SCIENTIFIQUE
Un pari. — Ce sont mes chiffres k moi! — Les cartes k petite échelle. — Chiffires enflés. — Illusions. — La littérature officielle coloniale. — Uo fleuve navigable par chemin de fer. — Pas de roastbeef à Londres. — Les Canadiens à Liverpool. — Conclusion.
Voulez-vous juger de Timpuissance et de rincom^ pélence des gouvernements de discussion, basés sur le suffrage, pour faire de la « politique coloniale ? >; Passez dans une foule, écoutez une discussion de café ou de cercle, lisez même la plupart des journaux.
Vous entendez émettre des affirmations fantas^ tiques sur Fétendue, la population, le commerce de tel ou tel peuple. Contestez timidement. Vous serez rabroué. Emettez un doute. Aussitôt une voix s'écrie :
. — Je vous parie !
— Soit.
— Combien ?
— Un louis.
— Comment ! un louis I dix louis î vingt-cinij
louis !
— J'accepte : mais il s'agit de fixer les références. Les documents officiels français, anglais, allemands,
italiens ? ou bien YAlmanach Gotha, le Stateman's year book, ou Y Annuaire de r économie politique.
— Quoi? qu'est-ce que c'est que tout ça? Jamais. Je ne parie pas dans ces conditions-là, moi ! j'ai mes chiffres à moi, moi !
La terre n'est pas grande ; mais les cartes à petite échelle la rapetissent encore beaucoup. On apprend la géographie aux enfants sans avoir soin de leur faire faire cette obvervation . Les hommes mûrs oublient de prendre le compas, et d'une enjambée vont de Saint-Pétersbourg à Geylan.
Le ministère de la marine n'est même pas à l'abri de ces légères erreurs. Il n'y a pas bien longtemps que son budget comptait un boulanger pour MayDtte et Nossi-Bé qui sont à une centaine de milles éloignées l'une de l'autre I
Les gens mêmes qui veulent se renseigner ne le peuvent pas toujours exactement. La Société de statistique organise des conférences. L'une est consacrée à Nos colonies. L'auteur, M. Serizier, pour enfler les chiffres du commerce des colonies, prend les chiffres du commerce général, qui comprennent le transit, au lieu de prendre les chiffres du commerce spécial qui comprend à l'exportation les objets produits par le pays même et à l'importation les objets qui y sont consommés.
Nous confondons constammentdeux choses très distinctes : l'esprit de colonisation et l'esprit d'aventure. Celui-ci détruit celui-là. Tandis que nos aventuriers canadiens s'amusaient, au milieu de toutes sortes de dangers, à s'enfoncer dans l'intérieur de l'Amérique