‹ Lettres sur la Gréce, pour servir de suite celles sur l'EgypteChapitre 21 sur 34 · LETTRE XXVIII · texte numérisé non relu

LETTRE XXVIII

La maison où nous logions n'est qu'a deux lieues de Palio - Castro , situé à la pointe du cap Drepassum. C’est ici que Murtius ( i ) y dans la carte ancienne qu’il a publiée, place le Muséum où se termina le fameux combat des Syrènes et des Muses. Il marque Aptère à peu de distance vers les montagnes. D’autres Auteurs prétendent que la situation de cette ville est désignée par quelques ruines qui restent à Palio - Castro. Ces opinions sont sans fondement. Strabon fait connoître, d’une manière précise, la position d’Aptére, en la plaçant à quatre lieues de Cisanum , qui lui servoit de port. Or , cette dernière ville se trouve au fond du golfe formé par le cap Spada et celui de Suse , à plus de douze lieues du promontoire Drepassum. Il est donc im-

( i ) Murtius , dissertation sur Elle de Crète.

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possible qu’Aptère ait été située près de cap. On s’cn convaincra en jettant un coupd’oeil sur la carte que j’ai donnée.

La - dureté de nos lits, Madame, ne nous, ayant pas permis de dormir long-temps, nous, nous levâmes avant le jour , et nous nous mimes en marche à trois heures du matin.

INous quittâmes notre gîte sans regrets, et nous ne songeâmes qu’à gagner la Cannée , dont nous n’étions éloignés que de cinq lieues. A. une demi lieue du village, il nous fallut traverser une rivière dont l’eau étoit profonde. Nous étions encore environnés des ténèbres de la nuit. .N os guides passèrent les premiers, et nous les suivîmes. Pour regagner la grande route, dont nous nous étions écartés la veille, nous traversâmes un pays montueux , où il se trouvait à peine un sentier frayé. Nous allions tous à la file et au petit pas. Au milieu de l’obscurité où nous étions plongés , les monts nous sembloient d’une hauteur effrayante, et un vallon paroissoit un abîme. Ces illusions se dissipèrent bientôt. Le jour parut , et nous commençâmes à distinguer les objets. Tout-à-coup, le soleil se montra comme un globe de feu , au sommet des montagnes. Son aspect réveilla nos sens assoupis, et dissipa les fantômes de la nuit. Les,

s .u r la Grèce. .

faisceaux lumineux qu’il répandoit , alloient au loin éclairer la icîme d’un rocher , dorer Je feuillage des arbres plantés sur les collines, ou le sommet d’une tour. Peu-à-peu il inonda la plaine de ses feux, et réjouit les regards par les magnifiques spectacles qu’il déploya de toutes parts. Alors l’homme ranimé , éprouve un sentiment de joie et de bonheur , et contemple dans un repos délicieux , les merveilles de la création. Le plaisir que produit la vue du soleil levant est universl. Tous les êtres l’éprouvent: Les oiseaux remplissent l’air de leurs champs : les animaux mugissent dans la plaine ; les agneaux bondissent en bêlant autour de leur mères ; les habitans des eaux s’élancent à la surface : chacun d’eux exprime à sa manière la joie qu’il ressent.

Lorsque nous eûmes gagné le grand chemin, nous découvrîmes le golfe de la Sude, et le château qui en ferme l’entrée. Au-delà, paroissoit la tête du cap Mélec, hérissée de rochers. Nous descendîmes dans la plaine qui conduit à la Cannée, et , à une lieue de cette ville, le Vice-Consul vint nous recevoir. On amena au nouveau Consul un beau cheval richement caparaçonné. Nous nous rangeâmes sur deux lignes, et .nous entrâmes dans les murs de l’antique Cydon. Les Turcs , en

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signe de re'jouissance , versèrent des flots de café sous les pieds des chevaux. Nous descendîmes à la porte de la maison consulaire.

Ici, Madame, finit ce voyage, pendant lequel nous visitâmes les endroits les plus curieux de nie. J’ai parcouru , depuis , un grand nombre de lieux qui méritent des descriptions, particulières. Je vous en ferai part dans le cours de ces lettres.

J’ai l’honneur d’étre, etc.

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sur la Grèce. 2SS

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