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LA SUISSE ET LA NORWÈGE

Dans les discours et les articles des préconiseurs de la politique coloniale , j*ai lu souvent cette phrase :

— Voulez -vous que la France devienne une Suisse ?

C'est la politique du panache.

Les gens qui s'en font les champions se figurent qu'une nation ne peut être grande que si elle fait retentir le monde de coups de canon ; comme si les coups de canon étaient autre chose qu'un bruit limité, qui s'éteint à quelques kilomètres de son point de départ.

Ils s'imaginent qu'il y a des peuples matamoresques, choisis par la Providence, pour aller massacrer, bombarder et piller les autres. C'est une des formes du droit divin, le droit divin du brigandage.

Une Suisse ? mais pourquoi pas ?

Voilà un petit peuple, dont la population équivaut à celle du département de la Seine. Il n'a ni richesses minérales, ni débouchés maritimes. Une partie de son sol est rempli de montagnes inhabitables, à travers lesquelles il est obligé de se frayer des pas-

sages pénibles. Ses tableaux de douanes ne donnent que les quantités ; mais M. René LavoUée, dans une étude qu'il vient de communiquer à l'Académie des sciences morales et politiques, estime à 960 millions de marchandises par an la valeur de ses exportations, tandis que la France n'a qu'une exportation de 3,500 millions. La différence de la population entre les deux pays est de 13, la différence de l'exportation est de moins de 3 I

Pour que le taux des exportations françfiûse et suisse, relativement à la population fût égal, la France devrait exporter 11 milliards et demi au lieu de 3 milliards et demi .

Dira-t-on que ce sont ses colonies qui ont ouvert ces débouchés à la Suisse ? Elle n'en a pas une.

Seulement, au lieu de payer 98 francs d'impôts, chacun de ses habitants paie 17 francs ; au lieu de se donner le luxe de guerres européennes, d'expéditions en Asie, en Afrique, en Océanie, de coups d'Etat, d'insurrections, de révolutions, d'une administration centralisée et payée fort cher pour empêcher quiconque de faire quoi que ce soit sans autorisation de l'autorité, la Suisse est en république depuis un certain nombre de siècles, est une fédération de petits états autonomes, est en possession de la liberté de la presse, de réunion, d'association, de la liberté économique ; toutes choses dont la plupart nous ont manqua jusqu'à ces derniers temps, dont certaines nous manquent encore.

— Mais la marine ? — Oui. Nous reconnaissons que la Suisse ne brille pas par là. Elle n'est guère

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