‹ Lettres sur la création terrestre, ou exposé sous forme familière Des principaux faits relatifs à la constitution général du Globe et A L'économie de la nature par le dr. De FilippiChapitre 22 sur 48 · LETTRE DOUZIEME · texte numérisé non relu

LETTRE DOUZIEME

I. Le Vésuve et le Monte-Vuovo. — II. Pro> du Us des volcans. — III. Volcans éteints. — IV. Connexion entre les soulèvements modernes et les nnclens. — V. Tremblements de terre. — VI.. Changements .lents et gradués dans le nivean de la snrface terrestre} le temple dé Sérapis. — VI. Alternement de couches marines et lacustres dans les formations géologiques.

1. Au midi de. Naples, ^presque dans les champs suburbains de cette ville enchantée s’élève le Vésuve, de toutes parts isolé et sous la forme d’un cône dont la base a 30 milles de circuit. Ce mont, — si non le plus considérable, certainement le plus célèbre parmi les volcans, — n’a pas toujours eu la même forme et l’élévation que nous lui voyons aujourd’hui. Avant l’ère vulgaire sa hauteur était moindre; sa cime se terminait par un cratère beaucoup plus .YASte, avec une grande plaine circulaire cou-

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verte de pâturages, et, un bord élevé et escarpé l’entourait comme l’est un cirque par ses murailles. Les révoltés de la conjuration de Spartacus s’étaient retirés dans ce cratère comme dans une forteresse naturelle, et, lorsqu’ils Se virent assiégés de près par Claudius, du seul côté praticable , ils durent creuser de longs esliers afin de s’enfuir par les escarpements du bord (1).

Une ancienne tradition qui se perd dans la nuit des temps les plus reculés , faisait croire que de ce mont étaient sorties des matières enflammées. Toutefois dans la mémoire certaine des hommes il n’existait aucun document de cette tradition, lorsque, dans l’année 79 après la naissance du Christ, le terrain environnant s’ébranla tout à coup, et sur une grande étendue, la montagne sjs mit soudain à bouillir jusque dans ses entrailles les plus profondes; puis

(1) Plutarque (Vie de Marcus CrassusJ raconte que les 74 gladiateurs de Spartacus et les esclaves qui se joignirent à eux, firent, avec les sarmpnts desvignes sauvages croissant sur les. rochers à pic qui entouraient le cratère, des échelles assez longues pour aller du haut de la montagne jusqu’à la plaine. Les Romains commandés par Cluudius Puloher ne s’aperçurent pas de cette manœuvre, furent enveloppés, taillés en pièces et perdirent lé'ir camp. Cette guerre dé Spartacus — qui fut la seconde des esclaves en Italie — commença 73 ans avant J.-C. , et dura trois années. ' . ,

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la plaine de la sommité se rompant dans sa partie centrale , il s’élança de ce gouffre nouveau , pendant plusieurs jours consécutifs et avec une grande force , une immense colonne do gaz sulfureux, de vapeurs aqueuses, de poussière ot de débris de pierre ponce. Au milieu de l’ancien cirque, — dont il reste encore une partie du bord escarpé dans le Monte-Somma, et de la plaine intérieure dans l’Atrio dol Cavallo , — surgit alors une autre montagne, le Vésuve proprement dit.

Les détails de cet évènement nous ont été rapportés par un témoin oculaire , Pline-le- Jeune, qui était à la campagne vers cette époque, à Misène, au bout opposé du golfe, d’où il put contempler cette scène épouvantable et grandiose, dans le même temps que son oncle, Pline lc-Naturaliste, accourait à force de rames au pied du volcan pour en observer de plus près l'éruption, ainsi que pour porter secours à ses parents et à ses amis, et y trouvait la mort (1).

(1) Pline-le-Jeune ne raconte qu’une phase de la terrible éruption — celle où périt son oncle, Pline-!e Naturaliste. Ce récit, fait pour ainsi dire le lendemain de l’évènement, à la prière de Tacite qui en demandait les détails pour son histoire, est dépouillé de toute emphase, ot par cela môme assez curieux. Nous en donnons l’abrégé t

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Cette éruption, qui commença pour le A ésuve une époque nouvelle, ensevelit Horcula-

« Mon oncle était à Misène, où il commandait la flotte.

Le 23 d’août, environ une heure après midi, manière l’avertit qu'il paraissait un nuage d’une grandeur et d’une figure extraordinaires. Je m’imaginai qu un vent souterrain le poussait d’abord avec impétuosité et le soutenait. Mais on le voyait se dilater et se répandre. Il paraissait tantôt blanc , tantôt noirâtre et tantôt de diverses cou^. leurs, selon qu’il était plus chargé de cendre ou de terre.

Il fait venir des galères et monte lui-piôme dessus, dans le dessin de voir quels secours on pourrait donner aux bourgs de cette côte, qui sont en grand nombre, à cause de sa beauté. Il se presse d’arriver au lieu d’où tout le monde fuit, et où le péril paraissait le plus grand. Déjà sur scs vaisseaux volait la Cendre plus épaisse et plus chaude à mesure qu’ils approchaient ; déjà tombaient autour d’eux des pierres calcinées et des cailloux tout noircis, tout brûlés, tout pulvérisés par la violence du feu : déjà la mer semblait refluer et le rivage devenir inaccessible à cause des morceaux entiers de montagnes qui s y précipitaient. Il dit alors à son pilote qu’il lui conseillait de gagner la pleine mer, de tourner du côté de Pomponianus qui était à Stables. Cependant on voyait luire, de plusieurs endroits du mont Vésuve, de grandes flammes % et des embrasements dont les ténèbres aügméntaient l’éclat. Mais enfin la cour' par où l’on entrait dans l’appartement de mon oncle commençait à se remplir si faft de cendres, que, pour peu qu’il eût resté plus longtemps il ne lui aurait plus été permis de sortir. On l’éveille et 'il va réjoindre Pomponiartus et les autres qui avaient veillé. Us tiennent conseil et délibèrent s’ils se renfermeront dans la maison , ou s'ils tiendront la campagne , car lés maisons étaient tellement ébranlées par les fré-*quents tremblements de terre, que l’on auraifcdit qu’elles étaient arrachées de leurs fondements, et jetées tantôt d'un côté, tantôt de l’autre, et puis remises U leur place.

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num et Pompéi Ùl, villes florissantes, délices champêtres des Romains. Elle demeura distincte de toutes les autres éruptions postérieu-

Hors de la -ville, la chute des pierres, quoique légères et desséchées par le feu, était à craindre. Entre ces périls, on choisit la rase campagne. Ils sortent et se couvrent la tête d’oreillers attachés avec des mouchoirs. Le jour recommençait ailleurs; mais dans le lieu où ils étaient continuait une nuit la plus sombre et la plus affreuse de toutes les nuits, et qui n'était un peu dissipée que par la lueur d’un grand nombre de flambeaux et d’autres lumières. On s’approcha du rivage pour examiner ce que la mer permettait de tenter. Là, mon oncle, ayant demandé de l’eau et bu deux fois, se coucha sur un drap qu'il fit étendre. Des flammes qui parurent plus grandes, et une. odeur de soufre qui annonçait leur approche, mirent tout le monde en fuite. Il se leve, appuyé sur deux valets, et dans le moment tombe mort. Je m’imagine qu’une lumée trop épaisse le suffoqua. »

(V. Coll. Nisard. Lettre XVI.)

(1) Et Stabies, sur les ruines de laquelle est bâtie Castellamare. — Pompeï ne fut pas détruite, mais ensevelie sous un monceau de cendres de vingt pieds d’épaiséeùr. Cette ville, dont Tite-Live et Florus vantent le port ‘magnifique, était située au pied du mont Vésuve, entre Sorrente et Stabies d’un côté et Herculannm de l’autre, à 15 k. S.-E. de Naples. Avec le temps, les matières qui la recouvraient devinrent un terrain d’une grande fertilité, et jusqu’en 1759 on y cultiva des vignes et des arbres fruitiers. A cette époque, Charles III ordonna des fouilles, qui amenèrent la découverte de la cité perdue. On se promène maintenant dans la moitié de cette ville souterraine, restée telle qu’elle était, il y a dix-huit ceuts ans. Ses rues sont droites, pavées de laves et garnies de trottojrs, les maisons, d’un style généralement uniforme, no dépassent pas deux étages et sont

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res, parce quelle ne donna pas sortie à des torrents de lave incandescente. Si ces deux villes furent conservées à l'étonnement de la postérité, soustraites aux irruptions des barbares plus dévastateurs que les volcans euxinêmes , cela est dû au genre des matières vomies alors, aux cendres et aux lapilli ( 1), auxquels s’ajouta l’eau qui, sous forme d’épaisses vapeurs, fut, comme toujours, un produit de l’éruption. Les habitants eurent le temps de fuir et d'emporter avec eux leurs objets les plus

terminées en terrasses. On trouve des peintures, des mosaïques , ou des statues , jusque dans les plus humble» habitations. Vingt rues sont aujourd'hui complètement à jour : des temples, des thermes, des théâtres, la maison des Vestales , une fontaine, un arc de triomphe, le forum civil, la basilique, des tombeaux, etc , etc. Il est regrettable que le gouvernement Napolitain n’applique, chaque année, aux travaux de déblaiement, qu’une somme infime de 25,000 francs. A la manière dont les travaux marchent, il ne faudra pas moins d’un siècle pour que Pompeïsoit entièrement tirée du sépulcre.

Herculanum resta oubliée jusqu’en 1711. Les travaux d’excavation, poussés avec une persévérence assez molle, ont débarrassé des laves ét du terrain qui les étoufTaient : le théâtre, édifice considérable qui pouvait contenir huit mille spectateurs; le forum; la villa d’Aristide; la maison dited’Argus.

(1) Ou rapilli; les Italiens nomment ainsi les sables volcaniques : ce sont des fragments scorifiés; de petits fragments de ponce et de lave, mêlés de cristaux de pyroxène et do feldspath ; ce sont aussi de grosses cendres.

précieux; — voilà ce qui explique le très-petit nombre de cadavres et d'objets d’or retrouvés parmi ses ruines majestueuses.

Un autre phénomène prodigieux fut celui de l’émersron en une seule nuit, en 1559, d’un mont qui prit pour cela le nom, qu’il conserve toujours, de Monte-Nuovo, près de Pouzzoles, dans la banlieue de Naples. Porzio, qui en fut témoin oculaire, après avoir parlé des tremblements de terre qui pendant deux ans avaient désolé la Campanie, raconte que, dans les deux jours qui précédèrent cette émersion, la terre fut continuellement agitée et ébranlée; la mer se retira à Timprovisto de deux cents pas, laissant sur la plage une grande quantité de poissons ; enfin, dans la nuit du 29 septembre, on vit se soulever le terrain entre le mont Barbaro et le lac d’Aver ne, — puis se fendre avec un horrible fracas , — et, par une large bouche qui se forma alors, vomir des flammes, des pierres ponces, des pierres et des cendres. *

Nous voyons les mémeg phénomènes , de notre temps , avec une fréquence et une intensité variables, partout où il y a des volcans encore actifs (car tous les monts qui ont l’aspect et la nature des volcans ne le sont pas). Outre le Vésuve, en Italie, le gigantesque Etna en est aussi le théâtre, et plus encore le Strom-

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boli (1), pour ne pas parler de cent autres volcans distribués sur la superficie du globe , et spécialement dans les îles du Pacifique et le long de la chaîne des Andes (2).

Bien qu'éloignés l’un de l’autre, ces monts

(1) Le Stromboli, dans l’une des îles Lipari, au nord de la Sicile. Elle possède mille habitants. Le cratère ne dé^ passe pas 700 mètres d’élévation. Depuis deux mille ans, il a des éruptions à huit ou dix minutes d’intervalle.

(2) Les volcans modernes se distinguent encore des anciens soulèvements qui constituent les chaînes de montagnes parce qu’ils sont autant de points d’émersion isolés, et celles-ci, au contraire, des émergions alignées. Il faut pourtant observer que la majeure partie des cônes volcaniques sont disposés de telle sorte, les uns par rapport aux autres , qu’ils forment des bandes ou séries, de manière à laisser croire avec fondement que tous les volcans d’une série ont leur base sur une même crevasse de la croûte terrestre. Les plus grandes séries' de volcans sont celles des Andes; et celle qui du Kamtscbatka descend parles Kouriles (archipel situé entre, le grand Océan et la mer d’Okhotsk) le Japon, Formosa, Mindanao, et qui paraît ensuite se diviser en deux branches, une qui passe par les Nouvelles-Hébrides, la Nouvelle- Calédonie et la Nouvelle-Zélande ; une autre par Timor, Sumbava, Java et Sumatra,' — Il est assez, singulier de voir que la plupart des volcans actifs de l’Asie centrale sont placés sur le prolongement du méridien des Andes. — Les géographes modernes comptent 300 volcans actifs; plus de 200 dans les îles, le reste dans les continents. Ils sont plus nombreux en Asie qu’en Europe ; ,On ne connaît pas encore de volcans actifs sur le continent Africain; l’Amérique en contient beaucoup — 50 sur le dos de la grande Cordillère.

qui vomissent le feu , — et différents par la hauteur, le mode , la fréquence des éruptions et les accidents secondaires qui s’y produisent, — ils présentent néanmoins, dans la forme, dans la structure, dans l’ensemble général des paroxysmes et dans la nature des produits vomis, une telle constance , quelle permet d’en induire avec fondement leur dépendance de conditions communes, et précisément de l’état de fusion de la masse interne du globe — plutôt que des dépôts épars et isolés de matières particulières.

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