‹ Lettres sur la création terrestre, ou exposé sous forme familière Des principaux faits relatifs à la constitution général du Globe et A L'économie de la nature par le dr. De FilippiChapitre 31 sur 48 · LETTRE DIX -SEPTIEME · texte numérisé non relu

LETTRE DIX -SEPTIEME

I. Cellule» du parenchyme | substances qui s’y trouvent contennes. — II. Fécule. — III. Sucre. — IV. Lymphe ascendante (sève ascendante ou brute). — V. Lymphe descendante (sève descendante ou élaborée). — VI. Fonctions des feuilles.

1. Outre les cellules transformées en fibres et en vaisseaux, il en est d’autres qui s’accumulent dans l’organisme des plantes et qui conservent toujours une forme arrondie trèsvoisine de la forme primitive, ou — à cause de leur compression réciproque, — en prennent une polyédrique, ou bien enfin, — par une altération très-différente de celle que je t’ai décrite, — imitent parfois diverses formes d’étoiles, s’assemblant les unes avec le£ autres par les rameaux ou par les rayons.

Les agrégats de cellules dans chacune de

LETTRES

ces conditions constituent ce gu' on a coutume d’appeler un parenchyme. La moelle des plantes ; leur pellicule externe, qui dans une espèce de chêne s’épaissit énormément et produit le liège - r la substance des feuilles , — abstraction faite des vaisseaux et des fibres qui la traversent , — et spécialement les fruits charnus et les racines tubéreuses, sont autant d’agrégats de cette sorte.

Plusieurs substances peuvent former le con-

tenu de ces cellules. Dans les parties qui ressentent le plus l’action bienfaisante des rayons solaires, se développe — en mélange intime avec une portion permanente de protoplasme, — cette matière verte caractéristique des plantes, qui , je te l'ai déjà dit, prend le nom de chlorophylle. Les lacunes qui peu-à-peu se forment dans le protoplasme , et, — ainsique je te l’ai observé, le séparent en minces filaments, — se remplissent d’un fluide transparent; et celui-ci, par le progrès du temps, non* seulement augmente jusqu’à occuper, — au détriment du protoplasme lui-même, — toute la cellule, mais encore se modifie dans sa nature, et donne lieu à la formation de corpuscules solides , tantôt sous forme de granules , tantôt sous celle de cristaux.

Les substances que, le protoplasme disparu,

on peut rencontrer dissoutes dans l'humeur des cellules sont :

1° Une substance particulière appelée dextrine, analogue à l’empois qu’on obtient par une décoction d’amidon ;

2° Le sucre ;

3° Certaines gommes; *

4° Certains acides organiques, comme l’acide citrique du jus de citron, l’acide malique des pommes, l’acide tartriquedu raisin. — Ces acides sont rarement libres ; ils se trouvent le plus souvent combinés avec des bases minérales absorbées par le terrain. Quelquefois ces combinaisons d’acides et de bases , au lieu d’être dissoutes dans le liquide de la cellule, sont solides et en très-beaux cristaux, comme tu pourrais t’en convaincre eh examinant au microscope les cellules du parenchyme de certaines plantes grasses épineuses , communément élevées dans nos jardins sous le nom générique de cactus;

5° Certaines matières inflammables, comme par exemple les huiles, sont encore contenues en gouttes distinctes et visibles au milieu du fluide des cellules, ou même les remplissent tout-à- fait. — Quelques-unes des ces huiles sont grasses, comme l’huile d’olive; d’autres sont, au contraire, des huiles éthérées ou essences;

LETTRES

et c’est dans celles-ci que réside la qualité odoriférante des feuilles, des fleurs, des écorces.

II. Parmi toutes ces matières renfermées dans les cellules du parenchyme, une substance très-vulgaire mérite un intérêt spécial — c’est l 'amidon, ou la fécule ; elle prédomine dans quelques parties de diverses plantes, comme dans la pomme de terre, dans la graine des céréales, dans la palme du sagouier (1). D'après V usage divers et presque journalier que tu en fais dans le détail des affaires domestiques, tu en connais les principales propriétés. Cette poussière impalpable, blanche, qu’on appelle amidon, s’obtient par la simple lacération des petites membranes cellulaires , dans lesquelles il est naturellement contenu. Une petite couche

(1) Le sagouier ou sagoutier est un genre delà famille de» palmiers. Il croît dans les lieux maritimes de l’Asie, de l’Afrique et de l’Amérique intertropicales. Trois espèces de ce genre sont connues pour leur utilité : ce sont:

1 ° Le sagouier de Rumphius ; on le trouve dans

l'archipel de la Malaisie. — 2° Le sagouier Raphia ou Roufia; il croit dans les royaumes d'Oware et de Bénin en Afrique. — 3° Le sagouier pédonculé ; cette espèce, qui appartient à Madagascar, a été transportée à Î’île de France, à Bourbon et à Cayenne.

Dans les contrées intertropicales, on utilise cet arbre précieux de plusieurs manières. — En Europe, on emploie surtout sa fécule, connue dans le commerce sous le nom de sagou . t

ùoK LA CRÉATION TERRESTRE. 283

très-mince de pomme de terre vue au microscope, te la montrerait en effet à la place naturelle, et sous la forme de granules disséminés dans le contenu fluide des cellules. La proportion de ces granules va toujours en augmentant par le procédé de maturation des tubercules de la pomme de terre et de la graine des céréales ; — et cela t’explique la raison pour laquelle les pommes de terre printanières sont beaucoupmoins farineuses quecellesd’automne.

Les granules solides insolubles de la fécule s’accumulent ainsi dans les parties de la plante, qui doivent au printemps suivant devenir le siège d’un procédé actif de végétation , et fournir des matériaux pour la formation des parties, nouvelles. Afin que cela puisse arriver, et que la matière dont sont formés les granules de la fécule soit entraînée dans la circulation , il est nécessaire que ces granules soient dissous. En effet, aux premiers zépbirs du printemps, il se développe dans les parenchymes amilacés une substance particulière, azotée comme le protoplasme dont elle est une pure modification , et qui jouit du pouvoir de convertir la fécule insoluble en dextrine dissoute. Pour te faire mieux comprendre cette transformation, je pourrai me servir d’une expérience simple et facile :

LETJRIS

La substance particulière dont je t’ai parlé plus haut peut être extraite de l’orge germé dont se servent les fabricants de bière pour faire ce qu’ils appellent le malt ; et elle a pris le nom de diastase. Elle se présente sous la forme d’une substance blanche, amorphe, et possède cette faculté, qu’en en faisant bouillir dans une quantité d’eau suffisante une seule partie avec 2,000 de fécule, celle-ci se dissout entièrement, et, par l'évaporation du liquide, on obtient pour résidu une matière analogue, pour l’aspect, à la gomme arabique, susceptible des mêmes usages dans quelques arts ; et cette matière est précisément la dextrine. La dextrine et la fécule sont donc une seule et même chose en deux états différents : nous pouvons convertir celleci en celle-là; — toutefois nous ne saurions avec la defctrine recomposer la fécule. Le pouvoir est réservé à ces organismes si simples et si admirables que nous appelons cellules végétales

III. Je t’ai déjà dit, et tu le connais bien par expérience, que dans quelques parenchymes végétaux se trouvent contenues des substances sucrées. Or, il faut que tu saches maintenant qu’on distingue aussi dans les arts deux sortes de sucres :

L’un que l’on peut obtenir de son sirop sous

aüR LA CRÉATION TERRESTRE. 285

forme de très-beaux cristaux ; — c’est le sucre proprement dit , le sucre type, qui provient de la liqueur mielleuse de la cannamelle ou canne à sucre ( saccharum officinarium ) et de la racine de la betterave;

L’autre qui ne cristallise pas , abonde particulièrement dans les fruits charnus, et surtout dans le raisin; — on le nomme sucre de raisin ou glucose.

Entre ces deux sortes de sucres existent les mêmes rapports qu’entre la fécule et la dextrine; — le sucre de la canne se transforme avec une grande facilité en glucose, mais jusqu’ici les chimistes ne sont pas encore parvenus à convertir, d’une manière inverse, la glucose en sucre de canne, — bien qu’ils y eussent été fortement stimulés par la magnifique récompense d’un million, qu’avait promis pour un tel résultat l’empereur Napoléon , à l’époque du blocus continental. * .

Je ne dois pas passer sous silence une propriété singulière et caractéristique de la glucose, — celle de subir la fermentation alcoolique, — lorsque à sa solution aqueuse on ajoute une petite quantité de diastase ou d’une autre substance analogue. En pareil cas, la glucose — sans rien prendre de cette substance, ni de l’eau ni de l’air, — se décompose

286 LETTRES

en esprit-de-vin et en acide carbonique. Tu vois un exemple de ce procédé dans la fabrication du vin. Le moût, ou suc exprimé du raisin, est une solution concentrée de glucose, avec laquelle il se trouve naturellement une certaine quantité de protoplasme agissant comme la diastase. Après un séjour assez court dans les cuves, la masse commence à se réchauffer et à bruire, ou, comme on dit communément , à bouillir, en développant une immense quantité d’acide carbonique, tant que le moût n’est pas complètement réduit en vin. On peut ensuite, par la distillation, extraire du vin son esprit, c’est-à-dire l’alcool. Il est possible d'obtenir le même procédé de fermentation dans la glucose, — quelle que soit la façon dont elle ait été obtenue, et quand même elle proviendrait de la transformation du bois ou de la fécule; — tu sais, en effet, que dans les pays où le climat ne permet pas la culture de la vigne, on extrait l’esprit-de-vin du grain des céréales, ou des pommes de terre.

La cellulose, le bois, la fécule, la dextrine, le sucre et la glucose, ont entre eux les rapports les plus étroits : ils sont tous formés de carbone, combiné avec de l'hydrogène et de l’oxygène autant qu’il en faut pour produire de l’eau ; aussi peut-on, avec la plus grande facilité, ré-

duire toutes ces substances à l’état de glucose.

C’est un fait surprenant, mais vrai néanmoins, que tu pourrais transformer ton mouchoir en un poids égal de sucre de raisin, et puis ensuite le réduire en esprit-de-vin.

IV. Mais revenons à cette admirable officine qui est l’organisme vivant de la plante.

Sa crue et son développement, — ce qui est autant dire la formation et les transformations de ces matériaux que dans cette lettre et la précédente je t’ai fait connaître, — ne pourraient avoir lieu sans que la plante ne reçoive de l’extérieur les principes nécessaires et ne devienne le siège, en chacune de ses parties, d'un mouvement actif de circulation.

Pour arriver droit à mon but, je choisis pour exemple un châtaignier, un saule, un mûrier, un arbre quelconque de nos espèces communes, et je le prends au moment où sa vie commence, au printemps. — A peine les feuilles commencent-elles à pousser, que les troncs et les branches , arides et presque morts durant les rigueurs de l’hiver, se remplissent peu-à-peu d’humeurs, et bientôt en regorgent au point d’en distiller quelquefois pas les entailles qu’on leur fait. On peut alors séparer avec la plus grande facilité l’écorce de l’axe ligneux de la plante, grâce à une sorte de gélatine particu-

LETTRES

lière nommée Cambium qui s’infiltre entre ces deux parties. Tout atteste qu’un mouvement insolite vient d’ètre réveillé dans les sèves pour alimenter les parties nouvelles qui atteindront avec rapidité leur plus grand développement. Les racines agissent comme des éponges et absorbent l’eau du terrain, et ce fluide pénètre non-seulement dans les vaisseaux de la plante, mais encore parmi les cellules, passant de l’une à l’autre, dissolvant les matériaux qui s’y tiennent préparés depuis l'année précédente. Les causes qui produisent l’ascension de ces humeurs sont de différentes sortes; mais on doit reconnaître la principale dans la germination des bourgeons. Chacun d'eux s’allonge en de nouveaux petits rameaux portant des feuilles , puis des fleurs , puis des fruits, et, sur la fin de l’été, de nouveaux bourgeons ou petits rameaux embryonnaires pour 1 année suivante. Les humeurs, qui tendent déjà, par des lois physiques, à pénétrer dans les petits tubes des vaisseaux et à passer de cellule en cellule, sont aussi appelées à monter activement vers les parties les plus élevées de la plante où elles parviennent chargées des principes qu’elles emportent dans leur passage, et do ceux. q u elles ont dissoulsdans le terrain. Les feuilles tirent de qes humeurs une partie de

leur nourriture elles en prennent une autre

partie à l’air : — et même en tenant compte de ces seules parties de la plante, — quelle immense quantité de matière organique n’est pas ainsi reproduite chaque année !

V. L’humeur ou la lymphe (1) destinée aux feuilles y parvient- par la partie médullaire de la plante, et, des feuilles, redescend par la partie corticale : — mais, après son passage à travers des organes d’une si grande activité vitale que le sont les feuilles, — la lymphe est profondément modifiée dans sa nature, et prend dans les diverses plantes des qualités différentes.

Tu connais sans doute plusieurs petites plantes de notre pays qui distillent des incisions qu’on leur pratique, une humeur den«e , laiteuse, âcre et nauséabonde, — qui est blanche dans quelques-unes, comme dans le figuier, dans le pavot, dans* l’euphorbe, — r- jaune dans la chélidoine qui croit dans les espaces laissés incultes le long des murs des jardins. Plusieurs plantes exotiques distillent en abondance de semblables humeurs des entailles pratiquées sur leur écorce, — et ces humeurs contiennent parfois des principes par-

^1) Sfcre ascendante ou brute.

290 LETTRES

ticuliers qui les rendent de puissants poisons ou d’excellents matériaux pour les arts ; — tantôt, au contraire, abondent en matière sucrée, ou en fécule, et deviennent non-seulement d’innocentes substances, mais sont encore de précieux dons de la nature comme aliments. L’opium n’est rien autre qu’un suc de cette sorte qu’on fait suinter des pavois par des incisions artificielles, et qui se condense au contact de l’air. Ces terribles poisons dans lesquels les sauvages trempent la pointe de le,urs lances et de léurs flèches sont également le suc de l'écorce de diverses plantes analogues à nos euphorbes. Une matière très-vulgaire, appliquée à des usages si nombreux el si variés dans les arts, — la gomme élastique, -r- n’a pas» d’autre mode d’origine : c’était autrefois un produit exclusif de l’Amérique méridionale, et que maintenant on obtient également et en abondance, de différentes plantes de l’Asie et de l’Afrique.

Les habitants des Canaries extraient do l'écorce de leur Tubaiba doux un lait qui s’épaissit par l’action de l’air, et forme une gélatine agréable et nourrissante.. Une -petite plante très répandue dans l’Amérique méridionale présente dans le suc copieux de sa racine l’élrange association d’un puissant ’ poison et

et d’une substance nutritive : — c’est le manioc (1).' Le suc recueilli de la racine, très-riche en fécule, sert aux sauvages habitants des forêts vierges de la Guyanne pour empoisonner leurs armes; mais le principe vénéneux est si volatil, qu’à une faible chaleur il se dissipe en peu de temps et laisse un résidu abondant de très-fine fécule qu’on recueille et dont on se sert pour confectionner des pains, ou qu’on sèche au four sur des lames de fer, pour en obtenir sous une autre forme, la même matière, envoyée en Europe, et consommée comme un met agréable et nutritif sous le nom de tapioca (2) k • v -,

(1} Le nom scientifique du manioc est Maniftot , nom génériqne adopté par M. Endlicher et- le Dictionnaire versel d'Ifistoire Naturelle. Le genre Manihot appartient à la famille des Euphorbiadées, et se compose d'arbres et d'arbrisseaux à suc laitèux. L’espèce dont il est ici question est une plante alimentaire très-répandue ea Amérique; — c’est le Manihot çoniestible (Manihot utilissima , Pol\}; — Janipha Manihot, Kunth; — Jdtropha Manihot, Linné). Il est connu sous les noms vulgaires de Manioc, Magnioc , Manioque. C’est un sous-arbrisseau de l’Amérique méridionale, cultivé dans toutos les par- ‘ ties chaudes du Nouveau-Monde. La fécule de manihot est très-nourrissante; un demi-kilogramme suffit à un homme pour un jour.

* {2) Ou Sagou blanc. Le Tapioca est souvent employé '

'en médecine,;à cause de la grande facilité avec laquelle on le digère.

LETTRES

Ces humeurs si diverses n'ont pas entre elles d’autre analogie que dans l’aspect laiteux avec

lequel elles s’écoulent dans la partie de la plante, et dans les vaisseaux où elles sont contenues et où elles circulent, et que j’ai décrits vers la fin de la lettre précédente sous le nom de vaisseaux propres ou laticifères. Si l’on considère dans son ensemble la circulation des sèves des plantes il faudra faire attention à la différence qui existe entre la lymphe ascendante et la lymphe descendante (1 ) , ainsi qua la diversité de système des petits canaux distributeurs de l’une et de l’autre. On serait tenté de comparer la circulation qui porte la sève des racines aux feuilles, dans les végétaux, à celle qui dans les animaux conduit, par les artères, le sang du cœur à la périphérie du corps ; — et l’autre, au contraire, par. laquejle la sève redescend des feuilles, par les vaisseaux laticifères, à celle qui dans les animaux reporte au cœur, par le moyen des veines, le sang qui a circulé dans les divers organes du corps. Mais jl n’est pas possible d’insister sur cettè comparaison quand on réfléchit à la différence qu’il y a entre la lymphe élaborée ou le latex et la

(1) Sève descendante ou élaborée.

lymphe ascendante dans les plantes (1) ; — différence qu n'a aucun rapport avec celle beaucoup moindre qu’on peut observer dans les animaux entre le sang veineux et le sang artériel.

VL Je t’ai , tout-à-l’heure, nommé incidemment le cambium. Je dois t’apprendre maintenant que c’est un suc nourricier très-important, qui se rassemblé autour de la tige ligneuse de la plante immédiatement sous le réseau-des vaisseaux laticifères de l’écorce. Tu sais également qu’en automne le cambium disparaît; qu’est-il donc devenu? A sa place se sont formés de nouvelles libres et de nouveaux vaisseaux qui ont grossi le tronc et les rameaux de la plante, en s’y joignant, — les uns à la couche fibreuse interne de l’écorce, — les autres, en' plus grand nombre, à l’extérieur de la tige ligneuse; — mais il reste entre un système et l’autre une couche légère de cellules que doit occuper le nouveau cambium au printemps suivant. — La- lymphe élaborée a donc une grande importance parce qu’elle char-

(1) Dans les Canaries il existe une espèce d’euphorbe arborescente, de l’écorce de laquelle suinte un suc laiteux extrêmement vénéneux : tandis que la lymphe qui monte le long de la partie interne ligneuse delà plante sert aux habitants de boisson agréable et tout-k-fait inoffensive. . 1

LETTRES

rie avec elle et dépose les matériaux do formation pour de nouvelles cellules destinées à l'accroissement de la plante. A l’endroit où le pédoncule des feuilles s’attache au rameau, — tu vois se former en été et atteindre son plus grand développement én automne — un bouton, ou pour mieux parler un bourgeon, — destiné à se développer au printemps prochain et à former un nouveau rameau. Or, le bourgeon — cju’-il faut considérer comme une vraie, petiteplante embryonnaire— tire encore ses matériaux de formation de la lymphe élaborée dans la feuille; — et l’endroit où il se développe est précisément celui où se xéunisseht les vaisseaux lalicifères qui redescendent des feuilles.

D’après ces simples notions , tu peux comprendre l’importance fonctionnelle des feuilles; et tu vois :

1° De quelle manière les nouveaux matériaux que la lymphe y a pris, sont dus à l'activité de ces organes très-importants;

2° Que les principes élémentaires qui forment ces matériaux proviennent, en petite partie seulement, des sôveg ascendantes, en trèsgrande partie, au contraire, de ce grand réservoir de vie qui est l’air atmosphérique.

Afin de rendre l’absorption plus facile et plus active, la nature a pourvu les feuilles de petites

bouches béantes que les botanistes appellent stomates { 1); — elles sont distribuées sur la partie la moins verte et la moins luisante, qui est l’inférieure dans la position ordinaire deS feuilles, dans nos plantes terrestres commîmes; — mais, dans les autres plantes qui 'étendent leurs feuilles et les laissent flotter .sur l’eau, lès stomates 's'ouvrent à la partie supérieure, ce qui explique encore mieux leur office qui est d’absorber directement l'air atmosphérique.

J’ai déjà eu l’occasion de te signaler dans les lettres précédentes, l’influence qu’exercent tes plantes sur la composition de l’air; et de quelle manière tout le carbone— qui est le principe dominantde leurs tissus • — vient dé l’acide carbonique atmosphérique qui dans l'organisme intime de la plante .est décomposé dans ses éléments, dont l’un , l’oxygène, est restitué à l’air, et dont l'autre , le carbone, est Gxé dans la plante elLemôme. Cette /action chimique que la science humaine n’a pu produire jusqu’ici, est due à une force propre de la cellule, et surtout de celles qui constituent le parenchyme des feuilles. Elle ne s’acoomplit toutefois que par l’influence des rayons solaires, aussi estc*lle suspefidue -pendant la nuit ; — de sorte ' * .. » • 1 •

{1} Du grec ’sIovm, bouche.

qu'il y a là une compensation en raison de laquelle une forte partie de l’acide carbonique absobé pendant le jour, est de nouveau renvoyée à l’air. Si tu considères cependant l’ensemble général delà végétation terrestre et les vicissitudes du jour et des saisons dans les différentes parties de notre globe, tu comprendras la raison pour laquelle la quantité d’acide carbonique que les plantes absorbent pendant les heures diverses, prévaut toujours sur celle qui est restituée à l’air pendant le nuit.

Par ce procédé, — improprement appelé la respiration des plantes, — non-seulement cellesci tirent.de l’air le .carbone liant elles ont besoin, mais encore la plus grande partie des autres éléments,— l’hydrogène, l’oxygène et cet azote destiné à former un des éléments de l’utricule primordiale et du protoplasme. La vapeur aqueuse, l’acide carbonique et l'ammoniaque, — ces produits dans lesquels se résout sans cesse à la libre action de l’air, la matière organique abandonnée par la vie, — se^ répandent dans l’air et n’y restent pas inutilement accumulés. Ils sont, en effet, repris par la force assimilatrice des feuilles, et, rentrant* dans le cercle de la vie, ils alimentent de nou velles générations qui succèdent aux générations trépassées.

Un grand poète italien (1) a chanté la pieuse folie de l’homme qui pour payer le dernier tribut à ceux qui lui sont chers, sème d’amaran- • thés et de violettes leurs tombeaux vénérés et les entoure de l’ombre douce et hospitalière du saule et du cyprès. Ne dirais tu pas que la voix ardente et empressée du cœur ait précédé les découvertes tardives de la science? De la dépouille mortelle de l’homme, c’est, en effet, la moindre partie qui reste à la terre. Tandis que l'esprit repose au sein de Dieu, la chair qui lui servit d’enveloppe se répand lentement dans l’air, et fournit sa part à ce mélange impur de la matière qui attend une organisation nouvelle. Ne te sens-tu pas fortifiée et consolée par cette pensée, que les fleurs cultivées autour des tombeaux des êtres que nous avons ai m*és, peuvent reprendre au vent inexorable .une partie des légères effluves dans lesquelles se dissolvent leurs chères dépouilles ?

(1) Fôscolo dans son poème « 1 Sepolcrt. »

Page 1