‹ Lettres sur la HollandeChapitre 6 sur 10 · UNE VISITE AU ROI GUILLAUME · texte numérisé non relu

UNE VISITE AU ROI GUILLAUME

soiiYoraincté, il donnerait i\ ses sujets une constitution qui garantirait la liberté individuelle contre tout acte arbitraire. Le 2 décembre , il fut proclamé roi, et il organisa aussitôt une commission composée de (7uatnrze membres , et chargée de rédiger une charte constitutionnelle. Six cents notables', élus par les diverses provinces de la Hollande , furent ensuite appelés à voter l'adoption de cette charte qui, pour toute garantie contre les envahissements de la royauté, instituait seulement une chambre dont les membres devaient être nommés par les états provinciaux , et dont les séances devaient être fermées au public. C'était, à vrai dire, une chambre consultative plutôt qu'une assemblée de représentants selon nos principes constitutionnels. En vertu d'une telle institution , le roi était de fait roi absolu , et les députés ne pouvaient guère servir qu'à donner plus d'autorité à ses actes , en y ajoutant celle de leur nom. Le 50 mars, jour de la bataille de Paris, la charte hollandaise fut présentée aux notables ; il n'était pas permis d'en discuter les différentes dispositions ; elle devait être jugée dans son ensemble, et rejetée ou acceptée. Des six cents élus de la nation, cent vingt- cinq s'abstinrent de remplir leur mandat, les autres votèrent docile-

* Les Anglais, qui blâmaient l'ofpril monarchicjuc de celte révolution, conAiniuuiciit, parim iiilraduisiblc jeu de mots, lc8 notables, en écrivant nu uùles.

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ment , et la charte fut adoptée à la majorité de 448 voix contre 26.

Cette constitution , si vite faite , ne dura pas longtemps. Lorsque la Belgique fut réunie, par le congrès de Vienne , à la Hollande , des commissaires choisis dans les deux pays en rédigèrent une nouvelle ; il y eut alors deux chambres, une chambre des pairs, dont les membres étaient nommés à vie par le roi , et une chambre des députés, élue par les états provinciaux, mais dont les séances devaient être publiques.

La révolution de 1830, la brusque rupture de la Belgique avec la Hollande , devaient nécessairement apporter un second changement à la constitution de 1815. Nous n'avons sans doute pas besoin de raconter les différentes péripéties de cette révolution , la rapide et brillante campagne que les Hollandais appellent la campagne de Dix Jours (de Tiendaagsch Veldtogt), et la longue et monotone histoire des conférences de Londres. Mais de cette époque date pour la Hollande une i\re nouvelle , un nouvel esprit s'éveille parmi le peuple. Tandis qu'au dehors de son royaume Guillaume I^*" conserve en dépit des protocoles une attitude belliqueuse , au dedans l'opposition constitutionnelle , jusque-là timide, flottante , ayant peu de voix et peu d'échos, s'enhardit , se resserre, gagne du terrain. De là une lutte de sept années, lutte patiente et réfléchie entre un roi qui poursuit obstinément tantôt par la force, tan-

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ttM par des coïK'essions apparentes, le cours de son idée, et un parti qui clierche à faire prévaloir un autre système. De chaque côté beaucoup de calme avec beaucoup de ténacité , et à la fin de la lutte une réforme importante qui pourrait bien en amener encore d'autres plus décisives. Qu'il nous soit donc permis de rappeler des faits en partie déjà connus, mais en partie peut-être oubliés, pour en démontrer plus clairement les conséquences et en faire pressentir les résultats futurs.

Quand la nouvelle de la révolution belge arriva à La Haye , le roi avait encore à choisir entre trois partis pour prévenir les suites de ce grave événement. Il pouvait de prime-abord accepter cette révolution comme un fait accompli, et tâcher d'obtenir du pays insurgé les conditions les plus favorables pour la Hollande, ou ramener sous son pouvoir par de promptes concessions les provinces révoltées, ou enfin employer la force et les moyens de répression. Ce fut à ce dernier parti qu'il eut recours, et à voir l'empressement et l'enthousiasme avec lequel toute la Hollande accueillit son appel aux armes, on eût pu croire qu'en adoptant ce moyen rigoureux, il avait été bien inspiré. De tous côtés le cri de guerre produisit une sorte de commotion électrique. Jeunes et vieux, riches et pauvres, chacun se montra animé de la même ardeur et aspirant au même but ; chacun faisait à la patrie le sacrifice de son repos,

(](! ses biens ou de son sang. Les jeunes hommes de la Frise, à la taille élancée, aux membres robustes, traversaient le Zuyderzée le fusil sur lepaule, et venaient demander à combattre. Les négociants d'Amsterdam quittaient le comptoir et se faisaient enrôler dans la milice , et toute celle troupe de volontaires s'assemblait sous les ordres de ses chefs en célébrant dans ses refrains populaires la gloire de sa patrie et le nom de son roi. Depuis le temps où la Hollande défendait si glorieusement contre l'Espagne sa religion et son indépendance, on n'avait peut-être pas vu dans ce grave pays tant d'ardeur pour une même cause et tant d'unanimité. Lorsqu'en 1831, le prince d'Orange entreprit sa campagne de Belgique, il menait à sa suite plus de quatre-vingt mille hommes, et dans l'armée de mer il y avait un jeune officier sorti de l'hospice des orphelins d'Amsterdam, le jeune Van Speyk, qui donnait l'exemple d'un dévouement antique en se faisant sauter, comme notre valeureux Bisson, pour ne pas livrer son bâtiment ù, l'ennemi.

Cependant, en prenant les armes, la Hollande obéissait à un sentiment de fierté nationale vivement blessé , plutôt qu'au désir de reconquérir la Belgique. Et quel avantage pouvait-elle avoir à se réunir à ce pays, à part celui de former, par cette réunion, une puissance politique plus forte et plus imposante ? Son intérêt commercial demandait la séparation. Amsterdam et Kotterdam

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se réjouissuieiit ilt; n'avoir plus ù supixirtcr la concunvnce d'Anvers, et si, par son isolement, la Hollande perdait le produit des fabriques belges , elle souriait à la perspective de relever ses anciennes fabriques, d'en fonder de nouvelles, et elle allait avoir à elle seule la jouissance de ses Colonies. Puis, indépendamment de toute considération d'intérêt matériel, il y avait, de part et d'autre, entre les deux peuples, une sorte d'antipathie innée, un sentiment de méfiance, qui pendant les quinze dernières années n'avait fait que s'accroître , et qui rendait la rupture inévitable et irrémédiable. La Hollande accueillit donc avec joie le premier acte de la conférence de Londres , qui proclamait l'indépendance de la Belgique, et dès ce moment n'aspira qu'à terminer au plus vite les négociations diplomatiques, et à goûter les fruits d'une paix définitive. Le gouvernement semblait animé des mêmes intentions, et le peuple et le roi étaient alors en apparence parfaitement d'accord. Mais quand les conférences de Londres furent interrompues, quand Guillaume I" établit son long et opiniâtre statu quo, quand au lieu de dégrever son budget, il fallut le surcharger et entretenir, dans un état de paix apparent, des troupes nombreuses sur le pied de guerre , la Hollande, qui avait pris les armes avec enthousiasme, les porta avec ennui, et la seconde chambre , qui jusque-là avait sanctionné et secondé toutes les mesures des ministres, commença à en-

trer dans une opposition qui d'année en année devait prendre plus de consistance.

Dès l'année 1835 , cette chambre, au lieu d'encourager, comme par le passé , le gouvernement dans un système de résistance , formule dans son adresse des représentations assez énergiques sur les dangers du statu quo. Les membres de l'opposition blâment sévèrement la marche suivie dans les négociations , et les partisans les plus déclarés du ministère demandent avec instance des économies et un prompt traité de paix. Cette fois cependant le budget fut accepté à la majorité de vingt voix , mais la chambre rejeta la demande d'un emprunt destiné à couvrir le délicit de l'année. Dans la session suivante, l'opposition reparut plus nombreuse et plus ferme, et le peuple, qui jusqu'alors avait gardé beaucoup de réserve, le peuple d'Amsterdam, si dévoué à la maison d'Orange, se signala tout à coup par de violentes manifestations. Parmi les impôts récemment établis pour subvenir à l'entretien des troupes, il en était un qui pesait surtout sur les propriétaires de maisons. Plusieurs d'entre eux se réunirent dans le but de former une opposition énergique contre la nouvelle taxe. Le gouvernement, aux prises avec eux, eut recours d'abord à l'expropriation, et cette mesure excita dans la ville un soulèvement que l'autorité ne parvint à calmer qu'en employant les promesses et les moyens de conciliation. Plus tard, elle voulut remettre à exécution les ordonnances. Il s'a-

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