‹ Lettres sur la création terrestre, ou exposé sous forme familière Des principaux faits relatifs à la constitution général du Globe et A L'économie de la nature par le dr. De FilippiChapitre 23 sur 48 · II. Tu trouveras dans plusieurs ouvrages · texte numérisé non relu

II. Tu trouveras dans plusieurs ouvrages

les descriptions les plus pittoresques des phénomènes volcaniques : quant à moi, je dois ici appeler ton attention sur la qualité des matières vomies. — Ces - matières prennent généralement le nom de laves, lorsqu’elles coulent (sortant le plus souvent du cratère, quelquefois aussi des déchirures des flancs) sous forme d’un torrent de matières embrasées et liquéfiées, qui se solidifient en une pâte vitreuse plus ou moins boursouflée et scoriacée. On a alors les bombes ‘volcaniques, les scories', les lapilli, les sables, les cendres, si la matière elle-même est dispersée en fragments où en poussière, par l’impétuosité des vapeur? émanées de l’intérieur du volcan. Cette

LETTRES

pierre spongieuse, (le couleur cendrée, connuesous le nom de pierre ponce, et dont 1 usage est si général pour polir le bois, est un produit de cette sorte , rejeté en grande abondance par les volcans et toujours en masses isolées, plus souvent encore en fragments très-menus et en véritable poussière. Cette autre substance, dite pouzzolane— si utilement employée pour former des ciments qui se durcissent dans l'çau, — est un vrai sable volcanique.

D’autres, prierres qui constituent fréquemment les flancs des volcans , ou qui en remplissent les fissures, sont: — 1° cette espèce de granit raboteux , vitreux que j’eus déjà l’occasion de te désigner sous le nom de trachyle, — 2° et cette pierre que je t’ai nommée incidemment, dans une première lettre, le basalte. On trouve celui-ci en masses compactes, noirâtres, posantes, le plus. souvent divisées, à l’instant de leur solidification, en morceaux qui prennent la forme de colonnes prismatiques, tantôt éparses, tantôt réunies en faisceaux, formant des combinaisons si variées, si fantastiques, si imposantes, que tu croirais que l’art humain y a contribué. Tu rencontrerais de très-beaux amas de basalte en parcourant quelques-unes des vallées du Yéronais, du Vicentin, de l’Auvergne; mais les plus célèbres sont

Strie LA CRÉATION TERRESTRE.

ceux qui constituent le Pavé-dcs-Géanls en Irlande, et la grotte de Fingal dans l’ile de » Staffa (1).

Ces produits solides, qui contiennent trèsfréquemment des cristaux disséminés de substances différentes accidentel les, varient beaucoup quant aux caractères extérieurs ; cependant, quant à leur composition fondamentale, ils ont des rapports très-étroits , non- seulement entre eux, mais aussi avec les autres roches d’émersion plus anciennes , dont je t’ai déjà parlé dans les lettres précédentes. Dans toutes ces roches volcaniques , la pâte fondamentale est feldspathique , comme si toutes provenaient d’une immense chaudière commune, et comme si la matière fluente eût été à peine çà et là modiGée par des circonstances locales. C'est donc par les volcans que nous voyons sortir à la surface de la terre, par petites portions séparées, la matière liquéhéede l’intérieur. Les soulèvements des montagnes, les émersions des grandes -masses granitiques et porphyriques qui les ont accompagnées, sont — avec la formation actuelle des reliefs volcaniques et l’écoulement des laves — comme des phénomènes remontant à une même cause:

(1) Petite lie d’Ecosse dans les Hébrides.

LETTRES

Si la terre avait été dès son origine solide , les montagnes n’eussent jamais apparu à la surface, — les volcans n’existeraient pas. 1 . t Pourtant il ne faut point passer trop vite sur la - différence assez notable entre un genre de phénomènes et l’autre; entre l’émersidn, par exemple , de la grande chaîne alpestre, et celle du petit groupe de cônes volcaniques du terri- . toire Napolitain. Cette différence; comme je te l'ai déjà dit, ne consiste pas tant dans la nature ou dans la provenance de la matière vomie, que dansla cayse qui l’a. poussée à se frayer un chemin sur la superficie terrestre. L’intervention de l’eau dans 1- action volcanique, est maftifeste, ainsi que la grande pression des vapeurs sur la’ masse ardente du foyer, — d’où il résulte que les volcans trop éloignés de la plage de la mer sont éteints : il parait même qu’ils n’ont jamais donné d’éruption depuis que la superficie de la terre a pris l’état aotueL Les cheminées volcaniques rejettent d’immenses quantités de vapeurs en dehors même de l’état de véritable éruption : pe qui forme da partie principale de ce qu’on appelle les colonnes de fumée, qui peuvent devenir plus ou moins denses, et de couleur tantôt blanchâtre, tantôt noire par l’addition d’autres matières telles que des émanations acides , ou des cendres. Parfois

l’on voit sortir du cratère volcanique de l’eau à l’état liquide, du limon, et jusqu’à des poissons provenant des étangs et des fleuves voisins, comme cela est arrivé solivcnt dans les volcans de l’ancien royaume de Quito.

III. Je t’ai dit que plusieurs volcans sont considérés comme éteints — et cela parce qu’ils n’ont jamais donné d’éruption dans l’époque historique. Il est très-probable que la cessation de leur activité provient de ce que la communication de leur foyer avec l’eau de la mer a été obstruée. Dans la France centrale , sur environ cinquante monticules, coniques qui se dressent près de la ville de Clermont, la plupart sont composés de scories et de pouzzolanes, et plusieurs encore présentent un cratère parfaitement conservé. D'autres cônes semblables s’élèvent le long des rives du Rhin dans les provinces d’Eifel et de Neuwied, où se rencontrent également quelques dépressions cratériformes converties en lacs, comme l’est précisément, pour te citer un exemple, le lac de Laach. Dans ces localités, en dehors de grandes émanations d’acide carbonique, on ne trouve en activité aucun procédé qui rappelle l’ancienne puissance qu’y eurent les forces volcaniques. — L’Italie nous offre des exemples analogues dans lus environs de Radieofani et

de Rome, et non loin du Vésuve dans les montagnes de Roccamonfina.

IV. Ces volcans éteints ont aussi une origine très-récente, c’est-dire qu’ils appartiennent à la dernière époque géologique, — à celle qui a immédiatement précédé l’ordre actuel de notre globe. C’est par eux que se trouvent renouées les éruptions volcaniques proprement dites aux émersions survenues plus anciennement, et en proportions très-considérables, quion donné origine aux grandes inégalités de la superficie terrestre. Quelques roches volcaniques (le trachyte et le basalte spécialement) étaient apparues dans de pré* cédentes époques géologiques sous forme de filons ou de grands amas, avant de se montrer sous celle de courants s’échappant d’uncratère.

De notre temps ont aussi lieu de petits sou-

lèvements isolés avec déjection de laves qui se différencient de celles des volcans ordinaires en ce qu’elles ne proviennent pas d’un vrai cratère. — Les îles de l’archipel de Sanlorin sont de ce nombre. Ces îles — dont la dernière est sortie des eaux en 1707 — ne sont pas à proprement parler des volcans; la lave en s’échappant par les fentes des rescifs, n’y produisit que de grands filons ou digues et des amas irréguliers. Il en est ainsi des Açores. La plus

Sun LA CRÉATION TERRESTRE.

grande, qui est Pile Saint-Michel, était tourmentée par des tremblements de terre depuis plus d’une année, lorsque, à deux milles de distance, apparut en 1811 une seconde ile*et puis une troisième, la Sabrine.— L’ile Ferdinande surgit d’une façon analogue près des côtes méridionales de la Sicile, précédée d’un tremblement de terre, en 1831; mais, l’année suivante , un autre tremblement de terre la détruisit, et ne laissa à sa place qu’un rocher sousmarin,

V. Tu peux conclure de ces faits , — comme aussi des récits de Pline et de Porzio, — quelle étroite relation existe entre les tremblements de terre et les paroxysmes volcaniques, de telle sorte qu’il est bon de les comprendre tous dans une môme sphère de phénomènes dépendant d’une cause commune. D’ordinaire le tremblement de, terre précède l’éruption volcanique, et cesse alors que celle-ci éclate. Je pourrais ajouter cent autres exemples à ceux déjà .cités. — D'autres fois, au contraire, l’arrêt subit de l’éruption, comme si la cheminée volcanique se trouvait soudainement obstruée, provoque le tremblement de terre. Le volcan de Pasto (1), à l’orient du fleuve Guaytara, exhala,

(1) Nouvelle Grenade.

202 * LETTRES

pendant le cours non ihterrompu de trois mois, en 1797, une haute colonne de fumée qui cessa tout-à-coup. À l’instant même éclata le terrible tremblement de terre de Kiobamba qui lit périr de 30 à 40,000 Indiens. — On a souvent répété que les volcans sont les soupapes de sûreté de cette grande chaudière qui est la terre; et ce n'est certes pas à tort. Les habitants des îles Sandwich, quoique tout-à-fait sauvages, doivent avoir été bien frappés de cette corrélation entre les tremblements de terre et l'activité des volcans de leur pays, puisque, lorsque cette activité menaçait de -se ralentir, ils essayaient de conjurer le volcan en jetant dans le gouffre béant des victimes humaines, v Suivant l'opinion la plus généralement admise, et comme corollaire direct de ces faits , la cause des tremblements de terré devrait dono se trouver dans la tension des gaz ou des. va-L peurs souterraines, qui cherchent à s'ouvrir une issue ou à en rencontrer une déjà ouverte dans le soupirail d’un volcan.

De toute manière, tu remarques très-bien, d’après les phénomènes volcaniques, de quelle façon, — outre l’effusion de matières provenant de l'intérieur du globe par l’incessant travail de forces diminuées mais non éteintes, — doit continuellement s’altérer en diverses

S l-R LA CRÉATION TF.RRF.STRK. 203

parties, et par des secousses violentes et soudaines , — l’état de la superficie terrestre. Des terrains autrefois plans ou submergés s’élèvent; d’autres se dépriment ou disparaissent sous les vagues de la mer.

VI. Maintenant je veux te montrer par d’autres exemples que cette même croûte du globe, qui dans sa plus grande extension nous semble absolument tranquille, est sujette, au contraire, à des changements semblables à ceux déjà décrits, mais si lents et si gradués, que pour la plupart des hommes dans les limites d’une vie courte et pa'ssagère, ils ne se rendent pas manifestes.

Dans plusieurs localités — môme éloignées de foyers volcaniques, — existent et se prononcent toujours davantage les indices de rapports modifiés entre la plage et la mer. Sur les côtes de la Norwëgé, on trouve à un niveau supérieur à celui des plus hautes marées, des restes d’animaux entièrement identiques à ceux qui vivent encore dans les mêmes sites, dans les eaux de la même mer; — tandis que, le long des plages de la Seanie, des villages entiers, bâtis sans aucun doute dans une position convenable pour être en sûreté contre une invasion de la mer, vont néanmoins — mais avec lenteur -- s’y submergeant. Le long des

LETTRES

plages du pays de Galles, dans les îles Britanniques, on rencontre d'anciens fonds de mer portés à une hauteur considérable, et dont la végétation terrestre s’est déjà emparée; au contraire , dans le comté de Lincoln , des forêts entières, qui jadis étendirent leur ombre hospitalière sur les ancêtres des habitants actuels, se trouvent maintenant submergées.

Mais transportons-nous encore une fois sur les cotes riantes de Naples, où la nature et l’art en accumulant tant de merveilles ont fait vraiment de ce pays un coin privilégié de la terre. Là, près de Pouzzoles, s’élèvent les restes d’un superbe temple dédié au culte de Sérapis. On ne connaît pas précisément -la date de sa fondation; — mais, d’après l’époque où fut introduit chez les Romains le culte de cette divinité, d’après la perfection du goût ar- • chitectonique et la richesse des marbres, — on peut la rapporter à l’âge florissant écoulé entre les dernières années d’Auguste et tout le règne d’Adrien. Ce temple très-riche avait très-certainement été construit assez loin de la mer pour ne pas être exposé à ses inondations; de plus, sous le pavé actuel , existent divers canaux pour l'écoulement des eaux, qui aussi devaient avoir été creusés, dès l’origine, à une élévation suffisante, afin do leur donner une

issue certaine même dans les temps de haute marée. Mais ce pavé n’est pas encore le primitif : sous lui, à la profondeur de 5 palmes (1) et demie, on trouve un autre pavé en mosaïque avec d’autres canaux; ce qui démontre que, après la première fondation du temple, il arriva une période où les eaux de la mer se frayèrent une route jusque dans son intérieur et rendirent nécessaire la construction d’un second pavage plus élevé. Déplus, sur lès trois colonnes qui restent encore dans leur première position, on trouve les témoignages d’une immersion prolongée dans les eaux de la mer, survtenue postérieurement, dans une bande rongée et trouée par certains mollusques marins appelés pholades. II n’est pas supposable que dans un ouvrage d’art si remarquable on ait employé dès l’origine des matériaux défectueux; d’ailleurs, à un même niveau, dans le terrain environnant, on rencontre d'autres traces évidentes du séjour de la mer. Tout cela nous fournit donc une preuve certaine que tout le terrain sur lequel est construit le temple do Sérapis, de nouveau à sec de nos jours, fut submergé pendant de longues années.

(!) I.a palme est une mesure égale il la longueur de , la main. ' i ~ •- ~ *

Page 1