‹ Lettres sur la politique colonialeChapitre 38 sur 126 · LA CLIENTÈLE AUTOCHTHONE · texte numérisé non relu

LA CLIENTÈLE AUTOCHTHONE

courants commerciaux, comme s'ils ne dépendaient pas de Toffre et de la demande, de la production des uns et des besoins des autres.

Or, le gouvernement toujours prévoyant fait des colonies pour ouvrir des débouchés à nos produits ; mais, avec la logique qui le caractérise, les ferme aussitôt. Au Gabon, les indigènes demandent de la poudre et des fusils. Le gouvernement interdit de leur en vendre. Alors, il dit à nos fabricants, à nos commerçants : nous vous ouvrons un débouché. Un débouché de quoi ? De soieries de Lyon ? mais ces gens vont tous nus. Des draps d'Elbeuf ? ils étoufferaient. De nos porcelaines? ils se contentent de la moitié d'une noix de coco. De nos rails, de nos locomotives? oui, avec Targent de la France. Ah I peutêtre des œuvres des peintres et des sculpteurs, fabriqués par l'École des Beaux-Arts, à qui il faut donner ensuite des encouragements? mais d'ici longtemps nous craignons que les images d'Épinal leur suffisent.

De deux choses l'une : quand vous allez fonder une colonie quelque part, vous vous trouvez : — ou en face d'un peuple d'une civilisation développée ; alors, il faut le conquérir, Tassujétir, et cette colonie ne sert de débouchés qu'à la vie de nos soldais, de nos marins, à nos arsenaux et à notre argent.

Ou on se trouve en face de peuples comme les Canaques ou les nègres du Sénégal et du Congo ; ils n'ont pas be^in de nos produits, et, en auraient-ils besoin, ils n'ont pas un pouvoir d'achat suffisant pour se les procurer.

Personne ne contestera cette vérité : — La fortune d'un commerçant, c*est la richesse de sa clientèle.

Si ses clients n'ont pas le sou, avec la meilleure volonté du monde, ils ne peuvent lui donner d'argent, et, par conséquent, le moindre mal qui puisse lui arriver , c'est qu'ils ne lui achètent rien ; autrement , ne pouvant le payer , ils le ruineraient.

On néglige cependant cette petite vérité quand on parle des débouchés que peut ouvrir à notre industrie et à notre comiperce notre alliance avec le roi Makoko ou la conquête du Tonkin.

Quel débouché auprès des indigènes nous a ouvert la conquête de l'Algérie? La population indigène est de 2,800,000 habitants. Que nous achètent-ils ? Que pouvons-nous leur offrir qui leur convienne ? Du vin ? Ils n'en boivent pas et ont du café excellent. Des burnous ? Ils les tissent eux-mêmes, et un burnous dure la vie d'un homme. Ils ne demanderaient qu'une chose : des armes. Mais les Français n'ont pas le droit d'en fabriquer et ils leur interdisent d'en acheter.

Arabes et Kabyles voudraient-ils acheter, avec quoi pourraient-ils payer ?

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