‹ Lettres sur la Morée: l'Hellespont et ConstantinopleChapitre 4 sur 13 · LETTRE III · texte numérisé non relu

LETTRE III

Ile de Cérigo, port San-Nicolo.

Port San-Nicolo. — Eglise grecque. — Carrière antique. — Grotte ornée des talactites. — Catacombes creusées dans le roc. — Chambres sépulcrales , sarcophages , etc.

JNous sommes à Tancre auprès d'un vaisseau vénitien et de quelques bateaux grecs. L'aspect deTile (P/. i) est aride; les maisons, dispersées sur le rivage , sont protégées par un petit fort sur lequel flotte le pavillon vénitien. Un officier de cette nation , qui y fait sa résidence , nous a très-bien reçus, a procuré des rafraîchissemens à Féquipage , nous refusant cependant, je ne sais par quelle raison, la faculté d^aller à la petite ville de Cérigo , où demeure le provéditeur. Il nous a offert en dédommagement de nous faire conduire dans le reste de File , et nous a donné tous les renseignemens nécessaires à la recherche des monumens antiques dont nous désirions vérifier l'existence. Avant tout , il falloit se rendre compte des sentimens que nous avions éprouvés en approchant de cette île , et de notre désappointement lorsque

nous y ayons abordé ; il en est toujours ainsi des plaisirs en perspective : le point de vue doit être éloigné de Tobjet , car de près il se déforme.

Nous nous attendions à voir des contrastes , des oppositions frappantes. Une plage grecque si célèbre ne pouvoit ressembler aux rivages de la France ; cependant , hoi's le costume des habilans, rien ne nous sembloit changé, et les pentes arides des montagnes qui hérissent Cérigo avoient beaucoup dé rapport avec celles des environs de Marseille.

Ne nous en rapportons pas néanmoins au

premier coup d^œil , et cherchons à tirer parti de

ce qui nous entoure. J^avois déjà observé que

c^est presque toujours dans les édifices auxquels

on a mis moins de prétentions -que Ton recon-

noît le style et le goût propre d'un peuple , et

non dans la recherche et la pompe des grandes

compositions, qui ne sont trop souvent que

le résultat de pensées étrangères : de même

jqu'on ne peut juger des productions d'un pays

d'après les fruits venus avec peine dans les serres chaudes.

On nous avoit prévenus défavorablement contre les Grecs, que l'on nous dépeignoit comme devant être tombés au dernier degré de dégénération intellectuelle dans ce qui a rapport surtout aux arts du dessin ; quelle a dionc

Cliapelle Grecqtic à Cerigo

moû»*ii-" .".

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En suivant les bords de la mer, nous avons remarqué , à peu de distance du fort et sur le bord de la mer, une carrière d'où sans doute ont été tirées des pierres qui ont servi à la construction de quelque ville. On distingue les places d'où les blocs ont été détachés : ils ont été taillés carrément avec une patience infinie. Quelques unes de ces pierres , à en juger par le vide qu'elles remplissoient , dévoient être d'une grande dimension. Cette carrière présente un coup d'œil régulier : on la prendroit d'abord pour des restes d'anciens bains ou pour les banquettes d'un amphithéâtre. Le local avoit été bien choisi pour faciliter l'exploitation; et, quelque immenses que fussent les matériaux , il ctoit aisé de les transporter sur des radeaux à leur destination. Cette carrière paroît n'avoir servi que dans des temps très-reculés , à en juger par la couleur noirâtre du rocher et la nature du travail , qui n'a sûrement pas été exécuté par les Grecs modernes ni par les Vénitiens , dont les maisons sont construites avec les débris d'autres monumens.

Un peu plus loin se trouve une grotte formée par des stalactites : la voûte est appuyée sur une douzaine de piliers visiblement produits par fécoulement des eaux séléniteuses ; ils sont loin de ressembler à des colonnes de cristal ^

comme dans d^autres grottes (i) de la même matière, décrites par les Toyageurs : il est vrai que celle-ci sert parfois d'asile à des bergers et à des pécheurs qui y apprêtent leurs alimens.

Je me suis contenté , dans le dessin (P/. ///) que j'en ai fait, d'indiquer les piliers de rentrée , afin d'avoir plus .de champ pour représenter la vue du pays circonvoisin , qui ne donne pas une idée agréable de l'île de Cythère.

Leshabitans parlent d'un autre souterrain (2), dont ils racontent des merveilles ; il se trouve malheureusement du côté de Tîle qui nous est interdit.

Nous avons fait, un moment après, une découverte plus importante , c'est celle d'anciennes catacombes, dont aucun voyageur n'a, je crois, encore parlé ; elles sont taillées dans l'intérieur d'un rocher de plus de cent pieds d'élévation perpendiculaire, à la base duquel les flots viennent se briser , et qu'ils détruisent tous les

(i) Les grottes de Paros et d'Antiparos. ( A^q;^ez Tournefort , Choiseul-Gouffier^ Miladi Craven^ etc.

(a) Spon , dans son f^oyage du Levant , parle d'un noble Vénitien, commandant â Spalatro, qui ayoit été provéditeur à Cérigo, et en avoit rapporté des colonnes qui ressembloient à du marbre blanc transparent « et n'étoient que des stalactites tirées sans dente de ce souterrain.

Plan et Coupe des cliaiuln'es sfpnlclii'ales âe Ceriéi

l'Jaii et t oiipt» i\i»s clitaiiiDros scniiKm uxt-« m v ^m.^.-.

jours. Ce rocher forme rextrémitë d'une chaîne de montagnes , qui se prolonge dans Tintérieur de File vers le nord. Il est situé à peu de distance du fort de San-Nicolo , et du côté opposé il domine les ruines de Tancienne ville de Cythère. Il a fallu tourner ce rocher pour arriver au sommet , où nous avons reconnu une grande quantité de tombeaux artislement taillés dans le roc.

L'aspect extérieur de ces monumens ne présente rien de curieux ; il est difficile de deviner s'ils ont été assujétis à un plan régulier, un tremblement de terre ayant, dit-on, occasionné un affaissement qui a bouleversé le terrain. Plusieurs chambres sépulcrales de diverses grandeurs ont été fendues et séparées ; on en distingue cependant les parties correspondantes. Au milieu d'une plate-forme taillée également dans le rocher , on voit une masse carrée et isolée ; elle est d'un seul morceau : la partie supérieure qui est détruite , laisse apercevoir dans l'intérieur deux places qu'on y avoit creusées à côté l'une de l'autre , pour y recevoir les corps ; en face de ce cénotaphe , une porte taillée dans le massif de la montagne , donne entrée dans une vaste salle souterraine ÇPlanche If^^tfig. 2) , carrée , et entourée de cabinets que séparent des pilastres assez régulièrement espacés , les uns

isolés, les autres formant une espèce de cloison. Seroit-ce un temple consacré aux divinité infernales, ou Thabitation des gardiens des tombeaux? Quoi qu'il en soit, le plan de cette excavation diffère en tout de celui des chambres sépulcrales qui se trouvent au dessus , et où nous avons pénétré en gravissant à travers des monceaux de décombres qui en embarrassent l'entrée.

Voici ce que nous avons remarqué dans celles qui sont les mieux conservées, et qui, aux dimensions près , sont presque toutes semblables entre elles. En entrant , on trouve une chambre sans aucun ornement , qui paroît n'avoir servi que de vestibule : c'est dans la salle du fond (PL ly^ Jig. 1, eiPl.f^) que sont placés les tombeaux, ainsi disposés.

Dans la partie en face de l'entrée , et sous une arcade en plein cintre , on a creusé deux sarcophages parallèles entre eux, mais dont l'un est plus large et plus profond que l'autre de quelques pouces. Aux côtés du carré de la salle, sous des arcades pareilles , sont deux autres sarcophages, un seul de chaque côté : le tout est taillé dans le rocher. Il n'y avoit de rapporté que les dalles qui fermoient les ouvertures , et dont nous avons trouvé des débris. Ces dalles reposoient dans une rainure pratiquée à cet

-on.

iU S.

SUR LA MOREE. 27

«ffet. La proportion des arcs et des autres parties de ces chambres est régulière : le style en est sévère et d'une grande simplicité. Il n'y a ni moulures ni omementd'architecture, mais les parois intérieures paroissent avoir été enduites d'une couche de mastic extrêmement dur ^ et sur lequel on distingue , quoiqu'avec peine , des traces d'anciennes peintures au trait en rouge et en noir. Les ornemens ressemblent à ceux que l'on voit sur les plus anciens vases étrusques ou plutôt grecs (i); ce qui feroit remonter ces peintures à une époque très-reculée. Nous avons ensuite creusé le sol , et avons été arrêtés à deux pieds de profondeur par le roc. Nous pensions d'abord que cet exhaussement étoit formé par le sédiment des eaux pluviales ; mais nous nous sommes convaincus qu'il ne provenoit que de l'accumulation de la fiente des troupeaux et des cendres d'arbustes aromatiques qu'on y avoit brûlés; et même, en* remuant cette terre, il s'en exhaloit ime odeur forte et assez agréable. Nous avons trouvé quelques ossemens qui nous ont paru n'être que des os de brebis ou d'autres animaux domestiques. Ce qui nous a confirmé dans

(i) Ces vases, d*uu travail exquis, qu*ou a faussement considérés comme étrusques , sont ponr la plupart tirés de la Sicile et des fies de U Grèce. JLes Etrusques peuvent avoir imité ces vases; mais les Grecs en sont bien certainement les inventeurs. ( Fo^ez Graves et Paars ^ et la collection du chevalier Hamilton. )

l'idée que ces catacombes de Cérîgo avaient servi de retraite à des bergers , c'est d'avoir vu dans la plus vaste de ces chambres , des restes de petits murs grossièrement maçonnés, et qui n'ont pu servir qu'à la distribution de ces espèces d*habitations. A côté de ces chambres, on en trouve deux autres disposées suivant le même plan , avec la seule différence que , sur les côtés de l'arcade du fond , on a pratiqué deux petites niches en hauteur , qui paroissent n'avoir pu contenir que deis limes lacrymatoires , des lampes, ou plutôt des vases cinéraires.

Il est très - remarquable que , dans ces catacombes , ou plutôt ces hypogées pour des tombeaux, les Grecs ont pratiqué les mêmes trous cintrés qu'on voit dans les chambres sépulcrales des familles romaines , et que les Latins appeloient columbarium. Ce sont des niches creusées régulièrement dans les murs; elles contenoient les vases cinéraires. Il y avoit aussi au bas de ces mêmes murs des arcades plus grandes , sous lesquelles étoient les sarcophages. La différence la plus marquante de l'hypogée de Cérigo , est le double tombeau qui existe sous la même niche. Cette réunion de deux sarcophages , leur disposition parallèle , leur différence de grandeur et de profondeur, semblent indiquer qu'ils contenoient les coi-ps des époux ^ chefs de la famille.

SUR LA MOREE. :ig

tandis que ceux qui sonl situés aux côtés de la «aile dévoient être destinés pour les enfans. Quant aux petites niches creusées au fond de la :méme salle vers les angles , nous n'avons pas remarqué qu^il existât un vide intérieur , où le vase cinéraire dût être scellé comme dans les tombeaux des Romains. Ces vases , s'ils ont jamais existé, ne peuvent avoir été posés que dans le renfoncement de la niche , et non dans répaisseur du rocher, où nous aurions aperçu les traces.de leur violation.

J'ignore quelles idées les anciens attachoient aux différentes manières d'inhumer les morts. Pourquoi certains sarcophages contenoient-ils le corps entier, et d'autres ne renfermoient-ils que l'urne cinéraire ? Suivoit-on en cela les intentions du mourant ? ou étoit-ce une distinction , soit personnelle , soit fondée sur quelque opinion religieuse ?

Nous avons pénétré , en rampant , dans une grande quantité d'autres tombeaux : un seul nous a arrêtés ; il se trouve dans la partie la plus élevée de la montagne . Le rocher en face du sarcophage a une ouverture qui semble faite exprès pour servir de cadre au plus riche tableau. Les côtes de l'île forment un amphithéâtre dont la mer occupe le fond : elle présente un vaste horizon qui renferme plusieurs îles. D'un côté nous aperce%dons

3o LETTRES

la petite bourgade et le port de San-Nicolo ^ dont les rivages étoient animés par une troupe de pécheurs qui retiroient leurs filets ; de l'autre , les ruines désertes de Tancienne ville de Cythère se prolongeoient sur la pente de la montagne , depuis les tombeaux que nous venions de parcourir , et qui étoient sans doute ceux de ses habitans , jusque sur le bord de la mer ; enfin , pour compléter l'intérêt de cette scène, nous vîmes en ce moment se développer au large un convoi de vingt voiles , qu'un vent favorable poussoit hors FÂrchipel.

Cette même montagne , taillée à pic du côté delà mer, présente plusieurs petites ouvertures régulières , qui font présumer qu'elle est en entier creusée de la main des hommes. Ces ouvertures , qui appartiennent bien certainement aux hypogées , peuvent à juste titre s'appeler columbarium ; les Latins ne les nommoient ainsi qu'à cause de leur ressemblance avec les trous pratiqués dans les colombiers pour les nids des pigeons , et ce nom leur convient , surtout aujourd'hui qu'ils servent d'asile à de nombreuses familles de ces oiseaux.

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Cérigo.

Ruines de la Yille de Cjthère. — Restes du temple de Vénus. —Fouilles ; fragmens de statue. — Autres antiquités. — Costume des paysannes. — Chapelle de la Panagia. — Papas grec.

^N officier de la marine vënitienne , qui habite depuis quelque temps à Cérigo , nous a proposé àtnom conduire dans Tendroit où sont les restes da temple de Venus , que les habitans nomment le Palais de Ménélas. Le Papas ou prêtre grec qui dessert la chapelle de San-Nicolo , étant venu surnotrebordpours^acquitterde quelque devoir de religion auprès de nos matelots , s^est offert aussi de nous accompagner, de nous servir d'in- *erprèle et de sauvegarde, étant très-respecté dans l'île. Nous avons accepté ses offres avec plaisir, et nous nous sommes mis en route.

Après avoir côtoyé pendant quelque temps les bords de la mer, nous nous sommes arrêtés a considérer les débris de l'ancienne ville de ^ythère : plusieurs tours encore debout, et des l'estes de murailles en marquent l'enceinte ; U

plupart des autres édifices ont été renversés ou recouverts par les sables qu^une petite rivière amoncelé à son embouchure. Les ruines descendent depuis les catacombes jusques dans la mer : c^est là même qu^étoit la plus grande partie des constructions , dont on ne découvre que les sommités. On assure que , dans un temps parfaitement calme , la transparence des eaux laisse voir à une grande profondeur les restes d^anciens monumens.

Que de réflexions font naître ces grands bouleversemens de la nature ! Une ville engloutie, ses monumens supérieurs renversés, la mon-* tagne où ses habitans avoient éreusé leur der* nière demeure , fendue dans toute sa hauteur , montrant aux regards des sépulcres ouverts, et permettant aux rayons du soleil de pénétrer dans des lieux souterrains , qui n^ avoient été jusques alors éclairés que par des torches funéraires!.... Tel est le spectacle que présentent les ruines de la ville de Cythère. On doit regretter qu'un événement aussi remarquable n'ait point laissé de trace dans l'histoire , et que nous ignorions les causes physiques de cette catastrophe. Est-ce un tremblement de terre qui a fendu les rocs , enseveli cette rivière sous les sables , et affaissé une ville entière sous les eaux ? ou bien est-ce la mer qui , abandonnant ailleurs ses anciens domaines ,

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a usurpé les rivages de cette contrée?... Je me borne à citer les faits , et ne me permettrai pas d'aborder ces grandes questions , qui sont du domaine de la science.

Mous avons quitté ces ruines pour gravir les montagnes qui dominent la ville, et où nous devions trouver celles du fameux temple. Le chemin étoit fatigant , et frayé à travers des rochers blanchâtres , sur lesquels le soleil donnoit à plomb , et dont la réverbération nous incommodoit beaucoup. Nous avons traversé plusieurs gorges profondes et resserrées , où la végétation n^est pas abondante ; on nV rencontre que des oliviers , quelques vignes , et , dans le fond, de petits champs de blé. Nous avons suivi ensuite un joli ruisseau qui tombe , en cascade , des hauteurs ; il est bordé de lauriers-rose , de lentisques et de myrtes : ce sont les seules traces que cette île ait conservées, des bocages fleuris qui dévoient Tembellir lofsqu'elle étoit habitée par les Nymphes.

< On nous a montré àt loin une chapelle construite sur les restes d^mi^ancien monument : nous étions trop fatigué» pour nous détourner de notre route , et nous comptions d'ailleurs trouver à nous en dédommager amplement. Nous sommes enfin parvenus au but de noire voyage ( Planche f^I) ; mais quel a été notre étonne-

ment de n^apercevoir, dans un champ h qu'un petit nombre de colonnes d'uae pièce , rongées par le temps : leurs chapil manquoient ; leur base étant enfouie , il ëtoiti ficile de reconnoître à quel ordre d^archil elles appartiennent, et sur quel plan ce avoit été construit. Il en est de même d^:

sieurs autres colonnes et fragmens informâi^j ont servi à la construction d'une petite fiil située, ainsi que le monument, sur la plate4bj de la montagne. Ces colonnes s'élèvent du des sillons ; elles n'existeront peut-être paa temps : le tranchant de la charrue qu^elles barrassent les effleure sans cesse , les sape le pied , et Tignoraiit fermier se réjouira de ces respectables vestiges recouverts par de QOMj breux épis. • it

Ba côté le plus escarpé de la montagne ^ 4 existe une vaste chaussée qui servoit de base^jl rédifice antique : on y retrouve aussi des piein irrégulièrement placées , qui peuvent en être de débris employés à réparer les brèches par où h terre végétale, si précieuse dans cette île , auroi pu se perdre. Cette considération importàotN pour le laboureur, préservera cette chaussée ei les fondemens du temple d'une entière dei^ truction.

Dans cet endroit on a fait des fouilles : Aiotit

. Il»"

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Conducteur nous a dit qu'on en avoit retire des objets curieux, et qu'on avoit même découvert des chambres construites en marbre. L'excavation étoit en ce moment remplie d'eau : à travers cette eau nous avons cru apercevoir les fragmens d'une statue. En effet, nous sommes parvenus k retirer Une figure d'un beau marbre blanc , et d'une proportion plus forte que nature, mais malheureusement très-mutilée : on n'en distinguoit que les épaules couvertes d'une draperie ; la tête , les bras et le reste du corps manquoient. Gomme elle étoit d'ailleurs trop pesante pour que nous fussions tentés de l'enlever , nous l'avons laissée sur la place. Peut-être fera-t-elle naître à d'autres voyageurs, plus curieux, le désir de continuer des fouilles qui peuvent devenir intéressantes , ces tronçons de colonnes , cette statue indiquant l'existence d'un monument de quelque importance (i).

(i) Cet emplacement parolt être celui du temple de Vénus* XJranie ^ dont Pausanias ùit mention (/i^. ///, cd^. a3)» et qui étoit le plus ancien de tous ceux qui avoient été construits en l'honneur de cette déesse, dans la Grèce. On y yoynit une statue de cette dirinité , qui la représentoit tout armée. Spon et Wheler ont yn ce temple , qui est situé assez ayant dans l*tle; mais ils n*en ont pas donné la description.

Les ruines qui font sur le bord de la mer , près des catacombes , sont celles de l'ancienne yille de Cythère , qui étoit éloignée d'en-* yiron dix stades de son port , appelé Scandée, Ce port parott étr« k même que celui de San-Nîcolo^ et par conséquent la petite yiU^

Dans le reste de File on peut trouver , nous a-t-on dit, d^autres antiquités ; on nous a parlé d'une ville antique , appelée , par les Grecs modernes, Paleocora (c'est-à-dire, T ancien lieu)^ où il se trouve des débris de mosaïque, des médailles , des pierres gravées que les paysans vendent aux étrangers. Un Anglais qui nous avoit précédés de peu de temps, avait recueilli un grand nombre de ces objets : nous n'avons trouvé qu'une médaille grecque , assez mal conservée eX de peu d'intérêt.

Notre curiosité n'a donc pas été satisfaite , ce que nous avons vu ne répondant pas à Tidée que nous nous en étions formée. Aussi n'avonsnôus pas regretté de quitter ces lieux lorsque nous avons entendu un coup de canon , signal convenu pour nous rappeler à bord. Ayant distingué, avec nos lunettes , que l'équipage se disposoit à appareiller, nous sommes redescendus à la hâte par le même chemin. On s'est embarqué aussitôt ; le bâtiment a été toué hors du

de Scandée peut être représentée par le fort et le petit village qui entourent le port. { Note communiquée par M, Barbie du Bocage f membre de C Institut de France, ) *

* Mous a'avons pas de plan Aii».\\\é de l'He de C^rigo. M. BarbU da Boea^ a bira Toulu, d*après les renseignemens que je lui ai fournis, en dreuer un de cette portion de l'fle ( PEanrA* ^//); quoiqu'il ne soit pas d'une exactitude mathématique, il indique cependant la position respect ire des monumens que nous arMU visités, «t. ▼itnt à l'appni de l'opinion exprimée par ce savant géographe.

SUR LA MOREE. 87

port par des caïques de pécheurs , et, le yent se trouvant favorable , on a mis à la voile.

J^onbliois de vous décrire le costume des paysannes de Cérigo {Planche P^III) ; il nous a paru remarquable , en ce qu'elles ne sont pas rêbsÈsà la longue comme les autres Grecques ; âes ne portent qu'une espèce de soubreveste , Ibrt^Mnrte et ouverte par-devant. Cet habille-

;./ ment diuère peu de celui des hommes : la large ; culoMe ou cafian descend seulement plus bas; le voile. dont elles se couvrent leur entoure la tête i et ne laisse voir que leurs yeux.

Dans mon dessin , je les suppose approchant avec respect d'une petite chapelle dédiée à la Vierge f nommée la Panagia (toute sainte ) , et ▼en jjnt y faire quelque offrande : des vases déjà gûnis de fleurs ornent la tablette en saillie , où pdrfois on vient dire la messe. J'ai fait entrer dans ma. composition un Papas ou prêtre grec, dcinl l'ajustement consiste en une tunique, un sviCUNUit bleu bordé d'une fourrure , et un bonnet dï^ilatre noir. On rencontre fréquemment de CÉÉ diapelles en Grèce, sur les routes, dans les

• boifl^y et jusque sur la sommité des rochers.

. • 'v.£Be8 servent de but à des pèlerinages , marquent

. etfrtàins événemens extraordinaires, et même aiir^aleux.

Napoli de Malyoisie.

Dider turc. — Description de la yille et de la forteresse do Malvoisie. — Costume des femmes. — Visite de l'Aga.

Nous étions déjà éloignés d'une quinzaine de lieues de Cérigo et en vue de l'île de Milo ( Fancienne Mélos ) , lorsque le vent a tourné. Ayant louvoyé toute une journée sans pouvoir avancer davantage , on s^est vu forcé de mouiller dans la rade de Napoli de Malvoisie , sur la côte orientale de la Morée ,* et dans le voisinage de Fantique Epidaure (surnommé Uméra (i). La rade de Malvoisie est vaste, entourée de montagnes, et fermée par le rocher isolé sur lequel est bâtie la ville, dont nous étions éloignés de plusieurs milles.

(i) Il ne faut point confondre V Epidauros' Limera des anciens j aTi?c V Epidauros, bien plus célèbre ^ qui étoit dans le golfe Argolique. C'est â cette dernière^ que le temple fameux d'EscuIape appartenoit. Il y en avoit un aussi à Epidauros-lMnera de la Laconie; mais, loin d'être célèbre, nous ne le connottrions pas, si Pausanias ne nous Tavoit pas indiqué , en remarquant que l'Epidaure laconique étoit une colonie de l'Epidaure argolique.

SUR LA MOREE, Sg

Le lendemain malin nous avons débarqué .

impatiens de visiter une ville turque.

Nous cheminions paisiblement sur la plage , lorsque nous avons vu plusieurs cavaliers richement vêtus accourir avec rapidité en brandissant leurs armes d'un air menaçant ; ils étoient suivis d^esclaves à pied, également armés. Ils nous ont aussitôt entoiurés en poussant de grands cris. Le passager turc qui nous accompagnoit , et dont le turban vert leur a inspiré du respect , les a harangués , leur a dit qui nous étions , et leur a déclaré que nos intentions n' étoient pas hostiles. Ils nous ont alors salués d^uii air plus doux, ont mis pied à terre , et se sont assis en cercle sur le sable , nous engageant à les imiter. Aussitôt les esclaves ont présenté des pipes à la ronde , en signe de raccommodement ; puis on a causé quelque temps sans trop s'entendre. Ils ont ensuite remonté à cheval pour aller reconnoître le bâtiment, et nous ont laissé continuer notre route. Les habitans de Malvoisie prennent ces précautions dans la crainte d'être surpris par les Maltais.

Après environ deux heures de marche , nous sommes arrivés à la ville. Elle est située sur le penchant de la montagne , du côté opposé à la rade , et communique à la terre ferme au moyen d'un pont d^une douzaine d'arches , fondé sur

4o LETTRES

une chaussée qui le met à F abri des atteintes de la grosse mer. Cette construction hardie paroît avoir été faite par les anciens , et est digne d'eux ; mais elle a été réparée à différentes époques. Ce pont est défendui par une tour , sur la porte de laquelle se voit encore le lion de Saint-Marc, sculpté sur une table de marbre blanc, les Vé-^ nitiens et les Turcs ayant tour à tour possédé cette île. Ce chemin, le seul qui conduise à la ville , est taillé en pente douce autour du rocher. On y rencontre de distance en distance , sur le côté , des tombeaux situés comme autrefois hors des édiles et sur le bord des routes. '

Notre interprète n'a pas eu de peine à nous procurer l'hospitalité ; plusieurs personnes nous ont offert leurs maisons : étant entrés dans la plus apparente, nous y avons trouvé avec plaisir une estrade garnie de coussins pour nous reposer.

En attendant le dîner, Ton nous a apporté le café. Prévenus qu'il étoit fait tout différemment du nôtre, et que l'on ne pouvoit le refuser sans impolitesse , nous y avons goûté ; il étoit épais comme du chocolat, et sans sucre. Les Turcs , au lieu de broyer le grain, le pilent, et le servent avec le marc ; la qualité de ce café , à en juger par Tqdeur, paroissoit bonne, mais le goût en étoit fort désagréable. L'on a distribué des pipes : il a fallu

filmer OU du inoins en faire semblant. La chambre n'étoit rien moins que magnifique : des coussins, des nattes, des pipes , des armes suspendues aux murs , et des vases pour différens usages , posés sur des tablettes , en formoient tout Tameublement.Dans le fond de la salle se trouvoient des Turcs qui jouoient à une espèce de trictrac ; ils ne se sont nullement dérangés, et quoiqu'ils niaient pas souvent Toccasion de voir des Francs, ils ne témoignoient pas beaucoup de curiosité .

On nous a bientôt apporté le dîner ; il étoit composé de petits pains sans levain , et à peine cuits; de morceaux de poissonsalé, qui nageoient dans Fhuile ; de raisins et de figues sèches , enfilées en forme de chapelet. Il falloit avoir la faim quW exercice violent nous avoit donnée , pour trouver cela mangeable ; quant au vin , il avoit un goût d'aromates si étrange , que la plupart d'entre nous ont été obligés de se contenter d'eau pure. Nous n'en étions pas moins touchés de la bonne intention de notre hôte , et honteux de montrer du dégoût pour des mets qui , à la vérité , n'étoient pas appétissans , mais que la manière obligeante dont ils nous étoient offerts , eût dû nous faire mieux agréer. Il faut aussi observer que nous n'étions pas dans une auberge : on ne les connoît guère que dans les

grandes villes , et Ton nous a assurés même que dans l'intérieur du pays , très-peu fréquenté par les voyageurs, l'ancienne hospitalité étoit observée dans toute son étendue. Nous avons cependant payé notre hôte , qui s'est offert de nous faire voir la ville et la citadelle ; il nous a menés par un chemin escarpé, à travers la ville haute, qui n'est qu'un monceau de ruines. On aperçoit partout les traces dévastatrices de la dernière guerre : les murs sont criblés de boulets et noircis par l'incendie ; les rues sont jonchées de débris de bombes. La citadelle qui couronne la cime des rochers , est en mauvais état ; quelques couleuvrines , démontées de leurs affûts et à moitié entertrées, sont remarquables par leur grandeur , et surtout par leur inutilité ; il n'y a pas , je crois , un seul canon en état de servir, et les habitans de la ville ne songent nullement aux dangers auxquels les expose leur insouciance.

En redescendant de la forteresse , nous avons rencontré deux femmes turques qui aussitôt ont pris la fuite ; elles étoient enveloppées en entier dans une grande capote de coton blanc :

on ne voyoit que leurs yeux ; le reste de leur visage étoit voilé ; leurs pieds étoient chaussés de brodequins de maroquin jaune ; grandes , bien faites , elles paroissoient jeunes , à en juger par la grâce et la vivacité de leurs mouvemens.

SUR LA MOREE. 4^

W curiosité les portoit à se retourner à tout nvoment pour nous examiner, mais toujours en fuyant. Ce sont les deux seules femmes que nous ayons rencontrées dans la ville ; quelques autres cependant tâchoient de nous voir de dessus leurs terrasses et à travers leurs jalousies ; mais elles se retiroient aussitôt que nous les regardions.

De retour à notre bâtiment, nous avons eu la visite de l'Aga , gouverneur de la ville : nous nous sommes empressés de lui offrir la pipe et le café fait à la manière de France , qu'il n'a pas trouvé aussi mauvais que nous nous y attendions ; il a accepté nos cadeaux , qui consistoient en boîtes de confitures sèches , fromages , etc. , et il nous a surtout demandé de l'onguent d'Europe pour les blessures. Nous avons cherché les moyens de l'amuser : on lui a montré des dessins de paysage auxquels il n'a rien compris ; mais , à la vue d'un portrait en miniature , il a témoigné son étonnement et sa satisfaction par les gestes les plus expressifs; il vouloit absolument le garder ; il l'a rendu avec regret , et a même renvoyé son janissaire avec une bourse pour qu'on le lui vendît. Toute représentation de figures humaines étant proscrite par leur religion, il est possible que ce portrait fût le premier qu'il eût vu : on le croiroit ainsi , à en juger par la surprise et le vif désir qu'il a mon-

très de l'avoir en sa possession. Au reste , il nous a promis sa protection , et nous a offert un janissaire pour nous accompagner ^ans nos promenades.

sua LA. MOBÉE. ^S

N»poIi de Malvoisie.

Coup de yent ; ses effets. -— Constructions antiques en polygones ii^éguliers. ^^ Tour ou maison de plaisance turque fortifiée.

r^ous avons été retenus pendant trois jours à bord par un coup de vent si violent , quHl étoit impossible dé mettre les chaloupes en mer. On a heureusement eu le temps de porter trois amarres à terre. Malgré cette précaution et les ana*es sur lesquelles nous étions affourchés, nous avons craint d'être jetés à la côte. La tourmente étoit telle , qu'on ne pouvoit se tenir sur le pont sans danger : les vergues étoient abaissées ; néanmoins le vent couchoit le bâtiment sur le côté ; il soulevoit les flots à une grande hauteur, les brisoit, et Teau éparpillée retomboit en bruine que le soleil coloroit des teintes brillantes du prisme.

Pendant la durée de ce coup de vent , les objets les plus éloignés sembloient se rapprocher ; on les distinguoit de Tœil aussi nettement que si on les eût vus à travers d'une excellente

lunette ; et le ciel étoit tellement dégagé de vapeurs qu'il paroissoit d'un bleu presque noir.

Cette remarque nous a conduits à parler d'un phénomène qui avoit été parmi nous le sujet d'une fréquente controverse entre les artistes et les sa vans.

Les derniers prétendoient, par la décomposition des rayons solaires dans le prisme , prouver qu'il résultoit du mélange des trois couleurs primitives , le bleu , le rouge et le jaune , des rayons blancs ou sans couleur.

Les peintres au contraire , par le mélange des trois couleurs les plus transparentes et les plus pures qu'ils peuvent employer, obtenoient le plus beau noir possible. On leur objectoit qu'il y avoit loin des nuances célestes et impalpables de l'iris avec nos teintes opaques et terrestres ; mais ils répondoient qu'il y avoit une plus grande différence encore entre le blanc et le noir.

Au reste, ajoutions-nous, les vapeurs suspendues à la surface de la terre doivent détériorer la couleur des rayons solaires , tout autant que la matière opaque des couleurs terrestres nuit à leur transparence; cependant plus il y a de brume dans l'atmosphère , plus la teinte de la voûte céleste est d^un bleu clair et blanchâtre , tandis que ce bleu devient de plus en plus intense , à

SUR LA MOREE. 4?

mesure que les vapeurs se raréfient ; et s'il n'en enstoit pas du tout , le bleu se convertiroit en noir.

Or, en ce moment, le ciel étoit d^une pu* reté très - extraordinaire ; tous les rayons du soleil , confondus dans le vide , le traversoient sans obstacle, et la voûte céleste, d^une uuance approchant du noir, nous sembloit être d^une profondeur incommensurable.

Cet exemple nous paroissoit frappant d'analogie avec le résultat de la peinture ; mais , sHl ^'a pas convaincu nos antagonistes, il a au '^oins servi à charmer notre loisir qui nous P^^roissoit déjà fort long , car pendant la durée d« ce coup de vent, comme on ne pouvoit mettre ^^<^e seule embarcation à la mer, nous étions P^isodoniers dans le navire.

«Aussi , dès que la tempête a été apaisée , *^Oxjs nous sommes hâtés de nous faire conduire * "terre ; les flots mutinésa voient dépassé leurs *^*^itc8 ordinaires, ils avoient couvert la plage ^^ débris ; les parties les plus basses étoient ^^c<m:^ inondées , et le chemin de la ville étoit **^praticable.

Je me suis enfoncé dans les montagnes, cher-

^l^nt à surprendre des tortues que la chalenv

^^isoit sortir de leurs retraites. Cette chasse peu

^^tigante m'a conduit jusqu'à un plateau élevé »

situé au fond de la rade , où j'ai fait la découverte de ruines ( Planche IX ) qui n'avoient pas encore été remarquées , et qui sont un des monumens les plus curieux de la haute antiquité.

Du pied du rocher sur lequel elles sont situées, on les aperçoit à peine, parce qu'elles sont entourées de débris informes, à travers lesquels ont poussé des arbustes qui les dérobent aux yeux du voyageur, et que d'ailleurs elles sont en grande partie recouvertes par des lianes et des vignes sauvages. Aussi est-il difficile de reconnoître le plan général de cette constnic^ tion qui paroit cependant former un double rang de murs , dont les angles irréguliers suivent la forme de la montagne. Dans l'intérieur se trouvent plusieurs espèces de bâtimens ruinés : des restes de voûtes , des excavations qui pouvoient être des citernes , et d'autres édifices construits à des époques postérieures.

Je me suis attaché à l'examen des murs qui paroissent être ceux d'une vaste forteresse.. Ils sont composés de blocs considérables de grapit, dont la forme est celle d'un pentagone irrégulier, et qui sont en apparence entassés sans ordre , mais que par Texamen on reconnoit avoir été disposés d'une manière très - ingénieuse : ils sont joints parfaitement sans le se-

SUR LA MOREE. 49

secours d'aucun mortier, et la face extérieure en est si bien dressée et polie , qu'on peut juger que cette construction est le fruit d'une grande patience et de longs efforts.

Ce monument semble n'avoir pu être élevé que par des hommes d'une force extraordinaire, on diroit presque par des géans. Son antiquité doit remonter à une époque plus reculée que celle de tous les monumens qui sont bâtis par assises. Quand on pense aux forces motrices que Ton a dû y employer, on ne peut concevoir que les mêmes hommes , chez lesquels les arts étoient dans l'enfance, aient pu exécuter ce travail dont on ne pourroit même actuellement venir à bout qu'avec des moyens mécaniques très-puissans et bien calculés. On s'étonne que le même raisonnement qui leur a fait dresser aussi régulièrement la face extérieure de ces murailles , ne leur ait pas fait trouver plus simple détailler les pierres carrément, plutôt qu'en une forme irrégulière. Est-ce un résultat de l'art ? ou plutôt ne seroit-cc.pas la nature qui leur auroit indiqué ce moyen? En effet, plusieurs espèces ^t pierres 3, et même le granit, en se fracassant dans leur chute , tendent à se diviser en polyèdres , sur lesquels on reconnoît le poli de la Nature : souvent même un léger vernis indique ^^s bornes où s'arrête la force d'agrégation I. 4

5o LETTRES *

qui tient unies les- parties de ces solides. Plus les ëlëmens du granit sont homogènes et durs, plus la disposition pentagonale ou prismatique des morceaux se marque , et plus les subdivisions sont nombreuses et régulières (i). En conséquence , les premiers architectes , trouvant ces pierres toutes taillées , n'ont fait que les transporter^ et guidés par le mode que leur indiquoit la Nature, ils placèrent ces pierres selon Tanalogie de leurs formes, et construisirent des murs plus ou moins solides , suivant la nature des matériaux , leur volume , et le temps qu^ils pouvoient donner à ce travail ; ensuite , pour perfectionner ces ouvrages et les rendre propres à remplir Tobjet quHts se proposoient, c^est-à-' dire , à leur servir de barrière insurmontable contre leurs ennemis , ils taillèrent et apla-^ nirent les faces extérieures de ces murailles.

Il ne faut cependant pas confondre les constructions polygones avec celles , bien plus expéditives, qu'élevèrent souvent les anciens, et qui sont encore en usage de nos jours, telles que celles en pierres sèches ou en moellons, qui n'exigent d'autre attention que d'arranger ces pierres , et de remplir, avec du mortier, les vides qu'elles laissent toujours entre elles.

(0 RadMiid^ Fofrage êm Mont^Perd» H dans UsJfyrMei^

SUR LA MORÉE. 5l

Les constructions polygones de Malvoisie sont disposées avec tant d^intelligence , que non seulement tous les angles rentrans et saillans s'ajustent parfaitement , et se touchent sur tous les points sans laisser le plus léger intervalle, mais encore cet arrangement est soumis au calcul de la pondération : de manière que <^^s solides , s'appuy ant l'un sur l'autre , s'arcboutent mutuellement , et forment une combi* '^^ison à peu près semblable à celle de nos 'Coûtes , dont on croiroit qu'elles ont donné la l^.Temière idée. En effet , chaque solide , at- *^ndu sa forme pentagonale , se trouve pressé "^ans tous les sens par ceux qui l'avoisinent. Il ^n r&ulte un massif dont l'ensemble est si bien ^é , qu'il s en détaclieroit une ou plusieurs parties sans que la construction pût en souffrir, le centre de gravité ne répondant qu'à des lignes

transversales, et non à une ligne perpendicu--

laire , comme dans la construction par assises parallèles. Le travail nécessaire pour aplanir un plus grand nombre d'angles de toutes dimensions , est bien compensé par la réunion de deux avantages inappréciables , la plus parfaite solidité et l'économie des matériaux.

Pourquoi donc ce mode de construction a-t-il été abandonné ? Pourquoi ne le trouve -t-oa que dans les monumens de la plus haute antiquité ,

OU dans leurs foibles imitations , telles que Vopus incerfum et les routes militaires des Romains ? Seroit-ce parce que la construction par assises parallèles est d'une plus facile exécution ? ou bien, lorsque Tarchitecture s'est perfectionnée, a-t-on été choqué de Tirrégularité apparente des constructions polygones , et a-t-on préféré de bâtir par assises , dût-on perdre en solidité ce qu'on gagneroit en régularité ? De là vient peut-être qu'au lieu dé trouver, dans le principe de la constitution polygone , l'idée des voûtes , on a long-temps multiplié les colonnes pour soutenir les plafonds ; ce qui se remarque surtout dans les temples égyptiens , où cette multiplicité de colonnes devient choquante , et devoit même nuire au développement des cérémonies religieuses. C'est sans doute pour éviter cet inconvénient que les anciens laissoient découverts beaucoup de leurs temples. Au reste , je suis bien loin de regretter l'ancien mode de construction, du moins pour la plupart des monumens ; mais ne seroit-il pas à désirer qu'on •y revînt dans certains cas où l'élégance doit être sacrifiée à la solidité', par exemple , pour les fondations, les digues, les culées de pont, les murs de soutènement, et même ceux de fortification (i)?

(i) Ifatê communiquée ptsr Âf* Barbie du Bocage , relativement

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J'ai quitté avec peine cet endroit intéressant; mais un vallon peu éloigné m'appeloit sous ses ombrages frais. Il s'y trouve une mai- . son {Planche XI) ^ construite dans le goût italien, sur un tertre élevé, et entourée d'un beau ]ardin. Un bosquet d'orangers et de citronniers , . plantés en quinconce , m'offroit une promenade charmante sous des rameaux chargés de

corutrucUons <intiques , et aux lieux remarquables de la rade de MaLfoisie ( Plandàe X ).

« Je pense que la forteresse dont parle ici Tauteur, étoit la citadelle de raudenne ville &* Epidemms-Lùnera , qui, au rapport de Pàosanias ( Ub, III, a^. a3)« B*étoit pas éloignée de la mer , et avoit été construite sur une éléyation. Les ruines de cette forteresse « et celles qui l'entourent^ sont à peu de distance de la rille de MaJU/oisie, et par cette raison ^ les habitans du pays les appellent Palœa-- £mt*asîay l'ancienne Afalt^oùie , j^arce qu'ils nomment ^oA^oûie , JSmi/atia, "Ne connoissant pas les noms anciens de beaucoup de villes ruinées^ ils ont coutume de leur donner ceux des villes modernes , les plus voisines, en y ajoutant le prénom de uieux ou ancien.

» n paroit que la ville ^ Epidaurus" Limera s*étendoit au nord de la forteresse, dans la vallée où M. Castellan a remarqué des habitations abandonnées, et des fragmens de marbre. Si on avoit pu fouiller dans la citadelle, il est vraisemblable qu*on y eût trouvé les restes du temple de Minerve. Dans la ville , il y avoit aussi , suivant Pbnsanias, un temple dédié à Venus, et un autre à Esculape. Le port devoit ôtre à Tembouchurc du torrent qui arrose la vallée, et» en cherchant aux environs de cet endroit, on découvriroit certainement les fondations du temple de Jupiter- Sauveur^ qui donnoit son nom au port, si môme on n'en retrouvoit pas qoelque débris plus considérable. La grotte de cent pieds de p^fondcur, située sur le bord de la rade , me paroft représenter celle dans laquelle se réfugia le serpent d'Esculape , lorsque les Epidauriens de l'Argolide fondèrent cette ville. Enfin, ce qui achève de déterminer l'identité de l'emplacement de ces ruines , «▼ec celai de la yille d'Epiddunu-Zimera^ c'est que le voyageur a

fleurs et de fruits : là seulement régnoit quelque symétrie ; partout ailleurs toutes les cultures étoient distribuées suivant l'exposition d'un terrain inégal ou le caprice du jardinier.

On y trouve du blé , des vignes , un verger composé à*oliviers, de figuiers, d'amandiers et de cornouillers, ainsi que des massifs de trembles et de chênes d'une espèce particu* Hère (i), et dont le gland, plus gros que le

trouvé , daDS le lit du torrent inôme> des cailloux de couleur variée , seoiblables à ceux que Pausauias indique aux environs de cette ville. De plus^ le cap avancé eu mer, vers Torient, et sur lequel on voit une tour et des ruines , peut fort bien représenter le cap Minotiy qui étoit surmonté d'un château de même nom , protégeant un port appelé aussi Minoa,

» Jusqu'à présent on a pensé que le cap et le château de Minoa répondoient à Ttle dans laquelle est située la ville de Mahmisie , parce qu'on ne conuoissoit pas de cap marquant sur cette côte; moi-môme j*ai été de cette opinion; mais, lorsque je fais attention à ce que dit Pausanias , que Minoa est un cap près de la uiUe cTEpi" daurus-Limera ( Apx^ ) ^t non une tie, je ne fais pas difficulté de changer d*avis. Le texte latin de PtoJémée dit également que Minoa est un port et un cap. Strabon fait mention d'un fort ( ^povpcov ) du même nom, comme étant vobin d* JSpidaurus-Zimera, Toutes ces autorités réunies donnent lieu de croire que le cap que M. Castellan a visité à l'orient â! Epidaurus- Limera est le cap Minoa des anciens ; que les ruines qui sont dessus, sont celles du château de Minoa , et que le mouillage au bas , est l'ancien port du même nom. On ne placera donc plus ce fort de Minoa dans l'ile où est située la ville de NapoU du Malvoisie , parce que cette fie n'a jamais pu être un cap ; qu'elle a toujours été entourée d'eau , et qu'elle n'est jointe an continent que par un pont ou une chaussée sur arcades, faits de mains d'hommes. C'est même ce qui a fait donner à la ville qui y a été construite dans le moyen âge ^e nom d^Emuasia ou Monent*asia, c'est-à-dire , en grec , Ventrée ou qui n*a qii'une seule entrée.

(i) Chêne houx (- Quercus coccifera )•

SUR LA MOREE. 55

nôtre, est couvert d'une enveloppe épineuse.

Des cyprès élancés sembloient avoir été dispersés çà et là pour varier le coup d'œil ; enfin , le palmier Temportoit sur tous les autres arbres par la hauteur et la majesté de son port. Un <:anal et plusieurs réservoirs en maçonnerie avoient été disposés de manière à arroser tout le terrain; mais les ruisseaux des montagnes, que Ton ne se donne plus le soin de diriger, se perdent, et fournissent beaucoup moins d'eau. Ce vaste jardin est circonscrit par des rochers taillés k pic , couronnés de verdure , et qui en forment naturellement Fenceinte. I^ maison, qui est en assez mauvais état, avoit été construite et habitée par un Turc moins insouciant que ceux de sa nation. U a été envié , persécuté , ^t obligé d'abandonner cette propriété.

Auprès des principales villes de la Morée, on rencontre de ces maisons de campagne qu'on nomme des Tours. Effectivement , la plupart servent de forteresses. Je ne donne le dessin que de celle-ci : on y remarquera surtout les escaliers extérieurs qui sont séparés de la maison , et ne servent qu'au moyen de ponts-levis qu'on retire la nuit. Les fenêtres sont fort élevées, et percées du côté de la mer. Au-dessus des portes il y a des espèces de mâchicoulis qui servent à voir» Mjis s'exposer, les assaillans , et même à

leur nuire. Le mur qui se trouve en face du spectateur, et qui regarde la campagne , est seulement percé de petites ouvertures qui servent de meurtrières. Il y a , attenant à la maison , d'autres constructions propres à différens usages, telles qu'un four, des étables, etc. , entourés d'un murw Ces précautions sont nécessaires dans ce pays , habituellement ravagé par les guerres civiles et les brigands.

Les ruines désertes que nous renc on trions à chaque pas , et dont les habitans, par trop exposés, devenus pasteurs de cultivateurs qu'ils étoient, se sont retirés avec leurs troupeaux dans des cavernes où l'on n'arrive que par des chemins qu'il est facile de défendre et de rendre impraticables, nous ont prouvé la méfiance qui existe dans toute la contrée. L'examen attentif de la maison isolée qui étoit sous nos yeux, nous a montré jusqu'à quel point cette méfiance est por* tée , non seulement contre les étrangers , mais encore de quelles précautions ils usent entre eux.

Cette maison, de peu d'étendue (la plus grande dimension est de neuf toises), est composée de quatre grandes chambres , dont trois à cheminées, mais sans aucun dégagement ni communication entre elles. Chacune a son enrtrée particulière, à laquelle on aboutit, comme nous Pavons déjà observé , par des escaliers

SUR LA MOREE. Sy

extérieurs, détachés des murs, et sur lesquels on abat des ponts-levis qui se relèvent au moyen d'un contre-poids. Les habitans de ces chambres, quoique voisins, se trouvent ainsi isolés; et, loin de se réunir pour la défense commune , ils semblent se méfier les uns des autres , et ne compter que sur eux-mêmes pour leur sûreté ; tant la terreur qui règne dans ce malheureux pays est grande , soit qu'on doive l'attribuer à la tyrannie des Turcs , soit qu'on en cherche la véritable cause dans le brigandage exercé par les pirates qui infestent le pays, ou même par ses propres habitans.

Cette habitation n'a pas toujours été distribuée comme elle l'est à présent ; on retrouve même , dans sa décoration extérieure , des traces d'un goût plus recherché que ne le comporte une maison de paysan. Elle a servi, nous a-t-on dît, de lieu de plaisance à quelque riche Turc. Nous croirions plutôt qu'elle a été construite lorsque les Vénitiens étoient en possession de la ville de Malvoisie et du reste de la Morée.

Quoi qu'il en soit, elle est habitée aujourd'hui par des villageois. Ils se sont partagé le terrain qu'ils cultivent. Ils ont des ruches , des troupeaux, une basse-cour bien fournie, et ils rendroient à ce lieu tous ses charmes et ses avantages, s'ils n'étoient pas si paresseux.

6o LETTRES

Grottes habitées par les Moraîtes nomades ; leurs mœurs

et leur costume.

JNous avons visité plusieurs grottes (/V. -X//), qui se trouvent dans les montagnes escarpées dont la côte est bordée. Elles servent d'habitation à des bergers et à leurs troupeaux , qui y passent la nuit, et qu'ils mènent dès lematin, aux pâturages des montagnes supérieures. Ces bergers sont tels qu'ils sont dépeints dans les idylles de Théocrite, ou comme on les voit représentés sur les bas-reliefs grées. Ils ont conservé le costume antique dans sa première simplicité : la douceur du climat leur permet d'aller presque nus : une simple chemisette de coton (l'ancien chilon)^ qui leur tombe seulement jusqu'au dessus du genou, assujétie autour du corps par une ceinture grossière ouune courroie, forme tout leur habillement. Les habitans des montagnes plus élevées portent des peaux de leurs agneaux, taillées de la même manière.

Dans l'été, ils mettent le poil en dehors, et dans l'hiver, ils le tournent vers la peau. Une

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SUR LA MOREE. 6l

toile blanche roulée autour de leur tête , les met à Fabri de l'ardeur du soleil (i); et leur chaussure consiste en un morceau de cuir qui garantit leurs pieds. Elle est]attachée par des bandeletles, comme Fancien brodequin.

Les grottes où ils se retirent ne sont fermées que par des amas de pierres , ou simplement des haies de ronces sèches, qui suffisent pour empêcher les troupeaux de s'échapper pendant la nuit. L'une de ces grottes se trouve au fond de la rade. L'ouverture, à mi-côte des rochers, est peu apparente. Elle est habitée par plusieurs familles de pasteurs. Ils en étoient sortis avec leurs troupeaux , lorsque nous y avons pénétré. Il étoit cependant resté à l'entrée , une foule de jeunes agneaux, gardés par un chien; des chevreaux grimpoient sur les roches les plus escarpées , 5ù ils broutoient des herbes aromatiques et de jeunes branches de lentisque. L'intérieur de la grotte a plus de cent pieds de profondeur. Il n'y a point de source aux environs; mais ils y suppléent par les eaux qui filtrent à travei'S le rocher, et qu'ils reçoivent dans des vases. Nous n'avons pas pénétré dans plusieurs

(i) Les Grecs se couvrent urdinairement la tôte d'une petite calotte de laine rouge , autour de laquelle y pour Tassujétir, on roule une mousseline. Cette même calotte ctoit en usage chez leurft ancêtres : un la retrouve figurée sur les vases grecs coloriéa.

Voyez P. Millin , /Ifonumens antique , vol. II.

omrertnrrs étnntcs et profiMides, où leurs fimunes s^éUMent peat-étre retiras à notre approche, et nous notas sonuBesconlmtésde Tisiter lenr molMiier 9 qoi coBsisUnt en nattes de feuilles de palmier et en c on i e i tar es de poîls de dièvre qn^ils tissent en-mêmes^ et qui lenr servent de Ut. Des Tases de terre pour préparer leors alimens étoieat auprès da foyer^ ainsi que des ▼asesde bcns propres à recaeillir le lait de leurs troupeaux 9 et des paniers pour leurs firomages. Nous n^arons rien dérangé , et nous nous sommes retirés après armr ccmtenté notre curiosité , lenr laissant quelques petites monnaies turques pour les engager à la confiance; ce qui nous a réusâ : car, depuis, ils sont venus régulièrement, tous les matins, à notre bord, ont apporte du lait, des fromages, et nous ont même vendu quelques agneaux.

Cette vie indépendante a beaucoup de charme pour eux. N'ayant pas de demeure fixe, ils se mettent, par ce moyen, à Tabri des vexations des Turcs , avec lesquels ils ont peu de relations : ils ne vont à la ville que rarement, et pour se procurer, par des édianges , les objets de première nécessité. Ils ne paroissent pas se plaindre de leur misère ; élevés dans cet état, ils ne forment d'autres désirs que celui de conserver leur indépendance.

On a de la peine à se persuader qu'il existe si près du monde civilisé des êtres aussi sauvages et aussi ignorans. En sont- ils moins heureux? ils ne vivent pas tout-à-fait isoles dans leurs solitudes; ils connoissent les simples jouissances de la nature, sont entourés de leur famille , souvent très-nombreuse. La garde de leurs troupeaux; la fabrication de leurs nattes, de leurs paniers; la préparation des peaux pour leur habillement ; la récolte des fruits sauvages (car ils ne cultivent rien) , forment leurs occupations et leurs plaisirs. Leur vie s^écoule dans une succession de jours tranquilles , que nous trouverions peut-être monotones , mais que l'habitude leur fait préférer à une existence plus civilisée , qu'il ne tiendroit qu'à eux de se pro-» curer.

Dans une autre promenade à travers les montagnes du fond de la rade, vers le Nord, en laissant les constructions polygones à notre gaudie, nous comptions nous rapprocher des ruines de l'ancienne ville Ôl Epidaurus-^Limera ^ que l'on marque sur les cartes dans cette direc-^ tion. Mais arrivés au sommet de la montagne ^ au bas de laquelle étoit mouillé notre bâtiment, nous avons été surpris dç revoir la mer, qui forme un vaste golfe bordé Je rochers , et séparé de celui de Malvoisie par cette même montagne.

qui se prolonge en cap ayancé« Sur ce cap, nous avons aperçu une tour et quelques pans de mur , dont Tescarpement et les aspérités du terrain nous ont empêchés d'approcher.

Nous sommes redescendus sur les bords de la mer, que nous avons suivis quelque temps avec peine , à travers les rocs fracasses sur lesquels la houle vient se briser. Nous avons ensuite trouvé un sentier suspendu sur des précipices , et qui conduit à plusieurs grottes taillées dans le rocher. Ces cavernes , habitées comme celles de la rade de Malvoisie , sont fermées avec plus de soin par des murs en moellons percés d^ouvertures. Nous nous en sommes approchés; mais des chiens énormes , qui paroissoient prêts à nous dévorer, nous en ont défendu Faccès ; et ce n'est pas sans quelque regret que nous sommes revenus sur nos pas ; car nous désirions reconnoître avec plus de certitude, si ces grottes étoient l'ouvrage de la nature ou de l'art. Peutêtre , en les visitant avec soin , y reconnoîtroiton des catacombes : le voisinage de la ville antique rendroit cette conjecture vraisemblable.

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