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LETTRE VII

MISS FÀINNY A M. DEVILLE.

Au château de Beauregard, i5juin 1821.

Madame Andrews soutient que je suis un prodige : mon père assure que ce que j’ai fait est admirable, et moi je le trouve détestable; qu’en direz-vous, mon cher M. Deville? c’est à vous seul que je m’en rapporte. Hâtez-vous de me donner votre opinion , et aidez-moi à faire mieux , en me disant en quoi j ’ai manqué. Je ne m’étois pas trop mal tirée de l’esquisse; mais en mettant la couleur, j’ai perdu tout-à-fait la forme : plus je peignois et plus je m’éloignois de l’expression du modèle. A quoi cela tient-il, mon bon M. Deville? je suis loin d’être dé-

eouragée; mais je sens combien vos avis me sont nécessaires. Guidez-moi donc pas à pas , et ne craignez jamais de m’ennuyer, ainsi que vous osez me le dire dans votre lettre. Vous avez remarqué probablement que j’ai été gâtée dans mon enfance ; mais vous ne savez peut-être pas que je commence à m’apercevoir du tort que cela m’a fait. Je n’en veux point à mou père, qui, retrouvant en moi les traits d’une épouse chérie, a cru trop tôt y reconnoître aussi les qualités de cet ange de bonté et de vertu, qui lui a été ravi à la fleur de l’âge. Elle m’a légué en mourant l’affection du meilleur des hommes ; c’est à moi à me rendre digne d’un si précieux héritage. Je sens que j’ai beaucoup à faire; mais si je ne parviens pas à réussir, je dirai avec le bon La Fontaine :

J’aurai du moins l’honneur de l’avoir entrepris.

Vous m’aiderez beaucoup dans ce projet : votre franchise m’inspire la plus grande confiance; et vous avez toujours eu le talent de me faire penser comme vous , toutes les fois qu’il vous a plu d’être intelligible. Vous ne l’êtes pas toujours, mon cher maître ; et votre imagination vous emporte quelquefois bien au-delà des bornes de la mienne.

Par exemple , j’ai vu sans peine que vous vous êtes un peu amusé de notre aventure de Blois ; mais je n’ai pas compris pourquoi vous avez souligné quelques mots empruntés à la lettre dans la quelle je vous en faisois part: expliquezvous là-dessus , je vous en prie. Envoyezmoi de la besogne ; dites-moi ce que vous pensez des essais que je vous adresse, et agréez la nouvelle assurance de ma reeonnoissance et de mon attachement.

Fanny.

SUR LA MINIATURE. 5l

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