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POLITIQUE COLONIALE ET POLITIQUE SCIENTIFIQUE

et à redescendre le Mississippi, les Anglo-Saxous s'installaient sur le bord de la mer , y installaient des maisons, y défrichaient, et le champ planté de la veille amorçait le champ du lendemain.

Dans notre impatience, nous nous étonnons que le « pays neuf » ne se montre pas aussitôt à la hauteur de nos illusions. C'était vraiment bien la peine de se déplacer !

Les illusions sont formidables. Je ne cite que ces deux phrases écrites en 1837 par un homme éminent et indépendant, Jean Reynaud (1) : « En moins d'un demi-siècle, la France peut faire de la Guyane ses Indes et ses Moluques. » Et, en parlant de l'Algérie , il ajoutait : « Il nous serait facile d'avoir là avant la fin du siècle mieux que l'empire des Indes. »

Les Indes pour certains esprits sont ce qu'est la mine d'or pour d'autres. Depuis deux ans, à propos du Tonkin, combien de fois ne les avons-nous pas aussi entendues évoquer, dans des livres, dans la presse, à la tribune !

Toute une littérature est consacrée à l'entraînement colonial.

Je vois dans certains catalogues de librairie des titres d'ouvrages suivis de cette mention : « Ouvrage adopté par le ministère de l'instruction publique pour les bibliothèques et les distributions de prix. » L'auteur souvent Ta déjà publié à l'aide d'une subvention. C'est le rapport d'une mission dont il a été chargé plus ou moins officiellement. N'y a-t-il pas des fonds secrets au ministère de la guerre, de la

(1) Enq/clopédie de Pierre Leroux et Jean Reynaud. Article Colonies.

marine^ des affaires étrangères, sans compter ceux du ministère de Fintérieur ? On choisit les livres qui flattent notre chauvinisme et soutiennent la politique du ministère ; on pousse ainsi les éditeurs à n^édiler que ceux-là ; c'est une manière de fermer la bouche aux hommes indépendants.

Le gouvernement n'aurait qu'une manière de démentir cette allégation : ce serait de me permettre de faire suivre Ce livre de la mention ci-dessus. Je l'en défie !

Quelquefois cependant le gouvernement reçoit de ses agents officiels de durs démentis ; nous avons vu de quelle manière les médecins de la marine jugeaient nos colonies au point de vue de l'expansion de la race française.

Ce n'est pas seulement avec eux qu'il est exposé à de pareils inconvénients. Dans tous ses discours relatifs à l'expédition du Tonkin, M. Jules Ferry a répété que la possession du Tonkin nous assurait la navigation du fleuve Rouge et que grâce à « cette magnifique voie naturelle», nous pourrions remonter en Chine et nous assurer tout le monopole du commerce de ses provinces de l'Ouest, r Or, le bureau d'informations commerciales d*Ha- * noï, dans un rapport que le Journal officwi luimême nous a fait connaître (1), dit :

« Le fleuve Rouge offrira difficilement, même nous la protection du pavillon français, une route commerciale directe vers l'Asie centrale, les provinces du Yunnàm, du Thibel et du Se-Tchuen.

(1) mars 1885.

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