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L'EXPANSION DE LA RAGE FRANÇAISE

L'intérêt de la reprodaction. — L'inceste bîblîqae. — L'inceste zootechnique. — Pas de mésalliance! — Altération du type par le milieu. — Absorption des conquérants par les conquis. — La revanche de l'invasion. — Pas de race française. — Les métis. -- Un patriarche. — L'inttltration. — La femme. — Le croisement et le Code civil. — L'art. 1133. — Utile dulci.

J'en ai terminé avec ma démonstration tendant à prouver qu'en droit et en fait, la politique coloniale était incompatible avec un gouvernement républicain, fondé sur le principe du suffrage universel.

Alors les Français resteront toujours enfernaés en France ? Comme notre population ne s'accroît que très lentement, nous sommes condamnés à disparaître et notre langue avec nous? Que deviendra l'humanité sans nous ?

L'homme a l'instinct de se perpétuer. Se survivre dans ses enfants est une des formes d'agrandissement dé son être.

La Bible suppose que l'humanité tout entière descend des enfants d'un seul couple I Les mœurs ont organisé l'inceste de caste ; il a sa formule : pas de mésalliance ! L'inceste provincial, régional, est obligatoire chez certains peuples et chez certaines catégo-

ries de personnes. Certains groupes religieux ne tolèrent pas une alliance entre orthodoxe et hérétique. L'union d'un chrétien et d'une juive ou réciproquement était, au moyen âge, susceptible du dernier supplice. Un mariage entre deux personnes de nationalité différente étonne encore. Ces dispositions traduisent le besoin de l'homme de conserver î^on propre moule et d'y soumettre les générations futures.

En même temps, d'autres considérations lui ont fait proscrire, au moins dans nos civilisations, les unions consanguines, à des degrés plus ou moins rapprochés. C'est grâce à elles cependant que les éleveurs, comme BakeweU, sont parvenus à fixer et à développer, toujours dans le même sens, certains types.

Entre notre désir et la pratique, il y a donc contradiction. Le père et la mère forment deux éléments souvent très distincts l'un de l'autre. Ni l'un ni l'autre ne peuvent avoir la prétention d'avoir des produits identiques à eux-mêmes. Tout enfant, dans notre civilisation, est le résultat d'un croisement soit de famille à famille, soit de race à race.

En dépit de notre manie, de notre appétit d'uniformité, aucun de nous ne peut espérer se retrouver intégralement lai-même. Comment aurions-nous donc la prétention de répandre dans le monde un type qui n'est pas et ne sera jamais fixé ?

Puis, tenez-vous donc le milieu pour rien? Est-ce que le créole de la Martinique ou de la Réunion, qui a pu se reproduire, est exactement un Français?

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D'Orbigny constate que le nègre né en Amérique ne ressemble plus à son frère d'Afrique. M. de Quatrefages a décrit toutes les altérations que le type anglo-saxon subissait aux Etats-Unis (i). Dans l'Australie du Nord, TAnglais ne peut résister; dans l'Australie du Sud, il est plus précoce, plus agile et moins fort que ses ancêtres de la métropole (2). Le Français du Canada n'est pas exactement le Français de France. En France même, le séjour de tel ou tel milieu n'altère-t-il pas le type ? Elevez un enfant en Basse-Bretagne ou à Paris, sera-t-il le même à l'âge de vingt ans ?

Suffit-il de conquérir un pays pour y établir sa race ? L'Asie a été parcourue par les grands courants d'invasion ; les Perses ont succombé sous les Grecs; les Grecs so.us les Romains : et les Perses se retrouvent toujours sur leur sol.

Le fellah a été englouti successivement sous les invasions des Hébreux, des Perses, des Romains, des Arabes, des Français, des Anglais, des Turcs: elles se sont retirées comme les inondations du Nil, et il retrouve son portrait à chaque exhumation des tombeaux de ses ancêtres.

Les Romains, pendant sept siècles, ont occupé l'Afrique carthaginoise; et ils n'ont laissé que quelques ruines de pierre, pas une goutte de leur sang. Les Vandales y avaient disparu au bout d'un siècle. Un moindre laps de temps dévore les Goths en Italie.

(1) L'espèce humaine.

(2) Wfisminster reHe\c. Octobre 1878, p. 346.

Les Tartares ont conquis la Chine : la Chine les a absorbés.

La Gaule a été foulée et refoulée par des invasions multiples. Augustin Thierry a considéré la Révolution de89corarae la revanche du Gaulois contre ses envahisseurs.

Les auteurs de la locution « expansion de la race française, » n'oublient qu'un détail : c'est qu'il n'y a pas de race française ; nous sommes un mélange de toutes sortes d'éléments. Ces croisements divers nous ont donné des aptitudes et des caractères multiples : un provençal, un normand, un bas-breton brachycéphale et un bas -breton dolichocéphale réunis font un Français ; et certes ce sont des unités d'ordre différent.

. Nous avons démontré que les Européens ne pouvaient vivre sous le climat torride. Il n'ont donc qu'une seule manière de s'y perpétuer : le croisement.

Cette idée choque les gens qui font de la race une entité inaltérable ; mais les faits prouvent que le métissage, dans beaucoup d'occasions, a un plein succès.

Dans l'Inde, il a produit une population intermédiaire fort intelligente, qui est employée habituellement dans les bureaux du télégraphe et dans l'administration de l'armée. Les Japonais sont un produit du sang jaune, du sang blanc allophyle et de malais. Le mélange du malais avec le chinois a constitué à Malacca une petite Chine très laborieuse, et le malais lui-même n'est qu'un métis. Dans les

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Philippines le commerce est entre leurs mains et entre les métis d'Espagnols avec la femme tagale. D'après le docteur Jourdanet^ au Mexique, six millions sur huit millions d'habitants sont des métis d'Espagnols et de femmes indiennes. Dans toute l'Amérique centrale, dans l'Amérique méridionale, au Nicaragua, au Venezuela, au Pérou^ au Brésil, la population la plus répandue est formée de métis; et l'Espagnol lui-même est le résultat d'un croisement avec la race Syro-Arabe. En Afrique, c'est de l'union des Hollandais aux Hottentotes que sont résultés les Basters. Le Gafre est dû à un mélange de sang nègre et de sang sémite.

A la Réunion, le petit blanc est un résultat du croisement de l'Européen avec la femme Malgache. Du reste presque tous les blancs y ont du sang malgache. A la Martinique, le sang mêlé seul résiste et se reproduit.

Nous avons vu au Sénégal l'Européen périr à coup sûr, le produit des croisements de Portugais et d'indigènes résister.

Au Brésil, les da Souza sont une race faite par un seul colon portugais. Il y vint en 1810, prit 300 femmes, laissa 100 enfants, sans compter les petits fils. Ils se marient entre eux et aujourd'hui sont au nombre de 800 (1).

D'où cette conclusion logique, promulgée par les D" Féraud, Borius, Nielly, Bordier, hommes de science et non de gouvernement : — Si l'Européen veut se répandre dans le climat torride, il doit le

(1) Bordier. La colonisation scientifique, p. â99.

faire par le croisement. Au lieu de tuer des hommes, il doit en fabriquer. Au système de conquête, il doit substituer le système d'infiltration.

On peut poser, comme règle à peu près absolue, que moins un peuple est avancé en évolution et plus la femme y est dans une condition précaire. Le christianisme a conquis son influence en promettant à la femme de la relever. Il n*a pas tenu complètement sa promesse. Nous devons la réaliser dans nos pays et aider, chez les autres peuples, les femmes à obtenir une situation meilleure. Il faut s'adresser aux femmes Arabes, comme aux Chinoises, comme aux Annamites, comme aux négresses, s'efforcer de les instruire ; mais nul éducateur n'égale le mari qui a conscience de son rôle.

En Algérie, un ancien commandant, M. Rose, a épousé une femme arabe. Elle fait les honneurs de sa maison, à l'oasis des Gazelles, comme une européenne bien élevée, et sa sœur est employée du télégraphe !

Mais depuis l'occupation de l'Algérie, il n'y a eu guère plus d'une cinquantaine de mariages entre les Français et les femmes indigènes. Il faut doubler à peu près ce chiffre pour avoir la totalité de ces mariages avec tous les Européens réunis. Une trentaine de mariages seulement ont été contractés entreTJuivesjet Français.

Si le mariage est le plus grand instrument d'assimilation, notre code civil défend de s'en servir, en dehors de certaines formes. Nous croyons qu'il a dit le dernier mol, le considérant comme un dogme.

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Quiconque ne se marie pas dans ses formes commet une hérésie, une impiété, dont le châtiment retombe sur sa femme et ses enfants. Le statut personnel de l'Arabe est le grand obstacle à son assimilation aux ' Français, et, en réalité, il n'y a qu'une question : on ' veut qu'il se marie à notre manière. Cependant le ! mariage arabe n'est-il pas meilleur que le mariage ■ français ? Il n'établit pas la distinction qui existe j chez nous entre les enfants légitimes et les enfants naturels. Le droit musulman considère que tous les enfants se font de la même manière. ^

Les prêtres, les missionnaires viennent ajouter, leur orthodoxie à l'orthodoxie légale. Au Sénégal, les unions temporaires entre blancs, négresses et i signares étaient des faits acceptés, donnaient lieu à j un contrat, analogue au concubinat Romain ou Japonais. Maintenant, d'après le docteur Nielly, la naissance d'un métis est un scandale. . j

Pour répandre notre « race française », il n'y a cependant qu'un moyen : c'est de faire des enfants.

Il serait nécessaire de supprimer de l'article 1133 la disposition qui, sous prétexte de bonnes mœurs, annule les contrats et les obligations faits à propos des rapports sexuels, en dehors du titre V du code Napoléon.

Au lieu de mettre notre politique coloniale sous le patronage du Dieu des armées, il faudrait la placer sous le patronage de Pan, lui donner le Phallus pour symbole et Rabelais pour grand prêtre. Utile dulci.

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