‹ Lettres sur la création terrestre, ou exposé sous forme familière Des principaux faits relatifs à la constitution général du Globe et A L'économie de la nature par le dr. De FilippiChapitre 26 sur 48 · VII. Je puis te montrer dans notre Italie · texte numérisé non relu

VII. Je puis te montrer dans notre Italie

un autre exemple remarquable de la force de nivellement des agents atmosphériques aidée du concours des eaux fluviales. LeTagliarnento, la Pi ave, leSile, la Brenta, le Bacchiglione, l’Adige, et surtout le Pô, transportent incessamment vers leur embouchure les sables les plus légers qui proviennent de la décomposition des crêtes alpestres. L’Adriatique, qui reçoit continuellement ses tributs, est un golfe de la Méditerranée, long de 900 kilomètres, large environ de 150. Sa profondeur, qui varie selon les endroits, est en général très-peu considérable vers l’extrémité du golfe. Le long de la côte de i’Istrie, où la profondeur est la plus grande, la soude arrive à peine à 80 mètres. La plage du côté de l’Italie,— de Trieste jusqu’à Rimini — est plane, sablonneuse et se prolonge sous les eaux de la mer avec une inclinaison si faible que les navigateurs donnent à juste titre la préférence à la côte opposée. Du côté de lTtalie, le cordon littoral, assez régulier et monotone, est interrompu par les nonibreuses embouchures par lesquelles se déversent dans la mer les fleuves avec leurs ramifications, ou s’ouvrent les lagunes, les vallées, que ce cordon a laissées derrière lui. Le fond de ce golfe se prête merveilleusement aux alluvions fluviales, et à

leurs progrès dans l’intérieur de la mer. Eu effet , l’histoire nous fournit d’importants documents qui nous permettent de constater d’une manière positive la marche progressive de ces alluvions dans le laps de quelques siècles seulement.

Ravenne était jadis un port de mer. On y voit encore dans les murs les plus anciens quelques gros anneaux auxquels on avait l’habitude d’attacher les navires; et Strabon en donne une description analogue à celle qu’on pourrait faire maintenant de Venise : — elle se trouvait établie au milieu des lagunes, et divisée en îles par de nombreux canaux. Or, de.

nos jours, cette ville se trouve éloignée de 7 kilomètres de la mer. De même, Adria, quia donné son nom au golfe, se trouvait certainement autrefois aux bords de la mer, dont le rivage le plus proche est maintenant vers l’embouchure de l'Adige, c’est-à-dire à une distance de 25 kilomètres. L’atterrissement des lagunes sur lesquelles s’élevaient ces deux villes est dû principalement aux alluvions du Pô et de l’Adige. — Adria se trouvait située sur la rive d’une lagune dont le cordon littoral est resté à une distance d’environ 10 kilomètres du méridien de cette cité. Les cartes du Polésiue nous le représentent formé comme il est d’anciennes

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dunes, appelées dans le pays montonî (monticules) et qui traversent le delta du Pô.

L’Adige et le Pô ont comblé ces lagunes par leurs alluvions; mais, par la marche du temps et précisément dans le XII e siècle, ils rompirent aussi la barrière que l'ancien cordon littoral leur opposait et se déversèrent en dehors, prolongeant toujours et étendant leurs dépôts. Ceux du Pô s'avancent beaucoup plus que ceux de l’Adige, et, si ce prolongement continuait régulièrement comme jusqu’ici, — de 70 mètres chaque année, — si l'action des ondes marines et la profondeur du lit de l’ Adriatique ■ . .ne mettaient pas une limite à un progrès si ra- . pide, il est facile de calculer que, dans l’espace de 1296 ans, ces alluvions arriveraient jusqu’au ' port de Rovigno, en Istrie, dont la pointe du delta du Pô est distante en ligne droite de 88,896 mètres.

VIII. Le travail incessant de nos fleuves se réduit presque simplement aux. dépositions alluviales près de leur embouchure et au, remuement des matériaux de leur lit. Les immenses couches de sables et de matières aréneuses qu’ils sillonnent dans leur cours tortueux s’étendirent sur le fond des grandes vallées, à une époque antérieure à toute mémoire historique, et à la limite moderne des

fleuves eux-mêmes. — Et cependant ces lits

immenses tirèrent aussi leur origine, comme je te l’ai déjà dit, de la décomposition des crêtes des montagnes et des transports opérés par de puissants courants. C’est pour cela aussi que les dépôts dont ils sont constitués s’appellent alluviaux, ou, — afin de les distinguer de ceux qui se forment chaque jour, — diluviaux: voulant ainsi faire allusion à la période de leur formation, qui est celle du dernier déluge géologique, auquel on doit la destruction de tant de générations d’animaux. C’est en effet dans ces dépôts qu’on retrouve les carcasses des mégathères , des mastodontes , des grandes espèces d’éléphants, de rhinocéros, de bœufs, de cerfs, d'espèce très-ressemblante, mais non pas identique à celles d'aujourd’hui. Les plaines de la Sibérie et les pampas de l’Uruguay en sont de véritables cimetières, — et dans notre Italie — les vallées du Pô et de l’Arno.

IX. Depuis quelques années, une province d’Amérique, auparavant déserte et presque ignorée, jouit d’une immense renommée, — c’est la Californie. Des familles entières de tous les pays, attirées là par une cupidité fébrile, y accourent, bravautles ennuis d’une longue traversée, les privations et les périls d’une existence presque sauvage, se berçant l’esprit

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d’une douce espéranee — espérance qui pour le plus grand nombre ne se réalise jamais — qu’un jour se lèvera où ils pourront, après avoir amélioré leur position, revenir dans-leur patrie. •*- C’est là que se trouve le pays de l’or.

Là, en effet, dans le fond des vallées sillon- nées par les affluents du Sacramento et du Saint-Joachim, sont répandues à profusion dans les sables diluviaux, les pailletés et les pépites du précieux métal , et des légions de travailleurs s’acharnent à les séparer, au moyen du lavage, des autres parties plus légères des sables eux-mêmes. — Plus récemment la découverte de nouvelles et de plus riches régions' aurifères dans la Nouvelle-Hollande a exalté encore l’ardeur au gain, et imprimé un mouvement nouveau aux compagnies de spéculateurs.

Or, il faut que tu saches qu’une telle dissémination de l’or dans les sables n’est pas l’apanoge exclusif de telle ou telle contrée loin deà centres de la civilisation. Presque partout où les fleuves coulent au milieu des dépôts du dernier déluge géologique, ils coupent dans ceux-ci une couche de sables aurifères. Peut-être te sera-

t-il nouveau d’apprendre qu’en Italie aussi, les laveurs d’or retirent souvent un gain trèshonnête des fatigues qu’ils se donnent à fouiller les sables de l’Oglio, de l’Adda, du Tésin, de

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la Sésia, de la Doire-Baltée. C'est une opinion très-répandue que ces fleuves transportent eux- mêmes le sable d’or, — peut-être parce qu’ils donnent un profit beaucoup plus considérable à l’époque qui suit leurs débordements. Mais cette opinion est erronée : ces fleuves ne font que dénuder la couche de sables aurifères et en entraîner par la force du courant les parcelles les plus légères, rendant ainsi plus facile et plus complet le lavage artificiel qui doit' donner pour résultat la précieuse poudre.

L’or ne constitue pas encore la seule richesse de ces sables diluviaux : il s’y trouve associé à un autre métal, — le platine, — et à plusieurs sortes de pierres précieuses, parmi lesquelles la reine de toutes — le diamant.

D’inestimables trésors ont été extraits de semblables gisements au Pégu (1), au royaume de Golgonde, dans la grande île de Bornéo, avant même la découverte du Brésil, où un district considérable tire son nom des diamants (2). Là, le long du Rio Pardo, du Rio

(1) Ou Pégou, et mieux Bago, entre l’Irraouaddy et le Thsan-Louen ( lndo-Chine ).

{2) Diamantino ou district diamantin ou des diamants, dans lacomarca.de Cerro-do-Frio, fait partie de la province de Minas-Cïeraës. Le produit annuel est de 25,000 karats(5 kilogrammes). Les frais d'exploitation s’élè-

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Jequetinhonha, du Rio do Peixo, de nombreuses bandes d’infortunés enlevés par une main rapace et barbare à leurs terres natales du Congo ou de la Guinée, traînent une vie misérable, condamnés par l’avarice de leurs maîtres à chercher dans les sables, mêlés confusément de tant d’autres matières, les diamants qui s’y trouvent épars, et qui, à l’instant même, leur sont enlevés par des gardiens soupçonneux et cruels.

L’air atmosphérique, — par son action persévérante, décomposant et réduisant en sables les roches dans lesquelles les paillettes d’or et les pierres précieuses sont disséroinées > — s’est mis au service de l’homme qui payerait d’un prix bien plus élevé ces objets de sès désirs cupides, s'il devait lesextraire lui-même de leurs gîtes originaires. Toutefois ce service est d’une importance très-minime comparé aux buts divers que la suprême Providence eut en vue par cette action de. l’air sur la partie solide du globe!

vent à un million de francs. — Les prix du diamant taillé sont les suivants :

1 karat (22 centigrammes), 250 francs

Etc. >.

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