‹ Lettres sur l'ItalieChapitre 18 sur 20 · SV MARIA DEL PARTO · texte numérisé non relu

SV MARIA DEL PARTO

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casin qu'il y avoit fait construire. Le po'ëte embellit cette solitude qu'il ne quiltoit plus, et dont il vantoit sans cesse les charmes. L'une de ses odes commence ainsi :

Rupis o sacres pelagiçue cusfos Fi lia , njmpharum doinus , et propinquie Doridos , regum decus unà quondam Deliciœgue , etc.

Qu'on juge de son désespoir lorsque, pendant le siège de INaples par les Français, en i528, le général Lautrec, ayant fait de ce lieu son quartier général, y fut attaqué par le prince d'Orange*. L'on se battit avec acharnement de part et d'autre ; Lautrec fut repoussé; mais le casin et les plantations furent détruits. Le po'éte en conçut tant de chagrin qu'il quitta INaples, et mourut bientôt après, laissant ce terrain aux frères servîtes de la Vierge , pour construire sur les ruines de sa retraite chérie une église qu'il dota de six cents ducats de rente , et à laquelle on donna le nom de Sainte-Marie del Parto^ en mémoire du po'ëme de Sannazar intitulé de Paria Virginis.

Le po'éte n' avoit pardonné qu'à la dernière extrémité à ses ennemis , et surtout au prince d'Orange qu'il accusoit de tous ses malheurs. Aussi, sur le point de mourir, ayant appris que ce prince avoit été tué au siège de Florence , il s'écria : Excédant è vU4 hoc meo non inani çolo

lœtus^ postquam harharus Musarum hostîs^ ultore Marte ^ immanis injuriœ pœnas persolvit. Les parens de Sannazar firent transporter son corps à ISaples, et lui érigèrent un magnifique tombeau dans l'église de Sainte-Marie , au pied de la même montagne sur laquelle reposoient les cendres de Virgile , avec cette inscription composée par le célèbre cardinal Bembo :

Da sacro cineri flores. Hic iile Maroni Sincerus ( i ) musâ proximus ut tumulo.

Le poëte napolitain a reproduit en effet la forme des ouvrages , et quelques unes des beautés de son maître. Comme lui il chanta les bergers , les plaisirs et les travaux de la campagne ; mais, au lieu de peindre les héros , il a fait, dans le poëme sur lequel est fondée sa réputation , le mélange le plus extravagant des mystères de notre religion et des fables mythologiques. Quoique ses vers latins soient écrits avec beaucoup de pureté, et que, dans ses poésies italiennes, et particulièrement dans son Arcadie , il y ait beaucoup de délicatesse et même de naïveté, néanmoins on s'accorde à dire que son talent est moins original que facile , qu'il a plus de grâce que de vigueur. Enfin, pour avoir voulu se mêler aux:

(i) On sait que Pontanus avoit fondé une académie. En y entrant, on prenoit un nom autre <)ue le nom ordinaire. Oa donna à Sannazar celui de Accius Sincerus.

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po'ètes de l'antiquité, il semble avoir perdu son rang parmi les modernes.

Le tombeau de Sannazar a été le sujet d'une discussion fort vive entre les historiens des arts ; et, comme il est bien composé et bien exécuté , plusieurs artistes s'en disputent la gloire. Les uns l'attribuent à Gio AngeloPoggibonsi, artiste toscan, et les autres à Girolamo Santacroce, Napolitain.

Les exécuteurs testamentaires du poëte, et les frères servîtes du couvent de laMargellina, formèrent deux partis lorsqu'il fut question d'ériger ce monument. Les premiers se déclarèrent en faveur du modèle composé par Santacroce ; les frères vouloient charger Poggibonsi, qui étoit un religieux de leur ordre , de tout le travail. Enfin ils s'accordèrent , et convinrent de faire à chacun des artistes leur part dans l'entreprise (i). Cela explique ce que raconte le chanoine Celano. savoir : que Santacroce fit le modèle de toute la composition , et que Poggibons la termina. En effet, la tradition, confirmée par la similitude du caractère de ces ouvrages avec ceux du Santacroce , fait reconnoître que le bas-relief , représentant des faunes , des

(i) L'on conserve l'acte passé entr'eux, dans les archives de l'église de Sainte-Marie.

nymphes et des bergers, est son ouvrage, ainsi que le busle du poe'te. 11 n'y a pas en effet d'apparence qu'on en eût charge un artiste élranger qui n'avoit jamais vu Sannazar, au détriment d'un compatriote qui avoit été long-temps son ami. Il est encore vraisemblable que les statues d'Apollon et de Minerve, assises à côte du tombeau, et auxquelles les moines scrupuleux ont donné les noms de David et de Judith, ont été ébauchées par le même sculpteur, et terminées, à sa mort , par Poggibonsi. Il en est de même des autres figures et ornemens; les ouvrages sortis du ciseau de ce dernier artiste sont d'un style qui diffère entièrement de celui du Santacroce.

Dans une chapelle de la même église , on montre une Adoration des Rois, attribuée à Jean de Bruges, et que le roi Frédéric avoit donnée à Sannazar. Ce tableau, qui est peint sur toile, n'a jamais été de Tartiste flamand; et il paroît même d une main et d'un style beaucoup plus modernes.

On connoît cet autre tableau où saint Michel est représenté terrassant le diable sous la figure d'une très -jolie femme. L'archange offre les traits d'un saint évêque ; et le diable ceux d'une dame qui avoit conçu pour le scrupuleux prélat une passion criminelle. Il écrivit au bas du tableau : Fecit çictoriam. Alléluia.

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