‹ Lettres sur la Gréce, pour servir de suite celles sur l'EgypteChapitre 2 sur 34 · LETTRE # II I · texte numérisé non relu

LETTRE # II I

A bord.

No U s jouissons , Madame , du plus beau temps du monde. Le Ciel est sans nuages, et le vent du sud-est nous pousse directement vers le Port, où trndent nos désirs. Arrivés en haute mer, nous avons absolument perdu la terre de vue, et autant que les regards peuvent s’étendre , nous découvrons de toutes parts l’immensité des eaux , et la vaste étendue des cieux. Que ce spectacle est imposant !

Qu’il remplit l’ame de nobles idées ! Quoi !

c’est l’homme qui a fabriqué cette maison de bois à laquelle il confie sa fortune et sa vie ! Tranquille au sein de c°t abri fragile , qu’un ver peut percer, qu’un choc fait voler en éclats , il ose braver les fureurs de l’Océan ! Mais admirez les ressources de son génie. Il commande aux vents,, les enchaîne dans la toile, et les force de conduire à son gré sa prison flottante.

sur là Grèce. g

Voyageant d’un bout à l’autre de l’Univers sur d’immenses plaines, sans signaux pour le guider, il lit sa route dans le ciel. Une aiguille tournée vers le pôle , et la vue des astres , lui disent en qvel endroit du globe il se trouve. Des li n< s et des points que l’observation a lidèlei nt tracés sur le papier, lui marquent les iles , les côtes , les écueils , et son adresse sait les éviter. Qu’il tremble malgré sa science! Le feu des nuages s’allume sur sa tête, et peut embraser sa demeure. Des gouffres sont ouverts sous ses pas, et il n’a entre eux et lui que l’épaisseur d’une planche. A voir son assurance, ne diroit-on pas que cet être foible se crôit immortel? Cependant il doit mourir... 11 doit mourir pour ne revivre jamais.

J’ai l’honn. ur d’être , eto.

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LETTRE IV

A bord.

J’ai devancé, Madame, le crépuscule, pour contempler à loisir le lever du soleil. Ce spectacle, en pleine mer, est le plus ravissant que la nature offre aux regards de l'homme.

Je vais tâcher de le peindre , sinon avec toute la pompe qu’il exige , du moins avec le plus, de vérité' qu’il me sera possible.

Le temps est serein , l’air calme , la fraîcheur charmante. Un souffle léger , mais favo-. rable, nous fait voguer doucement. Rien netrouble le silence profond qui règne sur le& eaux. Il s’étend du couchant à l’aurore.

Quelques étoiles qui brillent encore au fir- . marnent vont bientôt disparoxtre. Déjà les premiers rayons du jour percent à travers la vapeur bleuâtre de l’horizon. La nuit retiréevers l’occident, rassemble ses ombres fugitives., L’onent se colore par degrés. Il lance à tra^

$ur la Grèce. 11 vers le vague des airs , des faisceaux de lumière qui tracent des bandes de pourpre sur la voûte azure'e. Chaque instant varie la scène. Les objets s’éclairent davantage. Les teintes, des couleurs deviennent plus vives. Mais quel spectacle étonne mes regards ! Mille gerbes d’or, parties d’un centre commun , se divisent dans les airs. Tout l’orient est en feu. Le soleil va paroître. J’apperçcis à l’horizon son. disque radieux. On diroit qu’il sort du sein de l’onde. Il a semblé poser un instant sur la surface liquide comme sur un trône. Quels torrens de flammes jaillissent de son sein !

les yeux en sont éblouis.. Comme il s’élève majestueusement au-dessus des eaux qui multiplient à l’infini son image ! Le voilà ce brillant flambeau qui remplit l’univers de sa clarté ! Sa présence ranime les êtres sensibles , et porte la joie dans les cœurs. Salut au plus bel astre de la création ! Gloire à la main qui lui traça sa route dans les cieux.

J’ai l’honneur d’être avec respect, etc.

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LETTRE V

r n q jours se sont écoulés , Madame f depuis notre départ d’Alexandrie , et nous avons toujours eu le vent en poupe. S’il eût souille avec un peu de force, nous serions près d’arriver à Candie ; mais il a toujours été si foible, que nous avons à peine fait la moitié de notre route. Je n’ai jamais vu la mer plus tranquille ; nous voguons sans roulis , sans secousses, comme si nous descendions le courant d’une rivière. Cette manière d’aller est fort agréable. Assis sous une tente qui met à l'abri des feux du soleil , rafraîchis par les zéphirs qui se jouent dans les cordages , nous avançons presque sans nous en appcrcevoir.

Malgré la lenteur de notre marche, si le même vent continue encore toute la nuit, demain nous serons à la vue de Rhodes, et de-là jusqu’à Crète , le trajet n’est pas long.

Jusqu’à cinq heures du soir, nous avons joui d’un temps superbe. Mais peu-à -peu l’occi-

sur la Grèce i5

dent s’est rembruni. Des vapeurs, d’abord légères, se sont étendues, amoncelées, épaissies. Elles forment une zone de nuages ténébreux qui, semblables à des montagnes, nous dérobent les derniers rayons du soleil couchant. Est -ce un présage de la tempête? Nos Marins l’appréhendent. Nous verrons.

J’ai l’ho»neur d’être , etc.

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LETTRE VI

A bord.

Nos craintes n’ctoient pas sans fondement, Madame, le vent est changé. Ce n’est plus le zéphir oriental qui nous conduit; Un torrent d’air débordé du couchant , l’a repoussé vers les contrées brûlantes de l’Asie , et s’oppose , comme une barrière * à notre passage* INous luttons vainement contre sa Violence. Les bordées sont désavantageuses, et nous reculons au lieu d’avancer. Des nuages épais nous dérobent la vue du soleil. La mer, sombre, couvre ses flots d’écume. Des vagues mugissantes battent les flancs du navire. Les vents sifflent horriblement dans les cordages; La toile trop tendue brise ses attaches qui rompent avec éclat. Les mats agités par un roulis violent, font craquer toutes les parties du bâtiment. Il semble à chaque instant qu’il aille se dissoudre*

SUR LÀ G REC È. l5

Tous les Matelots sont en mouvement. Le Capitaine leur donne des ordres en criant. Le plus expérimenté tient le gouvernail. D’autres tirent des cables. Ceux-ci, perchés sur le bout d’une vergue, plient une voile , et, balancés par le roulis du Vaisseau, décrivent des arcs de cercle dans les airs ; ils se cramponnent avec les pieds sur une corde , et travaillent des mains, au risque d’être emportés à tout moment dans la mer.

Depuis sept jours, Madame, nous n’avons Cessé de louvoyer , mais inutilement. Nou3 sommes jetés en arrière i et si cela continue , nous aborderons en Chypre ou sur la côte de Syrie. Ce contre-temps m’a appris que notre navire etoit mauvais voilier , et l’équipage qui le monte fort ignorant. Il n’est composé que de Grecs qui entendent mal la manœuvre, et l’exécutent avec lenteur. Jamais ils n’ont pu Virer vent devant, de manière qu’à chaque fois qu’ils changent les amures, nous perdons plus que nous n’avions gagné dans la bordée.

Le Capitaine n’est guère plus instruit. Il n’a pas une seule fois pris hauteur. On ne trouve à son bord , ni octan , ni quart - de - cercle, parce qu’il ne connoît pas l’usage de ces instrumens. La carte marine lui est étrangère.

11 ne mesure point la marche du vaisseau

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avec le loc. Enfin, c’est un vrai Patron de barque ^ qui se conduit à l’estime, le jour suivant le coirs du soleil, la nuit à la clarté des étoiles. Quand le ciel est embrumé , il se dirige, comme il peut, avec la boussole, dont il ignore même la déclinaison. Ne seroitce point un des Pilotes des anciens Grecs ?

Je suis tenté de croire qu’il étoit au siège de Troyes; que quelqu’un des Dieux de la fable l’a rendu r. la vie pour nous faire trouver vraisemblable les éternels voyages des héros d’Homère. Quoi qu’il en soit, je crains bien qye nous n’arrivions pas de si-tôt à Candie.

Le parti en est pris. Nous renonçons pour un temps à l’ile de Crète. Lassé de lutter inutilement contre la fortune contraire, mon Zanthiote vient de tourner la proue vers l’Asie mineure. Nous allons, dit-il, chercher un abri dans quelque Port ; et lorsque le temps sera plus favorable , nous recommencerons notre route. Il ignore en quel lieu nous allons aborder -, mais lorsqu’il aura gagné la terre , il fera tous ses efforts pour ne plus la perdre de vue. C’est ainsi que les Grecs naviguent, l’our moi , je commence à me repentir de m’être embarque avec un tel guide. Le sort en est jeté. Il faudra le subir.

J’ai l’honneur d’être, etc.

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sur la Grèce. 17

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