TOMBEAU DE VIRGILE
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pieds la superbe Parthenope, et la mer de Misène ; ma vue s'égaroit sur les îles dont elle est parsemée ; elle se détournoit de Caprée, glissoit rapidement sur les côtes de Sorrente , sur les monts Lalarii , le rocher d'Hercule, et les ruines deStabia, de Pompeï, d'Hcrculanum. Elle se reposoit enfin sur les temples , les palais de marbre et les beaux édifices de la capitale , dont le sourd bourdonnement et les fumées s'élevoient à peine jusqu'à moi.
Tout , en ce moment , favorisoit la plus séduisante illusion ; rien ne me rappeloit au présent , et je me croyois transporté au siècle des merveilles. Quelques pâtres, entourés de leurs brebis > ou rappelant leurs chèvres errantes dans ces rochers solitaires , étoient les seuls êtres animés qui m'entouroient ; et ce tableau d'une simplicité antique m'entretenoit dans la plus douce erreur.
Il est une vérité incontestable : les seules beautés de la campagne, et les détails de la vie pastorale, sont de tous les temps; ils conservent en tous lieux leur même physionomie, et ne changent pas ainsi que les mœurs et les usages des citadins. Ces bergers, à moitié nus, ou couverts de la peau de leurs moutons , et faisant résonner sous leurs doigts grossiers les pipeaux vus tiques, me retracent encore les pasteurs dont
le chantre des Bucoliques dc'peignoit les plaisirs, les travaux, les disputes et les chants.
Le monument de Virgile fut, dit-on, construit par ordre d'Auguste dans Fenceinte de la cilla que le poète possédoit sur le Pausilype , et où il composa une grande partie de ses ouvrages (i). Pline le jeune nous apprend que cette maison de plaisance fut acquise par Silius Italiens , consul après la mort de Néron. Déjàilpossëdoit la villa que Cicéron nommoitT Académie. Silius. aimoit à rêver aux mêmes lieux qui avoient inspiré Virgile, et qui lui dictèrent à lui-même son po'éme sur la guerre d'Afrique. Le tombeau de rimmortel poe'te étoit pour lui l'objet d'une, sorte de culte, et il ne passoit pas un seul jour sans le visiter (2). Ce monument , qu'Elius Donatus, grammairien du quatrième siècle, indique à la place où on le voit encore , n'offre plus qu'une masse tellement dégradée, qu'on a de la peine à démêler sa forme ; il est couvert
(1) Lui-même le donne à entendre dans ces vers qui terminent les Géorgiques :
JUo Virgilium me tempore dulcis alehat Parlhenoye , sLiidiisJlorentem ignobilis oli ; Caimiiij qui lusi paslonim , auduxcjite juventâ , Tiljre , te palulœ cecini sub tegniiiie fagi. >
•3) Silius hœc niagni célébrât monumcnia Ma roui s , Jugera facundi qui CiceroniS habet.
Steredem, dominunique sui tumuiique, 'arisque, JfOH alium maîlel n«c Maro , nec Cicero .
(Martial.)
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d'une voûte revêtue en opus reticulatum. On remarque dans l'intérieur plusieurs niches ; et l'on n'y pénètre que par des ouvertures irrégulières qui offrent les traces de la ^dolalion de ce monument, dans lequel on voyoit , jusqu'en 1826, un sarcophage supporté par neuf petites colonnes de marbre blanc, et qui contenoit les cendres du poe'te ; mais le roi Robert d'Anjou , craignant que l'on n'enlevât ce précieux dépôt, le fit, dit-on, transporter au Château-Neuf, où,' malgré les recherches d'Alphonse I" d'Aragon, Ton ne parvint pas à le retrouver. Au temps de rEngenio(i), on déterra, dans le voisinage, cette inscription :
Sis te çiator, quœso , parce, Icgito : hic Maro situ s est.
Et le duc de Pescolangiano , possesseur du terrain à la fm du dix-septième siècle , fit aussi graver sur un marbre le fameux distique :
Mantua me genuit , Calabri rapuere , tenet nunc y Parihcnope. Cecini pascua, rara, duces }
et y ajouta :
D. Hieronymus de Alexandro dux Pescolanciani hujus tumuli hères P. anno i684-
En sortant de l'antique héritage de Virgile , on jouit d'un coup d'œil de la plus grande richesse, et que j'ai Ç:S,(\\xhsé (^Planche XIV y
(1) L'Engenio vivoit en iSaS,
Des chemins pratique's en pente douce serpentent le long des flancs du rocher; ils sont supportés par d'énormes murs, percés d'arcades et flanqués de contre-forts. Des maisons» entremêlées de jardins, s'élèvent sur ces rampes en forme de gradins. Elles sont elles-mêmes surmontées de terrasses que le ciment de pouzzolane rend impénétrables à l'humidité , et sur lesquelles on fait croître des fleurs , des arbustes et des \Tignes. Ces berceaux aériens garantissent les habitations des rayons du soleil , et offrent des retraites charmantes exposées aux plus légères brises de mer, qui tempèrent la chaleur de l'atmosphère. Pendant la nuit surtout on y jouit d'une fraîcheur délicieuse. Beaucoup de personnes couchent même sur ces terrasses sans autre abri que la voûte éthérée , ou des toits de verdure ; jouissances qu'on ne peut bien apprécier que sous le ciel serein de Naples , ou dans le climat chaud, sec et salubre de la Grèce.
Au pied de la montagne , sur les bords de la mer, et à l'extrémilé des belles jetées qui, en cet endroit, s'arrondissent en demi-cercle, on voit l'église et le couvent de Santa-Maria del Parto, célèbre par le tombeau de Sannazar, le Virgile des Napolitains, ÇPlanche Xf^.)
Le roi Frédéric , qui l'aimoit beaucoup , lui avait donné cet agréable coin de terr€ , avec un
C^TiUa^ flol'^ru^