‹ Lettres sur la campagne d'Italie en 1859Chapitre 8 sur 11 · RAPPORT FRANÇAIS · texte numérisé non relu

RAPPORT FRANÇAIS

Vogliera, le!U mai 1859, minuit.

Monsieur le maréchal,

J'ai l'bounenr de vous rendre compte du combat que ma divisiou a livré aujourd'hui.

Averti à midi et demi qu'une forte colonne autrichienne, avec des canons, avait occupé Casteggio et avait repous.sé de Montebcllo les grand'gardes de cavalerie piémontaise, je me suis porté immédiatement auN avant-postes, sur la roule de Montebello, avec deux bataillons du 74*, destinés à relever deux bataillous du 84* cantonnés sur cette route, en avant de Vogliera, à hauteur de la Madura.

Pendant ce temps, le reste de ma division prenait les armes; une batterie d'artillerie (6* du 8* régiment) marchait en tète.

Arrivé au pont jeté sur le ruisseau dit Fossagazzo, extrême limite de nos avant-postes, je fis mettre en batterie uue section d'artillerie, appuyée à droite et à gauche par deux bataillons du 84*, bordant le ruisseau avec leurs tirailleurs.

Pendant ce temps, l’ennemi avait poussé de Montebcllo sur Ginestrello,et, ayant été informé qu'il se dirigeait sur moi en deux colonnes, l’une par la grande route, l'autre par la chaussée du chemin de fer, j’ordonnai au bataillon de gauche du 74* de couvrir la chaussée à Cascina-Nuova, et à l’autre bataillon de se porter à droite de la route, en arrière du 84*.

Ce mouvement était à peine terminé, qu’une vive fusillade s'enga-

geail snr tonte la ligne entre nos artillenrs et cenx de l’ennemi, qni marchait sur nous, soutenant ses tirailleurs par des tètes de colonne débouchant de Gineslrello. L'artillerie ouvrit son feu sur elles avec succès; l’ennemi y riposta. '

J'ordonnai alors à ma droite de se porter en avant. L'ennemi se retira devant l'élan de nos troupes ; mais, s'apercevant que je n'avais qn'un bataillon à la gauche de la route, il dirigea contre lui une forte colonne. Grâce à la vigueur et à la fermeté de ce bataillon, commandé par le colonel Cambriels, et à des charges heureuses de la cavalerie piémontaise, admirablement conduite par le général de Sonnaz, les Autrichiens durent se retirer.

A ce moment, le général Blanchard, suivi dn 98* et d'un bataillon du 91* (les deux autres étaient restés è Oriolo, où ils ont eu uu engagement), me rejoignait et recevait l'ordre d'aller relever le batailloudu74', chargé de défendre la chaussée du chemin de fer et de s'établir fortement à Cascina-Nuova.

Rassuré de ce côté, je poussai de nouveau ma droite en avant, et m’emparai, non sans une résistance sérieuse, de la position de Glnestrello. Jugeant alors qu'en suivant avec le gros de l'infanterie la ligne des crêtes, et la route avec mon artillerie protégée par la cavalerie piémontaise, je m'emparerais plus facilement de Hontebello, j'organisai ainsi mes colonnes d'attaque sons les ordres du général Beuret :

Le 17* bataillon de chasseurs, soutenu par le 84* et le 74* disposés en échelons, s'élancèrent sur la partie sud de Montebello, où l'ennemi était fortifié.

Il s'engagea alors un combat corps à corps dans les mes dn village, qu'il fallut enlever maison par maison. C'est pendant ce combat que le général Beuret a été blessé mortellement à mes côtés.

Après une résistance opiniâtre, les Autrichiens durent céder devant l'élan de nos troupes, et, bien que vigoureusement retranchés daus le cimetière, ils se virent encore arracher ù la baïonnette cette dernière position, aux cris mille fuis répétés de Vive l'empereur I

Il était alors six heures et demie; je jugeai qu'il était pradent de ne pas pousser plus loin le succès de la journée, et j'arrêtai mes troupes derrière le mouvement de terrain sur lequel est situé le cimetière, garnissant la crête avec quatre pièces de canon et de nombreux tirailleurs qui refoulèrent les dernières colonnes autrichiennes dans Casteggio.

Peu de temps après, je vis les colonnes autrichiennes évacuer Casteggio, en y (laissant une arrière-garde, et se retirer par la route de Casatisma .

Je ne saurais trop me louer, monsieur le maréchal, de l’entrain de nos troupes dans cette journée ; tous, officiers, sous-ofliciers et soldats, ont rivalisé d'ardeur. Je n'oublierai pas non plus les officiers de mon état-major, qui m'ont parfaitement secondé.

J’ai l'hODDear de voas adresser ultérieurement les noms de ceux qui se sont le plus particulièrement distingués.

Je ne connais point encore le chiffre exact de nos pertes ; elles sont nombreuses, surtout en officiers supérieurs, qui ont payé largement de leur personne. Je les évalue approximativement au chiffre de 600 à 700 hommes tués ou blessés.

Celles de l'ennemi ont dû être considérables, à en juger par le nombre des morts trouvés, surtout dans le village de Montebello.

Nous avons fait environ 300 prisonniers, parmi lesquels se trouvent un colonel et plusieurs officiers.

Plusieurs caissons d'artillerie sont également tombés en notre pouvoir.

Pour moi, monsieur le maréchal, je suis heureux que ma division ait . été la première engagée avec l'ennemi. C»glorieux baptême, qui réveille un des beaux noms de l'empire, marquera, je l'espère, une de ses étapes signalées dans l'ordre du jour de l'empereur.

Je snis avec respect.

Monsieur le maréchal.

Votre très-ohéissant et très-obéissant serviteur.

Le général commandant la 1'* division du t" corps, Fobev.

P. S.— D'après les renseignements qui me viennent de tous les côtés, les forces de l'ennemi ne sauraient être au-dessous de tS à 18,000 hommes , et, si j’en croyais les rapports des prisonniers, elles dépasseraient de beaucoup ce chiffre.

VE1SI0?( AUTRICHIENNe.

Le lieutenant feld-maréchal Stadion ayant voulu exécuter une reconnaissance ordonnée pour le 30 mai, è l’effet de se rendre compte de la force des positions de l'aile droite de l'ennemi, s'avança jusqu'à Casteggio et Montebello. Là il vint se heurter contre des forces supérieures. Après une lutte acharnée, qui obligea l’ennemi à déployer de grandes ressources, le lieutenant feld-maréchal se retira dans l'ordre le plus parfait jusque sur l’autre rive du Pô.

COMBAT DE TORBIOO.

RAPPORT PRANÇAIS.

Au quartier général, à Turbigo, le 3 juin 1859.

Sire ,

Ainsi que j'al eu l'honneur d’en Instruire Votre Majesté, par un premier rapport que je lui ai adressé ce matin, l’ennemi a fait sauter le pont de San-Martino hier, vers cinq heures du soir, en se retirant sur la rive gauche du Tessin.

Ce matin, à la pointe du jour, le général Espinasse s’est porté, avec une brigade, sur la tête du pont que les Autrichiens avaient abandonné à son approche. Il y a trouvé trois obusiers, deux canons de campagne et plusieurs charriots de munitions.

D’après les ordres de Votre Majesté, le S* corps a quitté Novare ce matin, à huit heures et demie, pour se porter sur Turbigo et y franchir le Tessin sur le pont qui a été jeté la nuit dernière sous la protection de la division des voltigeurs de la garde impériale.

Au moment de mon arrivée à Turbigo, j’ai trouvé une brigade de cette division sur la rive droite do Tessin, occnpaùt le village et ses abords de manière à nous assurer la libre possession du pont et surveillant la vallée en aval du village.

L’autre brigade de la division Caroou était sur la rive droite.

La tête de colonne de la 1'* division do S* corps franchissait le pont vers une heure et demie. Au moment où, m’étant porté vers Turbigo, je reconnaissais le terrain et que je visitais les hauteurs de Robecchetto pour y établir les troupes, je m’aperçus tout à coup que j’avais à quelque 500 métrés de moi une colonne autrichienne qui paraissait venir de Buffalora et qui marchait sur Robecchetto avec l’intention évidente d'occuper le village.

Robecchetto se trouve sur la rive gauche du Tessin, à l’est, et à deux kilomètres de Turbigo. C’est un village considérable qui peut être aisément défendu et qu’il serait incontestablement très-utile d’occuper fortement pour un corps ennemi qui viendrait de Milan on de Magenta avec l’intention de barrer le passage du Tessin à Turbigo. Ce village est assis sur un vaste plateau horizontal qui domine de quinze è vingt mètres la vallée du Tessin. On y arrive lorsqu’on sort de Turbigo par deux chemins praticables à l’artillerie ; l’un qui aboutit à l’une de ses rues par la partie sud du village, l’autre par la partie ouest.

Le chemin qui vient de Magenta et de Bulfalora y pénètre par la partie est. C’est ce dernier que suivait la colonne autrichienne.

J’ordonnai au général de La Motterouge, qui n’avait alors avec loi que le régiment des tirailleurs algériens, ses autres régiraenls étant encore sur larive droite de la rivière, de porter ses trois bataillons de

tirailleurs sur Robecchetto et de les disposer en trois colonnes d’attaque de la roanière suivante :

Le 1*' bataillon formant la droite, en colonne par division, précédé de deux compagnies de tirailleurs, destinées à se porter sur le village en l’attaquant par le sud ;

Le S* bataillon formant la gauche, disposé de la même façon, destiné à pénétrer dans le village en l’attaquant par l’ouest ;

Le 3* bataillon , au centre un peu en arrière des 1*' et 2*, formant un échelon en réserve, prêt à appuyer les deux autres bataillons, était aussi disposé en colonne et précédé de tirailleurs.

Les trois colonnes , marchant è intervalle de déploiement, devaient, an commandement général, converger sur Robecchetto, et, en y pénétrant par la rue principale qui le traverse de l’ouest à l’est , chercher à le tourner aussi par la partie est, de manière à menacer la retraite de l’ennemi.

Pendant que le général de La Motterouge se mettait en mesure d’exécuter ces mouvements avec le régiment des tirailleurs algériens, je prenais moi-même les dispositions nécessaires pour faire arriver à lui les autres régiments de sa division. Le 45* de ligne, second régiment de la P* brigade, recevait l’ordre de marcher dans les traces du régiment des tirailleurs algériens.

La 2* brigade, composée des 65* et 70* de ligne, recevait un peu plus tard l’ordre de se porter sur le village de Robecchetto, par la route de Gastano, afin de ilanquer l’attaque convergente faite par les tirailleurs algériens.

Vers deux heures, le général de La Motterouge marchait avec ses trois bataillons sur Robecchetto, suivi d’une batterie de la réserve générale de l’armée, dirigée par le général Âuger en personne.

Les colonnes de tirailleurs algériens, enlevées avec la plus grande vigueur, à la voix du général de La Motterouge et à celle de leur colonel, marchèrent résolument sur Robecchetto sans faire usage de leur feu.

Accueillis à l’entrée du village par une très-vive fusillade, nos tirailleurs se précipitèrent tête baissée sur les Autrichiens qui en défendaient les abords. Dans l’intérieur du village seulement ils firent usage de leur feu et puis aussitôt se précipitèrent à la baïonnette sur tous ceux qui essayaient de résister et de leur barrer le passage. En dix minutes l’ennemi était délogé do village et en retraite sur la route par laquelle ils étaient venus. A la sortie du village , il voulut user de son artillerie, et nous envoya une douzaine de coups à mitraille qui ne diminuèrent en rien l’élan de nos soldats. Notre artillerie riposta par des coups heureux qui ébranlèrent tout à fait les colonnes ennemies et les mirent alors dans une déroute complète. Les tirailleurs les poursuivireut au pas de course Jnsqu’à deux kilomètres de Robecchetto, et en tuèrent un assez grand nombre. Le général Auger, en faisant prendre à la batterie quatre positions successives et très-heureusement choisies, leur fit aussi beaucoup de mal,

ZQ

C'est dans une de oes positions que le général Anger, croyant aper-* cevoir dans les blés une pièce autrichienae ayant quelque peine à suivre le mouvement de retraite de l'ennemi, se précipita au galop sur elle et s'en empara. Près de la pièce, gisait à terre le commandant de la batterie, coupé en deux par un de nos boulets.

Pendant que ceci se passait vers Robeccbetto, une tête de colonne de cavalerie autrichienne se présentait sur notre gauche , venant de Castano. Je portai on bataillon du 65* et deux pièces de canon à sa rencontre. Deux boulets suffirent pour la décider à so retirer précipitamment.

L'ennemi a éprouvé des pertes considérables. Le champ de bataille est couvert do ses morts etd'une quantité considérable d'effets de toute nature qu'il a laissés entre nos mains : effets de campement, sacs corn* plets qu'il a jetés sur le lieu du combat pour fuir avec plus d’agilclé. Nous avons fait peu de prisonniers, ce qui s'explique par la nature du terrain sur lequel l'engagement a eu lieu.

De notre côté, nous avons eu 1 capitaine tué (M. Vaneechout), 4 officiers blessés, dont un colonel d'état-major (M. de Laveaucoupet), 7 soldats tués et 38 blessés, parmi lesquels quatre, m’a-t-on dit, des voltigeurs de la garde, qui a eu ses tirailleurs engagés avec l’ennemi en arrière de Robecchetto.

Je ne puis encore , Sire , donner à Votre Majesté des détails précis sur cette affaire, qui, une fois de plus depuis notre entrée en campagne, montre tout ce qu’elle peut attendre de nos braves soldats.

Je n’ai point encore reçu les rapports particuliers qui doivent signaler ceux qui se sont le plus particulièrement distingués. Tous ont fait bravement et dignement leur devoir; mais je signalerai dès è présent à Votre Majesté le géné:^l de La Motterouge, comme ayant fait preuve d'un élan irrésistible ; le général Auger, pour le fait que j’ai relaté plus haut, et qui, aux termes de notre législation militaire, mérite une citation à l’ordre général de l’armée ; le colonel de Laveaucoupet, qui , en combattant corps è corps avec les artiUeurs autrichiens, a reçu un coup de baïonnette à la tête ; le colonel Laure, des tirailleurs algériens, pour l’impulsion intelligente avec laquelle il a conduit ses bataillons à l'ennemi.

Je suis, avec le plus profond respect. Sire, de Votre Majesté, le trèshumble, très-obéissant et très-fidèle sujet.

Le général de division, commandant en chef le %* corps,

DB Mac-Mahon.

BATAILLE DE MAOENTA.

BAPPORT DU QfiNKRiL COMMANDANT EN CHRP LA GARDE IMPERIALE.

Au pont de San-Mar(ino, le & juia 1859.

Sire,

D’après les ordres de Votre Majesté, la t’ brigade de grenadiers de la garde, sous le commandement du général Wimpffen, est partie de Trecate le 4 juin, à huit heures du matin, pour aller occuper la tète du pont de San-Martino, qui se trouvait évacuée par les Autrichiens. Ceux-ci, en opérant leur retraite la veille, avaient tenté de faire saute le pont du Tessin. Mais cette opération avait mal réussi ; et, bien que deux arches fussent fortement endommagées, elles étaient cependant encore praticables aux fantassins et même à l’artillerie, en faisant quelques réparations.

Les grenadiers passèrent le pont et allèrent reconnaître la rive opposée, sur laquelle l'ennemi ne montrait que peu de forces.

A dix heures du matin, la brigade du général Cler, deux escadrons de chasseurs è cheval de la garde soas les ordres du général Cassaignolles, trois batteries d’artillerie à pied et deux batteries d’artillerie è cheval se mirent en marche de Trecate pour se rendre à la tète do pont de San-Martino, où les troupes arrivèrent à onze heures et demie.

A ce moment il y eut quelques coups de canon et de fnsll échangés entre les Autrichiens et deux bataillons du général WimpfTen, appuyés par une section d’artillerie à pied. Les tirailleurs autrichiens et quelques pièces qu’ils avaient montrées furent rejetés an delà du pont do Navigllo. Vers une heure de l’àprès-midi, j'ordonnai de cesser oe combat sans objet, et 11 n’y eut plus que de rares coups de fusil échangés entre nos grenadiers qui s’étaient approchés du pont de San-Martino et les tirailleurs ennemis qui avaient réoccupé leurs anciennes positions en avant du pont du Navigllo.

A une heure et demie. Votre Majesté entendit la canonnade engagée vers la droite de la position de l’ennemi, et en conclut que le corps d’armée du général de Mac-Mahon et la division de voltigeurs de la garde aux ordres du général Camou avaient exécuté leur mouvement tournant.

Laisser ce corps d’armée seul aux prises avec toutes les forces ennemies eût pu rendre plus difficile ou même indécis le résultat de l’attaque si bien combinée du général de Mac-Mahon. Afin de diviser l’attention et les forces de l’ennemi. Votre Majesté, connaissant la prochaine arrivée des corps du général Niel et du maréchal Canrobert, ordonna à la division de grenadiers de la garde, forte de moins de 5,000 hommes, d’altaquer de front la position de l’ennemi.

Cette position forme nn vaste demi-cercle de collines appuyant sa droite au village de Buffalora, son centre h Magenta et sa gauche à Rebecco. Toute cette ligne est couverte par un canal large et profond, le Naviglio-Grande, coulant à mi-côte entre deux digues Tort escarpées, et franchissables seulement sur trois points, vis-à-vis des trois villages. En avant et en arrière du pont de Magenta se trouvent quatre grandes maisons de granit (les bâtiments de la station et de la douane) ; ces maisons, occupées par rennemi, défendaient l’approche du canal et empêchaient ensuite de le franchir.

Le terrain à droite et à gauche de la grande ronte qui mène do pont de San-Martino à celui de Magenta est coupé de fossés remplis d'eau et de rizières inondées qui rendaient très-difficile la marche de l’infanterie en dehors de la roule. Â gauche, une chaussée étroite conduit au pont de Buffalora ; à droite, la levée du chemin de fer mène à celui de Rebecco. Pour enlever cette formidable position, je fis attaquer à gauche le village de Buffalora par le 2* de grenadiers, sous les ordres du colonel d’Alton, et je fis marcher à droite sur la chaussée du chemin de fer le 3* de grenadiers, commandé par le colonel Metman. Le régiment de zouaves fut massé dans un pli de terrain, près de la grande route, et mis à l’abri du feu de l’ennemi; la roule elle-même, à hauteur des zouaves, fut occupée par deux pièces d’artillerie qui soutenaient avec avantage le feu de l’artillerie ennemie.

A droite, le 3* de grenadiers, dirigé par le général Wimpfïen, enleva à l’ennemi une redoute qui couvrait le pont de Rebecco, le rejeta au delà du canal, et, grâce à la vigueur de ce régiment, tous les efforts faits par les Autrichiens pour reprendre ce poste important furent vic- * torieusemenl repoussés pendant le reste de la journée.

Une fois ce poste enlevé, le lieutenant-colonel de Tryon, avec un bataillon du 3* grenadiers, se jeta rapidement à gauche et vint attaquer les deux premières maisons qui couvraient l’approche du pont de Magenta; après une vive fusillade, il parvint à s’en emparer, mais sa troupe était trop faible pour déboucher du pont, qui était vigoureusement défendu par des forces très-supérieures. Alors, les zouaves, commandés par le colonel Guignard , et dirigé par le général Cler, appuyèrent l’attaque du 3* grenadiers, forcèrent le passage du pont, s’établirent dans la maison de droite et durent lutter quelque temps encore avant d’enlever la maison de gauche, d’où partait une fusillade meurtrière. Enfin, après une demi-heure d’un combat opiniâtre, ce poste fut enlevé de vive force, et rien ne s’opposa plus au libre passage du pont.

Peut-être eût-il été prudent de s’arrêter à ce succès et de se borner à la possession de cette sorte de tête de pont en attendant l’arrivée des corps d’armée du général Niel et du maréchal Canrobert; cette mesure était d’autant plus nécessaire que le général de Mac-Mahon avait suspendu son attaque; mais, entraînées par leur fougue habituelle, nos troupes, à peine fortes de trois bataillons, sortirent du poste qu’elles

avaient conquis et se portèrent sur Magenta, centre de la position ennemie. Bientôt elles se trouvërect en présence de forces supérieures, et des colonnes ennemies, couvertes de tirailleurs, vinrent menacer leur droite et leur gauche. A ce moment, le général Cassaignolles, à la lëte de tlO chasseurs de la garde, chargea à plusieurs reprises et avec une remarquable énergie sur la gauche, et, malgré la difficulté du terrain, planté d’ai bres et de vignes, il parvint à sabrer les tirailleurs ennemis et è arrêter la marche offensive de ces colonnes.

Mais l'ennemi, favorisé par la nature du terrain peu praticable à la cavalerie, reprit bientôt sa marche offensive, et le faible détachement de chasseurs de la garde se retira entre les deux maisons qui forment la tête de pont do Magenta, oü il fut bientôt rejoint par l’artillerie et l’infanterie qui s'étaient portées sur le centre de la position ennemie.

Les deux fermes, à droite et à gauche du pont, furent fortement occupées par le 3* de grenadiers et les zouaves ; la cavalerie fut renvoyée au delà du pont.

Il était quatre heures du soir, l’ennemi se croyait victorieux.

Il importait an succès de la journée de conserver le débouché du pont sur le Naviglio, pour permettre au corps d’armée du général Niel et du maréchal Canrobert d'aborder l'ennemi aussitôt qu'ils arriveraient.

Votre Majesté ordonna de défendre le poste avec la plus grande énergie en attendant l’arrivée des renforts qui approchaient. Les ordres de Votre Majesté furent exécutés; les zouaves, les grenadiersdu 3«, ainsi que ceux du 1” régiment, qui étaient venus les soutenir, résistèrent à toutes les attaques dans les postes qui leur étaient confiés.

Vers cinq heures du soir, la brigade Picard parut à portée du pont ; les grenadiers et les zouaves, reprenant alors l’offensive, s’élancent à la baïonnette, repoussent encore un fois l’ennemi vers Magenta, et assurent un libre débouché aux deux corps d’armée qui arrivaient. La division Vinoy, du corps Niel, entra alors en action. Les opérations du général Niel furent secondées par les feux de l’artillerie de la garde, dirigés avec habileté sur les réserves ennemies abritées derrière les villages de Castello, de Barsi et de Rebecoo.

Pendant les opérations dont je viens de rendre compte, le régiment du colonel d’Alton s’était emparé de Buffalora, vigoureusement défendu, et, secondé par le 73* de ligne, du corps d’armée du général de Mac-Mahon, il s’y était maintenu jusqu’à la fin de la journée contre l’attaque de forces supérieures.

Tous les régiments do la division Mellinet, la cavalerie et l’artillerie, ont dignement fait leur devoir. Toutefois, l’enlèvement d’une position que l’art et la nature semblaient rendre inexpugnable, position défendue par des forces très-supérieures en nombre, n’a pu être obtenu qu’au prix de pertes considérables. Parmi les pertes les plus ' regrettables, je dois signaler à Votre Majesté celle du brave général

Cler, officier du plus grand mérite, qui a reçu la mort en menant les zouaves à la charge.

Dans l’attaque de Buffalora par le 3* de grenadiers, les commandants de Maudhuy et Desmé de Liste ont trouvé une mort glorieuse ; le général Wimpfi'ea, en conduisant l'attaque de droite, a été légèrement blessé à la figure.

Le général Mellinet, qui, pendant tout le cours de l’aotion, m’a secondé avec une rare valeur, a eu deux chevaux tués sous lui.

Je mettrai plus tard sous les yeux de Votre Majesté les noms des officiers qui se sont fait le plus remarquer et qui me paraissent plus particulièrement dignes de récompense.

Bien que M. le général Le Bœuf ne soit pas sons mon commandement, je manquerais à un devoir si je ne signalais pas l'énergique assistance que cet officier général m’a prêtée en dirigeant le feu de mon artillerie pendant le plus chaud de l’action. Son zèle seul l’amenait au milieu de nous : c’est un officier général qu'on est sûr do rencontrer partout où se présente le danger.

Le général commandant en chef la garde impériale, Rzsnacd de Saint-Jean d’Anoèly.

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