‹ Lettres sur la création terrestre, ou exposé sous forme familière Des principaux faits relatifs à la constitution général du Globe et A L'économie de la nature par le dr. De FilippiChapitre 32 sur 48 · LETTRE DIX-HUITIEME · texte numérisé non relu

LETTRE DIX-HUITIEME

I. La fleur. — II. Le fruit. — III. Lçs bonr* jjeouw. — IV. Les fleurs simples et les fleurs doubles. — V. La graine. — VI. Les spores.

— VI. Les trois classes des plantes.

1. Le souffle vivificateur du printemps a réveillé la campagne de la longue torpeur de l’hiver : les parterres et les gazons de ton jardin, — -objets de tes plus chaînantes- sollicitudes, — sont pleins de vie : ici tu admires les boutons , là tu cueilles les fleurs épanouies depuis peu; tu en pares le sein de tes jeunes amies , 'et tu mets tous tes soins à en former un bouquet, — tribut quotidien que tu te plais à offrir à ta mère bien aimée. Le temps inexorable te mesure un plaisir si doux et si intime; et aux brumes trop empressées de l’automne tu verras tes fleurs tomber et se flétrir. Mais, en dépit de la mort qui les frappe une à une, tu as l’espérance, la certitude même, que tes plantes ne se perdront pas, et que tes fleurs re-

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paraîtront encore et salueront le soleil du printemps prochain.

Tu connais parfaitement la courte Garrière vitale de ces êtres fragiles et élégants. Avant que paraisse la fleur, lorsqu’elle est encore à, l'état de bouton, tu la trouves enveloppée d’un étui de folioles vertes, qui reste à la base de la • fleur épanouie et forme ce que les botanistes nomment le calice. La partie la plus belle de la fleur, — variée à l’infini et par la forme et par la splendeur, et par la distribution des couleurs dont le vert seul est exclu, — s'appelle la corolle; les folioles dans lesquelles elle se subdivise le plus souvent, sont les pétales.

Maintenant, prends une rose et arrache ses pétales un à un, — ainsi que tu fais quelquefois, lorsqu’en échange de confidences intimes avec tes amies, tu cherches dans une fleur l’augure d’un évènement désiré. Cette rose dépouillée de sa corolle, offrira plus distinctement à ton regard d’autres parties cachées auparavant et que la nature vigilante réserve aux plus délicats offices, dans le but suprême de reproduire l’espèce, et d’en maintenir la série indéfinie des générations. Plus propre encore à te fournir une idée claire et précise de toutes les parties de la fleur, est le lis banc, — symbole de ton dîne pure et virginale. Dépouille de de ses pétales d’une odeur si suave , et fais atten-

tion à cqs corpuscules allongés, terminés par une tète assez grosse et pleine d’une poussière jaune : — ce sont les étamines, dont les filaments portent les anthères; et la poussière jaune que tes doigts en détachent au plus léger attouchement, est le pollen. Les étamines s’élèvent à l’entour d’un autre organe central compliqué qui est le pistil , dont la base grossie renferme tout-à-fa.it vertes les graines ou les ovules de la plante , et reçoit pour cela le nom d’ovaire ou de fruit. La petite colonne dans laquelle se prolonge insensiblement cette base, est le style, également terminé par une tète assez volumineuse, spongieuse, qui est le stigr mate. Maintenant, choisis, si tu veux, d’autres fleurs, par exemple, celle de l’humble raiponce, dont je te reproduis ici la figure (fig. 2Q).

Tu y remarqueras aussi” : * ••

Un calice C ; ^

La corolle cl’u'n seul pétale conformé en manière de clochette P; .

Les étamines E, dont les filaments sont trèscourts, — les anthères au contraire très-allongées; Le pistil avec l’ovaire O,

Et à l’extrémité opposée le stigmate S. ,•

II. Mais je laisse désormais ta patiente curiosité répéter une semblable analyse sur d'autres fleurs, et la finesse de ton esprit reconnaître — sous une variété infinie de forme, de nombre, de distribution, — la présence constante de ces organes.

Il importe maintenant que tu saches que quelques espèces, comme le palmier-dattier, la vallisneria (1), le mais, portent séparément • .

(1) Genre de la famille des Tallisnériées formé par Micheli et dédié à. Vallisneri, botaniste Italien de la fin du XVII 8 siècle et du commencement du XVIII 3 . — Le type de ce genre, la Vallisnérie spirale, Vallisneria spiralis ( Linné ), est depuis longtemps célèbre à cause des phénomènes merveilleux, et, s'il était permis de le dire, admirablement instinctifs, qui accompagnent et amènent sa fécondation fDict. univ. d’Hist. nat.J. Ces plantes, très-variées, qui croissent au fond des eaux douces, sont souvent abondantes au point d’empécher la navigation dans les canaux et les rivières du midi de l’Europe, dans l’Amérique du Nord,- aux Indes et h la Nouvelle-Hollande. Il faut tous les ans les couper sous l’eau, h grands

des fleurs avec des étamines seules et des ' fleurs avec des pistils seuls. Dans le langage *

% „ 1 * frais. — M. le D r Ferd. Ilœfer donne, des phénomènes qui accompagnent la fécopdation de la Vallisneriq, une description dont voici les principaux traits:

Les fleurs sont de deux sortes, les unes mdles , les autres femelles, sur des pieds différents. Une hampe ou un long pédoncule filiforme, resserré en spirale* se termine par une seule fleur ; lorsque celle-ci est prête à s’épanouir, la spirale se déroule jusqu’à ce que la flour soit à la sirrface de l’eau. Elle s’allonge, se racourcit, à mesure que l'eau s’élève ou s’abaisse, Dèà que le calice est entr’ouvert, que l’ovaire, surmonté de ses trois stigmates, aspire après le moment de la fécondation, on voit aussitôt les fleurs mâles en grand nombre, et ne tenant à rien, voguer à la surface de l’eau, et, comme par instinct, se rapprocher des femelles, lancer sur elles, de leurs Jeux étamines, le pollen qui doit fes rendre fécondes. D’où viennent ces fleurs çnâles? Si nous les observons dans ie fond de l'eau, leur premier séjour, nous les verrons d’abord réunies et fixées sur un petit épi conique, soutenu par un court pédoncule. Quel est donc l’agent secret qui les avertit du moment'favorable pour briser leurs liens et venircélébrer leur hymen ? Aucun mouvement mécanique ne peut leur être imprimé par les femelles qui sont isolées. Il n’y a donc que les étamines qui, sur le point de répandre leur poussière, les sollicitent de se fendre à la surface de l'eau. Alors, sans doute, les sucs alimentaires s'arrêtent à leur point d'attache ; le pédoncule se dessèche, et la fleur devient libre; et par une de ces combinaisons dopt on ne peut trop admirer la sagesse qui les dirige, l’anthère est à son point de perfection, au moment même où ejlo devient nécessaire au pistil. L’hymen accompli, les fleurs mdles se flétrissent et meurent, la fleur femelle fécondée est ramenée par sa spirale au fond des eaux; c’est là. qu’elle mûrit ses semences.

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des botanistes, celles-là sont les mâles parmi les fleurs, celles-ci les femelles. Les unes et les autres sont également nécessaires pour l’accomplissement du grand oeuvre de la pro* pagation des plantes, d’où vient que dans la majorité • des cas , on trouve réunies en une meme fleur les clamines autour du pistil ; — ou bien lorsque ces organes sont séparés, la nature, par des moyens divers, pourvoit à leur rapprochement indirect. Les fruits n’atteignent pas à une complète maturité, les ovules renfermées restent stériles, si dans le parenchyme de la jeune graine, à l'aide du stigmate et du style, ne pénètre'pas la matière du pollen. Nos paysans en font quelquefois une triste expérience , lorsqu’ils coupent sur la tige du maïs la sommité qui porte les petites fleurs mâles, avant que les longs styles de l’épi, les barbes, aient reçu le pollen mûr que l’agitation du vent fait tomber. Dans les dattiers la séparation des fleurs mâles et des fleurs femelles est encore plus complète, car elles sont portées non pas par les parties différentes d’une môme plante, comme dans le maïs, mais par des plantes tout-à-fait distinctes et séparées. A cause de cela les Arabes — auxquels le fruit sucré et féculant du dattier sert comme à nous le pain , — plantent à proximité des palmiers

femelles, quelques palmiers mâles, ou bien suspendent aux feuillages de ceux-là quelques rameaux portant des fleurs mâles à maturité.

Le vent qui les agite, les oiseaux , les insectes qui les secouent, répandent dans l'air, sous forme de poussière très-légère, les granules du pollen en si forte quantité, que la chute de quelques-uns de ceux-ci sur 'les fleurs femelles, quoique fortuite, n’en est pas moins assurée. Un historien raconte que lors d’une invasion faite par les Turcs de la province de Bassora, les habitants contraignirent l’ennemi à battre en retraite, en lui livrant le terrain*après y avoir abattu les palmiers porteurs de fleurs mâles; la maturité des fruits se trouvant arrêtée sur les palmiers chargés de fleurs femelles, le seul aliment que pût fournir le pays vint de cette manière à manquer aux envahisseurs qui rétrogradèrent.

Si tu désires savoir comment agit Je pollen ,

— ce que les botanistes appellent poussière fécondante des plantes, par égard aux ovules,

— je puis te l’expliquer en deux mots. Parmi les cellules qui forment le parenchyme de l’ovule, il s’én trouve unie beaucoup plus grande que les autres, appelée sac embryonnaire. A la fleuraison complète, les granules du pollen mûr qui se détachent dos anthères parviennent

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sur le sligmale : chacun d'eux s’allonge en un petit tube très-fin qui pénètre dans le petit canal du style, plongeant directement dans l’ovaire où se trouvent réunis les ovules. Chacun de ceux-ci, et précisément le sac embryonnaire, reçoit l’extrémité du petit tube pollinique ; cette extrémité y dépose les germes de nouvelles cellules d’où tire ensuite son origine le petit embryon. Tandis que celui-ci s'organise, toutesles parties de la fleur devenues inutiles tombent : le fruit se développe et mûrit; les ovules qui y sont renfermés deviennent des graines; — et cette graine entre dans une nouvelle phase, dans une période de vie latenté, qui peut durer pendant des années, tant que ne se manifesteront pas les influences externes que tu connais bien, et qui provoqueront Pembryon à germer et à devenir une nouvelle plante. • -

ni. La pratique journalière des agriculteurs t’aura sans doute enseigné que la propagation des plantes peut s’effectuer par d’autres procédés. Une branche de saule ou de peuplier, nouvellement coupée et confiée à la terre, émet tout à l’entour de la partie ensevelie de la tige une multitude de radicules, et devient ainsi une plante indépendante qui développera de nouveaux rameaux/ Un procédé semblable

est celui du marcottage, d’un usage fréquent pour les plantes de nos jardins. On enlève à une branche une portion semi-annulaire d’écorce, et on applique tout autour de' la partie ainsi dénudée un petit .vase plein de terre végétale qui ne tarde. pas à recevoir lés radicules qui poussent de la blessure. Ces radicules prennent bientôt un si grand développement, que la branche est capable de vivre et de croître séparée de la plante mère. En d’autres occasions on a recours à des. moyens encore plus simples qui, bien que variés dans la forme, se réduisent en essence, à favoriser le développement des bourgeons détachés de la plante et placés en des conditions assez opportunes, pour four permettre d’émettre des racines. Quelquefois ces bourgeons,’ au lieu d’être enfouis dans le terrain, sont insérés dans des’ entailles pratiquées sur l’écorce d’autres plantes analogues où elles sont prises. C’est à l’aide de ce procédé que dans nos jardins on greffe sur les petites plantes sauvages, telles qu’elles naissent constamment des graines, une variété particulière de la même espèce ou d’espèces analogues, estimée pour la beauté et l’excellence de ses fruits. De quelle manière ces différents modes de propagation des plantes arrivent à des résultats certains, tu le comprendras facilement,

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si tu réfléchis à l’importance des bourgeons.

Dans notre commune manière de voir nous avons l'habitude de considérer chaque plante comme un individu. Si nous voulons, par exemple, établir une comparaison numérique entre les plantes d’un bois et les animaux d’un pâturage, nous comptons tant do troncs de celles-là, tant de tètes de ceux-ci. Cela n’est pas conforme à l'idée scientifique attachée au mot individu. Nous voyons dans Tes plantes une répétition continuelle des mêmes parties dont chacune renferme en soi les éléments de sà propre existence. Chaque bourgeon ou gemmule se développe en une petite branche tout-à fait semblable à la petite p.lante qui se développe de la graine. Il est donc beaucoup plus rationnel de concevoir les plantes non comme des individus, mais comme des agrégat» d’individus a.ussi nombreux que les bourgeons; — cette idée te paraîtra plus claire, quand tu apprendras à connaître de semblables agrégations parmi les animaux. Un ou plusieurs individus peuvent ensuite se détacher de la colonie originaire , pour vivre de leur vie propre, fonder et étendre de nouvelles colonies. Ordinairement ce sont les branches qui s'étendent hors de terre, qui. portent les bourgeons : quelquefois, au contraire, ce sont les rameaux souterrains, qui chez quel-

ques plantes grossissent par accumulation de matière féculente; — tel est, par exemple, le cas de la pomme de terre- commune. Rigoureusement parlant dono, les procédés q.ui nous semblent si nombreux et si variés, par lesquels les plantes se multiplient, peuvent être ramenés à deux seulement. La petite plante qui pousse de la graine se développe, et produit à l’aisselle de chaque feuille un bourgeon qui n'est autre chose qu’un véritable embryon, ou une petite plante en miniature, dont lés folioles sont portées sur un axe extrêmement court; chaque bourgeon se développe ensuite et atteint les derniers termes de sa carrière vitale par la production de la fleur, puis enfin par la formation de la graine. On peut donc dire que les plantes se propagent par bourgeons et par graines. Cependant cette distinction même perd do sa valeur réelle, lorsque l’on compare dans les commencents de leur formation l’embryon fixé ou le bourgeon, et l'embryon détaché ou la graine; — dans les deux cas, la production d’un nouvel organisme végétal se réduit à la formation d’une cellule qui en produit d’autres dans son intérieur, lesquelles se multiplient à leur tour, et, se disposant selon des lois données et déterminées d’avance, constituent un embryon.

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IV. A combien d’autres considérations trèsimportantes une simple plante ne fournit-elle pas la matière!- La disposition de ses différentes parties, — ■ comme des feuilles et des fleurs sur les tiges, des pétales sur les fleurs, — qu'à première vue tu jugerais arbitraire, capricieuse, sans aucun ordre, est, au contraire, régie par des lois rigoureuses, imprescriptibles. Les pétales que tu pourrais considérer comme des organqs tout-à-fait nouveaux, et sans analogie dans les plantes, ne sont cependant que des feuilles modifiées. Les étamines sont des pétales transformés, et rentrent encore comme tels, dans le type des feuilles dont ils .représentent l’expansion dans l’anthère, le pédoncule dans, le filament. . •’ ■ , ' • .

Je me bornerai à te démontrer l’analogie do nature quiexisteentre-les étamines et les pétales, en tirant parti d’une observation, très-vulgaire. Tu connais dans plusieurs espèces de fleurs de jardins, — dans les violettes, dans les roses, dans les camélias , — deux principales variétés, — l’une avec des fleurs simples, l’autrç avec de fleurs doubles. Dans cette dernière, le nombre des pétales est. beaucoup plus considérable que dans l’autre , moindre , au contrairej le nombre des étamines, et cependant, dans chaque espèce de plante, le nombre de ces

parties de la lleur est préfixé , ou à peine variable par suite de cas rares et exceptionnels, entre des limites très-restreintes. Or, d’après l’observation faite que si dans les fleurs doubles le nombres des pétales s’est accrû, celui des étamines a diminué en égale proportion, tu arriveras toi-môme à cette conclusion, que les pétales supplémentaires proviennent de la transformation d’autant d’étamiues.

V. La graine mûre est un embryon formé de parties distinctes , rendues parfaitement manifestes dès les premiers moments de la germination. Ce sont :

1° Une gemmule qui s’élance en haut et devient la partie aérienne de la plante;

2° Une radicule qui s’enfonce toujours davantage dans le terrain;

3° Une ou deux feuilles embryonnaires, développées au point de former la masse principale de la graine.

Ces feuilles embryonnaires appelées cotylédons (1) sont d’une très-haute importance dans les premières phases évoLutives de la plante. Dans leur parenchyme se rassemblent des matériaux suffisants pour constituer de nouveaux

(1) Du grec cotulé, écuelle; on appelle aussi les feuilles embryonnaires, feuilles séminales.

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