‹ Lettres sur l'ItalieChapitre 12 sur 20 · LETTRE XXI · texte numérisé non relu

LETTRE XXI

Vésuve. — Port. — Lanterne , ou phare ; et promenade du Môle. — Naples. — Vue de la mer au soleil couchant et au clair de la lune.

Naples.

Xj'objet qui excitoit le plus ma curiosité, en arrivant à Naples, c'étoit le Vésuve. Quels ont été ma surprise et mon désappointement à l'aspect de cette montagne si renommée ! Ne vous esl-il pas arrivé , d'après les écrits ou les actions d'un homme célèbre, de chercher à vous former une idée de sa physionomie ? On croit trouver sur son visage et dans toute sa personne des traces de ses qualités morales , ou de ses grandes actions ; et l'on ne voit souvent qu'un homme très-ordinaire, chétif, de mauvaise mine , négligé dans son habillement et dans son maintien, et dont la tournure, loin de le faire distinguer des autres individus , le rabaisse d'autant plus à vos yeux que votre imagination le plaçoit sur un piédestal plus élevé. Il en est de même du volcan que je me représentois sillonné de profondes rugosités , et de torrens de lave qui marquoient d'une ligne noirâtre la trace des ra-

vages qu'elle avoit produits sur ses flancs. Je croyois ne pouvoir marcher qu'à travers les roches pendantes, les édifices ruinés, les monceaux de débris; et ce spectacle de désolation devoit être toujours, au moins je me le figurois, couronné des flots ondoyans d'une épaisse fumée, qui sembloient indiquer Fun des soupiraux du Tartare.

Je n'aperçois cependant qu'un monticule d'une dimension ordinaire , d'une forme conique très-évasée , sans variété dans ses plans , sans inégalités dans sa pente , d'une teinte uniformément cendrée, et dont le cratère, dépouillé de tout son prestige , exhale à peine quelques vapeurs, qui ne sont même sensibles que le matin et le soir, lorsque les rayons du soleil les frappent sur une direction oblique.

Le volcan, entouré de feux, d'éclairs et de flammes, brillant dans l'obscurité, faisant retentir la contrée de ses mugissemens , et l'ébranlant de ses secousses , auroit produit sans doute une impression plus vive sur mes sens que cette masse triste, inerte, stérile et poudreuse, qui domine la plus riante contrée. Néanmoins, lorsqu'on pense qu'un peuple entier chante et danse gaîment au bord d'une fosse toujours béante ; que ces moissons , ces vergers , ces casins délicieux sont supportés par une mince

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