‹ Lettres sur la Gréce, pour servir de suite celles sur l'EgypteChapitre 22 sur 34 · LETTRE XXIX · texte numérisé non relu

LETTRE XXIX

T 1 A. ville de la Canne'e, Madame, est l’antique Cydonia. Strabon marque fort bien sa situation ( 1 ). Cydon , dit-il , est assise sur le bord de la mer , du côté qui regarde la Laconie. Diodore s’accorde avec ce Géographe, dans la position qu’il donne aux villes bâties par Minos l’ancien (2). Cnosse est située du côté de l’Asie ; Phæstus sur le rivage méridional, et Cydon à l’occident de Pile, en face du Péloponnèse. Cette situation répond à merveille à celle de la Cannée; et la géographie ne place de ce côté aucune autre ville considérable. Les Cydoniens jouissoient d’un port excellent , qu’ils fermoient avec une chaîne. L’entrée de celui de la Cannée, est fort étroite , et il seroit très-aisé de le barrer ainsi.

( 1 ) Strabon , 1 . 10.

(») Diodore 1 , 10.

2 66 Lettres

L’origine de Cydon est incertaine. (1) Etienne de Bysance dit qu’elle fut d’abord nomme'e Apollonia, de Cydon, fils d’Apollon, (a) Pausanias ert attribue la fondation à Cydon, fils de Te'géte,qui passa en Crète. Hérodote (3) assure qu’elle fut bâtie par les Samiens , et que les temples qu’elle possède sont leur ouvrage. ( 4 ) Alexandre enfin, au premier livre des Cretois , prétend qu’elle reçut son nom de Cydon , fils de Mercure. Vous voyez , Madame, que cette diversité d’opinions ferme tout accès à la vérité. Mais aussi, n’est-il pas bien important de connoître au juste le fondateur de cette ville ?

Nous savons qu’elle jouit d’une grande puissance , qu’elle fit face aux armes réunies des. Cnossiens et des Gortiniens , et qu’elle soutint la guerre contr’eux avec succès ( 5 ). C’étoit la plus grande ville de l’ile ( 6 ), et elle faisoit pencher la balance en faveur du parti pour lequel elle se déclaroit. Elle sou-

( i ) Etienne de Bysance. '

( 2 ) Pausanias in Arcadicis.

(3) Hérodote , 1. 3.

( 4 ) Scholiaste d’Apollonius , 1. 4.

( 5 ) Tite - Live.

(6) Phranzes , 1. 1 . ch. 36.

sur la Grèce. 267 tint des sièges fameux. ( 1 ) Phalecus , 'Prince des Phoce'ens , étant passé en Crète avec une flotte et un grand nombre de troupes , l’assiégea par terre et par mer, et il perdit de» vant ses murs son armée et la vie. Enfin Metellus, ayant subjugué l’ile, tourna toutes ses forces contre Cydon , et après beaucoup de résistance la soumit aux Romains.

Cydon occupoit l’emplacement de la Cannée , et se prolongeoit une demi-lieue au-delà du coté de S. Odero , où l’on voit , sur le bord de la mer, des restes d’anciennes murailles construites avec beaucoup de solidité. La Cannée, bâtie par les Vénitiens, n’a pas plus de deux mille de circuit. Elle est ceinte, du côté de terre , d’un simple cordon de murailles extrêmement épaisses , et défendues par un fossé profond et large, taillé dans le roc. En le creusant davantage, on feroit circuler la mer autour de ses remparts, sur lesquels on a élevé des cavaliers pour battre de plus loin dans la plaine. Elle n’a qu’une porte , celle de Rétimo , couverte par une demi-lune. C’est le seul fort extérieur. La ville est mieux fortifiée du côté de la mei\ La gauche du port a quatre batteries élevées

(6) Pausaaias in Phocicis.

' q6S Lettres •*

les unes au-dessus des autres , et munies de» grosse artillerie de fonte, aux armes de Venise. La première est à fleur d’eau. La droite n’est défendue que par un gros mur bâti sur la crête d’une chaîne d’écueils, dont il est dangereux d’approcher. A l’extrémité est un vieux château qui tombe en ruines. Au-dessous de ce château , les Vénitiens avoient construit de superbes arsenaux , voûtes en pierres. Chacune de ces voûtes a assez de longueur , d’élévation et de largeur, pour qu’on y puisse fabriquer, à l’abri, un vaisseau de ligne. Le terrein est en pente, et l’extrémité de ces beaux arsenaux est de niveau avec la mer , de manière qu’il était très-aisé de lancer les navires à l’eau. Les Turcs laissent dépérir ce grand ouvrage.

La ville de la Cannée est bien percée. Les grandes rues sont tirées au cordeau, et les places décorées de fontaines. Elle ne possède aucun édifice remarquable. La plûpart des maisons n’ont qu’un étage, et sont bâties en terrasse. Celles qui environnent le port, sont ornées de galeries dont la vue est charmante.. On découvre des fenêtres, le grand golfe formé par le cap Mélec et le cap Spada , et l’on voit tous les vaisseaux qui entrent ou qui sortent. Le port reçoit des bûtimens de

sur la Grèce. aSg deux cents tonneaux; et si on le creusoit, les plus grosses frégates pourroient y mouiller.

Son ouverture est exposée aux vents violens du nord , qui élève quelquefois les vagues par-dessus les remparts ; mais comme elle est étroite, et que le fonds est bon, les navires bien amarrés ne courent aucun danger.

La Cannée ne contenoit que cinq ou six mille habitans, lorsque Tournefort voyageoit en Crète. Aujourd’hui que les ports de Gira- Pétra, de Candie, de Rétimo sont comblés, les Négocians se sont retirés à la Cannée, et l’on y compte au moins seize mille âmes.

J’ai l’honneur d’étre , etc.

Lettres

ayo

Page 1