UNE VISITE AU ROI CUILIAUME I
fi)rmo lie jjouvernomoiit. Le prince comptait venir reprendre la succession des stathouders, et au lieu d'être le président d'une république, il allait se voir investi de l'autorité royale ; au lieu de continuer la série de ses aïeux , il devait prendre le titre de Guillaume I" et commencer une nouvelle dynastie.
Ce qu'il y a de remarquable dans ce fait , c'est que c'étaient les républicains eux-mêmes , les hommes attachés , il est vrai , à la maison d'Orange, mais partisans zélés des institutions démocratiques , qui abolissaient ainsi le gouvernement de leurs pères, et fondaient une monarchie. Ces hommes se souvenaient des cruelles dissensions qui , du temps de la république, avaient si souvent désolé la Hollande; ils craignaient de les voir éclater de nouveau ; ils craignaient les réactions de l'oligarchie, et un pouvoir ferme, unique, non divisé , leur semblait être la plus sûre barrière contre les ambitions déréglées et les périls de l'anarchie. C'est ainsi qu'en 1660, le peuple de Copenhague, las du conseil oligarchique qui prétendait faire un heureux contrepoids au pouvoir de la monarchie , renversa cette nwgistrature mensongère, et remit entre les mains du roi l'autorité absolue.
Quand la proclamation monarchique fut publiée , plus d'une voix s'éleva contre ce manilèste inattendu. La ville d'Utreclit le repoussa assez ouvertement, et les honimes du port d'Amster-
dam , malgré leur dévouement héréditaire à la maison d'Orange, firent entendre de sourds murmures. Ils chantaient ordinairement un chant populaire qui se terminait ainsi :
Al is onz prinsje nog zoo klein Al evenvel zal hy stadhouder zyn.
«•Quoique notre petit prince soit encore si petit, il sera pourtant notre statbouder. «
Ils ajoutèrent alors un vers à ce refrain, et s'en allèrent répétant le long des quais :
Dock hoeft geen souvercin te zyn.
<. Mais il ne doit pas être souverain. »
On dit que Guillaume refusa d'abord sincèrement d'accepter la dignité qui lui était offerte , et demanda à être tout simplement stathouder comme ses ancêtres ^ Mais les instances de ses conseillers surmontèrent ses scrupules, et l'enthousiasme général de la population pour lui étouffa bien vite les germes de dissidence que le manifeste royaliste avait fait éclater çà et là. Cependant, en cédant au vœu de ses principaux partisans, Guillaume annonça qu'en acceptant la
1 C'est un témoignage que plusieurs écrivains, notamment Bosscha, Van Kampen et l'auteur anonyme des f^crtrausie Brie/e, s'accordent à lui rendre.