcelaine (i).

A la mort de François Marie , dernier duc d'Urbin , cette précieuse vaisselle passa au souverain de la Toscane, qui envoya les vases de la célèbre apothicairerie du Palais, à Lorette, où ils furent placés dans le trésor. On les y admiroit encore dans le siècle dernier ; et la reine Christine de Suède trouva cette collection d'un si grand prix, qu'elle offrit de la remplacer par autant de pièces semblables en argent.

Guidobaldo avoit recueilli un nombre considérable de dessins de Piaphaël et de ses élèves ; il les donnoit pour modèles à ses manufactures, particulièrement à celle qui travailloit pour son propre compte , et il y entretenoit de véritables artistes pour les copier. On cite plusieurs de ces vases où l'on voit de fort belles compositions, telles que l'incendie du Bourg, la ruine

(i) I.e nom de porcelaine, que l'on donne seulement à la poterie de la Chine, qu'on a imitée depuis en Europe, et qui y est maintenant si commune, n'est point un mot chinois. Cambei -l assure qu'il vient du mot portugais pcrçolana , qui signifie vaisselle ou poterie de terre.

de Troie , et le Jugement de Paris , gravés par Marc-Antoine; Moïse enfant retiré des eaux, et l'Ange qui apparoît à S^ra, sujets qu'on admire aux loges du Vatican.

Ces copies sont quelquefois un peu différentes des originaux, et les changemens semblent devoir être sortis de la main d'un bon maître. Peut-être marquent-elles autant d'essais divers que Raphaël a ensuite perfectionnés , et qui n'en sont que plus précieux pour l'histoire de l'art, puisqu'ils font voir pour ainsi dire les degrés par lesquels cet homme de génie s'élevoit à la perfection. Ces porcelaines nous conservent aussi beaucoup de compositions qui n'ont jamais été exécutées par les procédés ordinaires , et qui portent évidemment, dans le caractère, des têtes , le style de ce maître. Au surplus, elles ont été calquées sur ses propres dessins, qui furent ensuite dispersés et perdus pour ainsi dire dans les collections particulières.

On a fait plusieurs contes sur le père de Raphaël et sur lui-même à l'occasion de ces vases ; de là encore le surnom de Bocalajo d'Urbin dont on Fa généreusement gratifié. Lanzi trouve l'origine de cette dénomination dans le nom d'un Raphaël Ciarla, qui est un des plus habiles peintres de faïence ; et dans la quantité de vases qu'il fit pour l'Espagne. Ce nom peut avoir

donné lieu à la méprise, parce qu'on aura dit alors : Ces ouvrages sont de Raphaël; et le vulgaire , toujours porté à exagérer, et saisissant avidement Véquivoque , aura ajouté qu'ils étoient du grand Raphaël d'Urbin.

On retrouve aussi plusieurs compositions de Michel-Ange sur ces vases ; et le duc Guidobaldo employa plusieurs autres artistes célèbres de ce temps, et, entre autres, Raphaël del Colle ou del Borgo , Taddeo Zuccaro , et Batista Franco, habile dessinateur et graveur. Ce dernier exécuta les dessins pour des services de porcelaine dont le duc fit présent à l'empereur Charles- Quint et au cardinal Farnèze. Les mêmes artistes ornèrent de leurs compositions les vases de la célèbre pharmacie du palais de Pesaro.

Les ouvriers employés dans ces manufactures étoient non seulement très-habiles eux-mêmes, comme on le voit par la spirituelle exactitude avec laquelle ils copioient les dessins des grands maîtres; mais ils étoient aussi fort instruits, à en juger par les titres écrits qu'ils donnoient à leurs sujets, et les citations aussi exactes qu'ingénieuses qu'ils tiroient des auteurs anciens , tels qu'Ovide, Tite-Live, Denys d'Halicarnasse , Polybe, etc. On joignoit à ces inscriptions le nom de l'artiste et la date de la fabrication; et cet usage dura tant qu'on mit de l'importance à

ces sortes de travaux, c'est-à-dire depuis i^4o jusqu'en i56o.

Ces vases formoient la vaisselle des grands et des riches ; on en faisoit des cadeaux , et il en existe d'une forme particulière sur ksquels des amans faisoient tracer le portrait de leur maîtresse , et ensuite les leur offroient remplis de fleurs , de fruits ou de sucreries.

On s'en servoit aussi pendant les bals , pour envoyer aux jeunes fillesdes fruits confits, comme c'est encore l'usage dans quelques villes d'Italie. Et ces espèces de compotiers se reconnoissent au sujet de la peinture : c'est un Amour qui danse en jouant du tambour de basque.

A l'occasion des mariages, on faisoit faire de ces porcelaines peintes; et au repas de noces on se servoit de plats et d'assiettes dont les sujets, analogues à la circonstance, tels que les métamorphoses de Jupiter, et d'autres traits de la fable ou de l'histoire, étoient parfois assez libres. Mais on ne s'en formalisoit guère, surtout à pareilles fêtes , dans lesquelles la joie dcvenoit commun ément un peu licencieuse.

On faisoit aussi de grands vases d'un très-beau dessin, qu'on portoit auprès du lit de l'accouchée. Ils se démont oient en sept ou huit pièces, différentes de forme et d'usage , et qui contenoient un dîner tout préparé. Ces pièces étoicni

peintes, en dehors et en dedans, avec un soin et une délicatesse extrêmes : on y représentoit les noces des dieux et des héros. Passeri en cite un où Ton voit Léda avec ses deux enfans qui jouent en sortant de la coquille; dans le lointain, le cygne bat des ailes, pour témoigner son allégresse , et un Génie ailé répand des fleurs sur le groupe principal.

Dans les vases à laver, on retraçoit toujours des sujets relatifs aux divinités des eaux. Les plats de dessert offrent des fruits de toute espèce, ou des scènes représentant les travaux de ^automne , tels que la récolte des fruits et îa vendange. Enfin, le sujet de ces peintures étoit toujours analogue à l'usage du vase.

Le dessin et la composition de ces petits tableaux étoient plus ou moins soignés, suivant l'adresse ou le talent des peintres. Les couleurs, d'une vivacité extrême, se plaçoient franchement et autant que possible au premier coup. Et, par un procédé qui est perdu, on rehaussoit les lumières avec des touches d'une couleur trèsblanche, qui s'appeloit biancheflo.Ow croit que c'étoit de l'étain fondu et réduit en poudre dans un mortier avant qu'il se refroidît. Il subissoit ensuite une autre préparation qui nous est inconnue.

On peignoit avec le blancheit-o des ornemens

blancs sur un fond de la même couleur, mais d'une autre nuance ; ce qui produisent un trèsjoli effet. Ce travail se nommoit sbîancheggiato. On employoit le bianchetlo sur un fond noir ou azuré ; et on en faisoit des grisailles, où les artifices du clair- obscur étoient parfaitement observés.

On ne se contenta pas de peindre ces poteries, on les modela en relief; et on voyoit au fond des bassins, non seulement des fruits et des fleurs , mais des serpens , des lézards , des grenouilles, et autres animaux peints avec leurs couleurs naturelles (i). On faisoit avec la même pâte toutes sortes de petits objets de décoration pour les appartemens; tels que flambeaux, encriers, des vaisseaux imitant des oranges, des poires, des pommes de pin, et d'autres vases dits magiques, qui versoient tour à tour, et à volonté, du vin ou de l'eau, au grand étonnement de ceux qui n'étoient pas dans le secret. On faisoit aussi de ces fontaines qui , placées au milieu de la table, fournissoient des jets de plusieurs sortes de liqueurs ; enfin , mille autres bagatelles, qui montroient dans leurs auteurs

(i) M. Dufourni possède un très-beau bassin, où tous ces animaux sont reunis sur un fond de verdure. Si, en les regardant à travers de l'eau dont on l'emplit, on lui imprime un le'ger mouvement, ces animaux semblent se mouvoir; et l'illusion devient complète.

de F adresse , de l'invention , et même un véritable talent pour la peinture et pour la sculpture .

L'art de la majolica ne se soutint pas longtemps à sa première hauteur. Après avoir fleuri pendant une vingtaine d'années, il commença à décliner en i56o, à la mort des deux frères Flaminio etOrazzio Fontana ; et tout ce qu'on voit portant la date des années suivantes est d'un dessin peu correct, d'un coloris cru ou fade, mal ombré, et point du tout fondu. Bientôt on laissa de côté les dessins des grands maîtres; et le goût maniéré des Flamands prévalut. La principale raison de cette décadence fut la vieillesse, et enfin, en i5y4 , la mort du duc Guidobaido, qui avoit si fort encouragé cette industrie. Son successeur, Marie II , très-économe, et fort indifférent pour les arts, ne soutint plus les manufactures de majolica, et les abandonna aux mains des particuliers, qui, n'étant plus protégés par le gouvernement, ne se livrèrent qu'à des travaux de faïence ordinaire d'un usage habituel , d'un très-bas prix ; et dès lors elles perdirent tous leurs avantages.

L'introduction de la porcelaine de la Chine fit aussi dédaigner la faïence , même la plus belle. Et cependant quel avantage avoit-elle sur les beaux vases de Pesaro et dUrbin, exécutés sous la direction de Raphaël ou des artistes de son école ?

ÏNul autre que la finesse et la transparence de la pâte. Mais l'illusion de très-belles couleurs , quoiqu'appliquées grossièrement, et offrant des magots et des objets étrangers sans la moindre entente de dessin ni de perspective, et le charme de la nouveauté, séduisirent les grands et les riches. Lamodes'emparadecettenouvellebranche de commerce , et inonda l'Europe de toutes les productions d'un peuple qu'on a exalté beaucoup trop , et que la saine raison pourroit ne considérer que comme une réunion d'enfans précoces, arrêtés dans leur croissance , et qui n'ont jamais pu devenir des hommes.

Dès qu'on renonça à la faïence , la cupidité tourna l'industrie vers l'imitation de la porcelaine. On parvint, d'abord en Toscane, à contrefaire les vases chinois. La Saxe établit ensuite ses manufactures; et la France, qui devoit perfectionner ce procédé, fut le dernier pays où l'on s'en occupa. Elle n'étoit point cependant étrangère à l'art de la majolica , et elle avoit inventé une application nouvelle de cette découverte ; application dont les produits, connus d'abord sous le nom d'émaux de Limoges , ensuite de peinture en émail, ont été poussés au plus haut degré de perfection par Petitot.

Ces objets divers , et surtout la comparaison de la poterie peinte par Bernard de Palissi, avec

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les ouvrages de ce genre exécutés précédemment en Italie ,pourroient encore me fournir matière à quelques observations intéressantes (1). Mais je dois me borner, comme je l'ai annoncé , à ce que l'Italie m'offroit sur cette matière. D'ailleurs , on est plus curieux de s'instruire des causes que des effets : aussi mon objet a moins été de tracer l'histoire de la terre cuite émaillée , que de ramener l'intérêt sur l'auteur d'une invention peu connue ; et surtout de jeter quelque lumière sur l'origine d'un procédé qui pourroit redevenir utile , et qui a tant d'analogie avec la plastique des anciens. Tel a été mon but : si je ne l'ai pas atteint, puissé-je au moins avoir écarté quelques uns des nuages qui nous le cachent encore.

(1) Jusqu'à présent l'on a considéré Bernard de Palissi comme l'inventeur de ces vases de terre cuite, qui portent son nom, et qu'il décrit dans son ouvrage, s'intitulant ouvrier en terre, et inventeur des rustiques figulines. Mais , quand on considère que cet homme, d'ailleurs justement célèbre, naquit plus de cent ans après Lucca délia Robbia, c'est-à-dire de i5i4 à i520, et que Jérôme délia Robbia porta en France, vers i55o, de nombreux travaux de terra irn'ctrlata , et surtout cette inajolica dont il revêtit le château de Madrid, construit par François Ier, dans le bois de Boulogne, et que nous avons vu détruire; et qu'enfin, en i56o, l'art de la majolica n'étoit plus un secret, puisqu'on faisoit de cette faïence dans presque toutes les villes d'Italie ; on ne peut plus considérer Bernard de Palissi que comme l'imitateur des Italiens, et non comme l'inventeur d'un art déjà si connu,, et même en décadence à l'époque où il a dû s'en occuper.

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