LETTRE XXV
Tombeau de Virgile. — Villa de Sannazar. — Eglise de Santa-Maria-del-Par lo .
Naples.
Je me plais à revenir sur le contraste que m'offre à tout instant l'Italie comparée à la Grèce. Après avoir parcouru des pays à peine civilisés, on est vivement frappé des premiers tableaux de mœurs et d habitudes européennes; on se livre avec avidité à des plaisirs dont on a été long-temps privé ; et Ton est entraîné par le tourbillon de la société, la pompe, la variété des spectacles, et l'enivrement de toutes les jouissances factices dont l'habitude et l'éducacation nous ont fait un besoin. Mais cette espèce de fureur de jouir se modère bientôt : les fêtes , les bals, les repas somptueux, le tumulte des promenades , et même des salons , fmit par fatiguer. Les organes accoutumés au calme , ne pouvant plus s'habituer à ce bruit continuel , redemandent le repos , les douces méditations , et même la mélancolie, ce charme de la solitude.
SUR l' ITALIE. 3l7
Après avoir effleuré les plaisirs dont les voyageurs sont avides , et qui ne manquent pas d'être exaltés par les cicérone; après avoir vu quelques spectacles , visité les musées et les églises , j'ai pris congé de mes empressés conducteurs, de leurs grands mots vides de sens, de leurs grands gestes aussi insignifians. Je dis adieu à de nouvelles connoissances qu'on lait sans plaisir, et qu'on quitte sans regret; et, sortant de la ville par le plus court chemin , j'erre nonchalamment sur la côte déserte de Bayes, au milieu des ruines antiques, et des trésors de la végétation d'un sol éminemment productif; ouhien, assis sur la grève, je jouis du dolcefar niente. Je me surprens à trier les grains de sable mêlés de coquillages , à compter les vagues qui viennent successivement expirer à mes pieds, à suivre les nuages balancés audessus de ma tête, et dont le mouvement insensible ou précipité m'offre l'image du temps hâté par la joie, ou ralenti par la tristesse. Il s'écoule pour moi sans trouble et d'un pas égal dans ces amusemens frivoles, puériles si l'on veut, mais qui calment plus mes sens que ne pourroient le faire tous les élixirs de la médecine, et même les accords mélodieux du théâtre de Saint-Charles.
Gravissons au sommet de ce coteau, où
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s'éicvc un antique édifice tapissé de verdure , et couronné de lauriers , ( Planche XÎII): Une inscription est tracée sur le rocher ;
QùJE CmERJS TUm^LO HAEC VESTIGIA? CONDITUR OLIM ILLE HIC, qui CECINIT PASCUA, RURA , DUCES.
C'est le tombeau de Virgile!... Le temps a moins respecté ce dernier asile de Tillustre po'éte , que les titres de sa gloire ; il a ruiné ce monument, et l'intérieur en est vide. Je me fraie un passage à travers les myrtes, les longues guirlandes de lierre et de clématite ; et je par- '^âens jusqu'au laurier sacré , dont une fraude pieuse multiplie les rejetons. J'en cueille un rameau , et il semble qu'en le pressant sur ma poitrine, j'y fasse circuler un feu qui me ranime. Mon sang reprend une nouvelle activité, et coule plus rapidement dans mes veines.
Charmes d'un grand nom, combien vous embellissez de solitudes ou de lieux affreux , que rhomme fuiroit sans le magique appât offert à Timagination î J'étois entouré d'objets qui à tout îeurintérct pittoresque en joignoientun bien plus puissant, celui d'avoir été décrits par Homère etpar Yirgile. Là , s'offroient à moi l'Averne, le Lucrin, les marais de l'Achéron , la grotte de la Sibylle ; plus loin, la ville de Cumes et 4es coteaux parfumés de Falerne. J'avois à mes