‹ Lettres sur la création terrestre, ou exposé sous forme familière Des principaux faits relatifs à la constitution général du Globe et A L'économie de la nature par le dr. De FilippiChapitre 29 sur 48 · LETTRE SEIZIEME · texte numérisé non relu

LETTRE SEIZIEME

I. Hétérogénéité dans les organismes. — II. Lia cellule végétale. — III. Structure «le ses parois. — IV. Protoplasme et sa circulation — V. Transformation des cellules en fibres et en vaisseaux. — VI. Imæssante reproduction des cellules.

I. L’idée vague que tu possèdes déjà des êtres organisés te les représente comme nécessairement composés de parties hétérogènes, destinées chacune à une fonction particulière.

Dans un animal des classes les plus élevées, parmi lesquelles on a l’habitude de choisir les types les plus vulgaires, — dans un cheval, un chien, un lézard, — tu remarques, par exemple , une bouche , des yeux , des jambes , une queue. Ainsi de même, dans une plante, tu peux considérer séparément une racine, un tronc, des feuilles, des fleurs. Il te resterait seulement à reconnaître cette loi si générale dans

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ces êtres très-simples qui, — comme quelques infusoires, quelques algues, — ne semblent résulter d’autre chose que d’une paroi , constituant une vésicule close de tout côté, et d’un contenu pulpeux. Il faut donc distinguer dans ces êtres une enveloppe et une matière interne, et, ainsi que je te l’expliquerai bientôt, cette enveloppe est formée d’au moins deux couches différentes, là même où elle paraît de la plus parfaite homogénéité. Il résulte de cela une conséquence aussi nécessaire qu’évidente, à savoir* que les parties séparées d’un être organisé ne peuvent jamais réunir lès qualités du tout. Toi-même, tu comprends, dès ce moment, que le contraire arrive pour les êtres inorganisés ; et , en effet, si à coups de marteau on réduit en morceaux un cube de sel commun, un rhomboèdre de spath d’Islande , tu ne saurais dire laquelle des propriétés des cristaux primitifs manque à chaque fragment qu’on en détache. ; . . , . ,

A présent, applique-toi à considérer chacune des parties qu’on distingue d’ordinaire dans un animal, dans un arbre : dans celui-là, par exemple, ce sera un œil, une jambe : dans ce-r lui-ci une feuille, une fleur, un morpeau d’écorce. Il te sera facile de voir que chacune de ces parties est elle -même un tout composé

d'éléments divers, — un organe fait d’autres organes plus simples. Tu discerneras ainsi dans la jambe des canaux conduisant le sang,

— ce sont les vaisseaux ; des faisceaux de

fibres rouges, — ce sont les muscles; des cordons mous et délicats, — ce sont les nerfs. Dans une feuille tu trouves encore d’autres vaisseaux, d’autres fibres, et un agrégat de vésicules, dont chacune ne ressemble pas mal à ces globules verts qui, ainsi que je te l’ai observé, se développent en grande abondance dans les eaux stagnantes. Nous donnerons dorénavant à ces vésicules le nom plus reçu dans la science — de cellules. ,

L’ordre de mon plan, et mon intention de t’exposer , à l’aide d’un petit nombre d’exemples, les principales lois qui régissent les corps vivants, m'obligent à circonscrire à présent mes considérations au règne des plantes. Ainsi que je l’ai dit (et comme tu pourrais toi-méme le vérifier avec la plus grande facilité , sur une petite couche taillée le long d’une branchette,

— par exemple, d’un amandier, d’un châtaignier, d’un roseau, — et, en l’examinant avec de fortes lentilles, ou mieux avec un microscope composé) , trois formes principales d’organes simples constituent l’organisme de la plus grande partie des plantes les plus vulgaires ,

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— c'est à-dire les fibres, les vaisseaux, les cellules. Tu trouverais les fibres conjointement avec les vaisseaux, prédominantes dans les couches intérieures de l’écorce et dans celles externes du tronc; — les cellules, au contraire , à la périphérie de l'écorce , et dans la partie centrale du tronc et des rameaux. Mais tu sais très-bien que ces plantes naissent d’une graine. Or, si tu examines avec le microscope, au premier moment de la germination, l'une de ces graines, tu chercherais en vain dans le petit germe des traces de vaisseaux ou defibresi à peine y vois-tu un agrégat de cellules homogènes, dont beaucoup sont destinées à être convetties plus tard en fibres et en vaisseaux. Et je passe tout de suite de ce fait à l’énonciation d’une loi plus générale i ôn doit considérer, non- seulement les plantes, mais encore tous les êtres organisés, comme constitués par des cellules. Les grandes différences de structure interne qui frappent dans le nombre infini de ces êtres, se réduisent :

1° Aux différentes transformations des cellules — ces molécules originaires organiques;

2° Au nombre varié ainsi qu’à la disposition variée de semblables molécules liées ensemble de manière à former un individu.

L’organisme d’un saule, d’un chêne, est

SUR LA CRÉATION TERRESTRE. 2t>5

constitué par un énorme agrégat de cellules, — les unes transformées en vaisseaux et en fibres, — les autres conservant encore une forme arrondie, très-voisine de la forme originaire. Les mousses et les lichens sont, au contraire , composés par des agrégats de cellules, dont quelques-unes sont à peine plus allongées que les autres, sans cependant se transformer jamais en fibres et en Vaisseaux.

. La pluralité de ces petites plantes aquatiques, comprises sous le nom collectif d' Algues, résulte encore de cellules à peu près homogènes, disposées en série l’une derrière l’autre, et en si petit nombre, que dans quelques espèces tout l’organisme se réduit même à une cellule unique.

II. Notre esprit se perd dans la variété des plantes qui couvrent la terre et peuplent les eaux ; mais , si nous voulons le dégager d’un labyrinthe si inextricable, où, — depuis le cèdre élevé du Liban jusqu’à l’humble lichen, tout est admirable et digne d’attention, — pour l’appliquer seulement à l’examen des lois suprêmes, qui règlent la vie des plantes, ce sera précisément la vie de la cellule végétale qui devra former l’objet de notre étude.

Chaque cellule est par elle-même un organisme vivant, qui tire son origine d’un progé-

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niteur, — lequel est une autre cellule, — doué de croissance et de développement, qui engendre et qui meurt.

La vie des êtres de strcture compliquée, — comme la plupart des animaux et des plantes, — est le résultat collectif de la vie de chaque être élémentaire dont résulte leur organisme.

Je sens toute la difficulté de te faire comprendre les actes et les opérations qui s’accomplissent à l’intérieur de ces êtres si petits, qu’ils échappent à l’observation commune, et qui ne deviennent clairement discernables dans toutes leurs parties qu’en armant notre œil d’un puissant microscope, et notre esprit d’une patience attentive. Cependant une application soutenue de ta part parviendra à vaincre toutes ces difficultés: je l’invoque donc; — car le sujet que je traite maintenant est en vérité d’une si haute importance qu’il mérite bien cet effort de ta jeune intelligence.

Je te représente une cellule comme un petit lac à peu près sphérique et parfaitement fermé, où il faut distinguer la paroi et le contenu. Si l’on veut choisir pour exemple une cellule déjà formée, mais encore jeune, il faudra séparer mécaniquement et disposer sur le porte-objet du microscope quelques-unes de celles réunies dans les parties encore vertes et très-tendre*

de plusieurs plantes communes de nos jardins : on pourrait de cette manière en avoir plusieurs et les isoler sous son regard.

III. Le champ de nos observations ainsi réduit, examinons, avant tout, latrès-fioe paroi de ces cellules. Elle est en tout homogène, c’est-àdire que, augmentant autant que tu le voudras le pouvoir grossissant du microscope, il ne sera jamais possible d’y distinguer do nouveau d'autres parcelles composantes plus menues :

— partant, il ne reste donc plus qu’à connaître sa nature chimique. A cet effet nous pouvons prendre pour sujet de notre examen certains tissus végétaux constitués de telle sorte que les cellules y aient presque entièrement perdu leur contenu, et dont il ne reste plus que la paroi ; ou bien encore d’autres tissus où les cellules, transformées en fibres, renferment une matière à peu près identique à celle de leur paroi : — pour un exemple du premier cas, prenons une fine couche de moelle de sureau; — pour le second, les fibres du lin, du coton, du chanvre. La substance particulière qui forme la paroi de ces cellules a été appelée cellulose. Elle n’est ni acide ni alcaline, par conséquent elle est insipide, incolore, insoluble dans l’eau, dans l'esprit de vin, dans les huiles; et, — ce qui la distingue surtout, — elle n’est

pas attaquée par les alcalis. Voilà laraison pour laquelle les toiles de lin et de coton résistent à l'action répétée à laquelle on les assujettit dans l'opération du lessivage; — la lessive, ainsi que je te l’ai déjà expliqué, doit sa force à la potasse qu’elle contient. Les chimistes on dé* composé la cellulose dans ses. éléments, et ils ont trouvé qu’elle résulte de carbone, hydrogène et oxygène , ces deux derniers dans les proportions précises où ils sont unis dans l’eau, L’action d’une haute température décompose cette substance, en donnant origine à de la va* peur aqueuse et à divers produits gazeux, selon que cette décomposition s’effectue dans un vase fermé , ou bien au libre contact de l’oxygèna Dans ce dernier cas, la combustion de la cellulose peut être complète , et les produits qui en résultent sont de l’eau et de l’acide carbonique.

Maintenant revenons à nos cellules.

Leur paroi cellulaire est tout à l’intérieur revêtue d’une légère pellicule qu'on peut détacher et isoler comme un second sac libre dans le premier, en faisant agir sur ces cellules de l’esprit-de-vin , ou quelque acide minéral allongé d’eau. L’extrême finesse de cette membrane ou de ce revêtement intérieur n’empêche pas d’en examiner la nature chimique, et il résulte do cet examen que sa substance

est bieu différente de celle de la paroi externe de la cellule; car elle renferme , outre les trois éléments déjà mentionnés, de l’azote, — qu» la rapproche beaucoup des substances organiques qui forment les tissus des animaux.

Or, il faut que tu saches que cette pellicule intérieure ne se rencontre pas toujours à chaque époque de la vie de la cellule végétale et qu’elle est d’autant plus facilement reconnaissable que la cellule est plus jeune; — il y a donc lieu de croire que dans la formation de la cellule végétale, elle précède la membrane externe ; d'où le nom qui lui fut donné d'ulricule primordiale. Dans les vieilles cellules, il ne reste plus de trace de cette utricule , qui a cédé la place à d'autres matières de même nature ou de nature très-analogue à celle de la cellulose.

IV. Dans l'intérieur de la jeune cellule on trouve fréquemment un corpuscule , un noyau — quelquefois grand au point de l’occuper presque tout entière; — le reste de cet espace est plein d’une substance fluide, dense, granuleuse, qui par sa nature chimique est trèsanalogue à celle de la matière organique quaternaire azotée qu’on peut considérer comme génératrice de tous les tissus des animaux , et qui, parce qu’elle prévaut dans le blanc de

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l’œuf, — a pris le nom d ’ Albumine U). Cette substance , appelée protoplasme ou pulpe primitive, est celle avec laquelle se trouve toujours unie en mélange intime la matière verte des plantes, — la chlorophylle. Le protoplasme aussi, — dont la formation est entièrement due à l’activité intime et merveilleuse de la cellule végétale , — partage le sort de l’utricule primordiale; il esi conséquemment transitoire, et va peu à peu en diminuant à mesure que la cellule elle-même vieillit. Dans l'économie de la nature il est destiné à de grands et importants offices, non-seulement pour le développement ultérieur de la plante, mais aussipour la nutrition des animaux, car il constitue essentiellement la partio nutritive, — même la seule partie assimilable — de la pâture des animaux herbivores, d’où il passe dans l’organisme des carnivores. On peut dire, avec toute rigueur de phrase, que notre chair même, notre sang, ont d’abord existé sous forme de protoplasme dans les cellules des plantes.

Dans le développement ultérieur de ces cellules, il arrive d’importants changemeuls. D'abord paraissent dans le protoplasme «les vides et des lacunes irrégulières où se concentre un

<l) Du j vot latin albumen, qui signifie blanc d'oeuf.

nouveau liquide, transparent, incolore, tenant dissoute une matière très-analogue au sucre : — le protoplasme est alors décomposé en filaments très-fins dans le vide de la cellule. A partir de ce moment, un phénomène singulier et mystérieux se révèle : c’est une circulation interne du protoplasme, d’autant plus manifeste qu’il est plus subdivisé par les nouvelles lacunes. Du noyau part un faible courant qui suit un filament, revient par un autre, et ainsi de suite. Ce phénomène est généralement passager, — parce que dans le progrès de la vie de la cellule, le noyau et le protoplasme disparaissent, — mais quelquefois il se maintient encore dans les cellules adultes comme dans celles des poils brûlants des urticées.

Voici dans la figure 18 représentée une jeune cellule dans cet état :

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Tu y remarques un noyau A ,

Les vacuités qui rendent visible la circulation indiquée par les petites flèches.

Le protoplasme qui court le long de la paroi de la cellule, dont il traverse en filaments les vacuités et enveloppe le noyau.

V. Les cellules sont arrondies , — presque sphériques, — lorsqu’elles sont jeunes, mais, abstraction faite de celles qui restent dans la moelle, celles qui maintiennent longtemps cette forme sont relativement en petit nombre. Quelques-unes, comme celles des feuilles, cessent bientôt d’exister; les autres se transforment en fibres et en vaisseaux : et cette transformation est accompagnée d’une métamorphose très -importante du contenu. L’utricule primordiale et le noyau disparaissent les premiers, tandis qu’une nouvelle matière, — semblable à une incrustation, — se dépose sur la face interne de la paroi cellulaire. Cette matière diffère peu et même pas du tout, quant à sa nature chimique, de la paroi elle-même. Dans le plus grand nombre des cas, néanmoins, cette membrane interne, cette incrustation, ne s’étend pas uniformément sur toute la surface intérieure de la cellule , mais elle en laisse différentes parties à nu : tantôt, en effet, cette nou-

velle enveloppe est percée comme un crible , tantôt plus largement trouée, quelquefois disposée en anneaux , d’autres fois en bande spirale; — de là plusieurs sortes de fibres et de vaisseaux.

Dans leur transformation en fibres, les cellules s’allongent beaucoup, en demeurant unies en séries les unes avec .les autres. par leur extrémité amincie. La substance qui se dépose à leur intérieur en grossit les parois , et finit par en obstruer presque entièrement la cavité; c’est elle qui, à proprement parler, constitue le bois. Tu n’ignores pas que les menuisiers distinguent dans le bois qu’ils emploient le plus communément, dans le noyer, par exemple , un bois blanc et un bois foncé. Le premier, dont les fibres encore jeunes conservent une dose résidue de protoplasme, est impropre à de bons et durables travaux , parce qu’il ressent les effets des changements météoriques, et .qu’il est attaqué par une quantité de petits insectes qui le percent, car ils trouvent dans le protoplasme un aliment qui leur convient. Le second est d’autant plus à l’abri de ces inconvénients qu’il est plus vieux.

Il y a aussi dans les tiges des plantes et surtout dans la partie corticale, d'autres fibres

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fines, pliables, unies ensemble d'une façon si lâche, qu'on peut les séparer par un procédé facile; et qui, au lieu de contenir dans leur intérieur la matière du bois , ont la paroi grossie par de la nouvelle cellulose. Ce sont les fibres textiles du lin, du chanvre, dont diffèrent peu de celles coton , malgré la grande différence de leur place originaire, — ces dernières se trouvant sous Tonnes de flocons à la périphérie des graines.

Par une métamorphose analogue, les cellules forment les vaisseaux ; alors, — non-seulement elles s’allongent et se disposent l’une derrière l’autre en séries linéaires , — mais, par la disparition successive des parois de contact, toutes celles d’une série communiquent librement entre elles, et ainsi la série elle-même se trouve transformée en un petit tube par lequel peuvent continuellement et librement circuler les liquides et les fluides aériformes. Quelques-uns de ces vaisseaux sont d’un calibre tel qu’on peut facilement y introduire une soie, et même, en appliquant l’œil à un bout, apercevoir le jour à l’autre, comme par le tube d’une lorguetle. Je te présente dans le dessin, fig. 19 , un exemple.

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suffisamment clair de ces trois éléments ^organiques des plantes, ou, si tu veux, de ces trois formes d’un élément unique — la cellule. Il représente une tranche très-mince, taillée le long de la tige d’un roseau commun et examinée avec le microscope. Tu peux facilement reconnaître :

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En A, un agrégat de cellules peu altérées qui touchent à la moelle;

En B, des fibres et des vaisseaux de diverses sortes suivant le mode de distribution de la substance additionnelle intérieure , — c’est-àdire un vaisseau ponctué ( celui du plus gros calibre) , ainsi nommé à cause des trous dont la membrane est parsemée : — deux vaisseaux spiraux , deux annulaires ainsi nommés par des raisons évidentes;

En C, enfin, tu remarques les autres cellules des couches corticales les plus externes, dont quelques-unes contiennent des granules de matière verte.

Outre ces vaisseaux qui s’étendent en lignes

droites , continues , des racines à la dernière

extrémité des feuilles, au milieu des faisceaux des fibres ligneuses, les plantes possèdent, dans leur partie corticale , un système de vaisseaux propres ramifiés, et réunis, par leurs ramifications de manière à former un réseau , dont les parois très-fines, d’aspect homogène, ne présentent jamais ni rides , ni anneaux, ni spirales. Ces vaisseaux, qui, par la nature particulière de l’humeur qui les parcourt , sont appelés vaisseaux propres ou bien encore laticifères (parce qu’ils contiennent le latex ou suc propre), sont constitués par de nombreuses

cellules diversement allongées et confluentes.

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