‹ Lettres sur la politique colonialeChapitre 42 sur 126 · DÉCEPTION · texte numérisé non relu

DÉCEPTION

Pour obtenir ce bon marché et cette intensité, deux conditions sont indispensables :

!• Peu d*impôts ; donc, pas de guerres; pas d'expéditions lointaines et aventureuses ; pas de complications extérieures ; pas de dilapidations ni de gaspillages improductifs de capitaux. Réduction des attributions de l'Etat à leur minimum.

2** Le libre échange, de manière que, sur le marché national, Tindustriel et le négociant puissent se procurer tous les produits dû globe au plus bas taux. C'est ce qu'a fait l'Angleterre en supprimant tous les tarifs de douanes, sauf une demi-douzaine de droits d'accise.

La chambre de commerce et le conseil municipal de Lyon (1) ont constaté cette vérité qui est devenue du rabâchage pour les économistes, qu'ils avaient ressassée de 1876 à 1881, pendant tout le temps de la honteuse discussion du tarif des douanes.

Nous disions : « Vous voulez rehausser les droits sous prétexte de protéger quelques industriels ; vous aboutirez à une crise. » La crise est venue. Les fabricants de Lyon reconnaissent aujourd'hui qu'ils

(1) Octobre 1884.

ne peuvent vendre au dehors, parce que les droits sur le coton les empêchent de fabriquer des tissus mélangés.

L'intervention de TEtat dans la direction économique des peuples, avec Tintention de les enrichir, arrive toujours à les appauvrir.

Quand il veut protéger la production nationale, il la ruine, et développer le travail national, il le tarit.

Jamais on n'a plus parlé que depuis 1881 de la nécessité d'ouvrir des débouchés; et tous les efforts de la politique protectionniste et coloniale, ont abouti à les fermer.

Cependant, au moment où des expériences de ce genre montrent d'une manière si patente leurs résultats, le gouvernement persévère dans sa politique protectionniste, en proposant le relèvement des droits sur le bétail et sur le blé, et en continuant ses aventures coloniales.

Cette politique ne peut avoir qu'un nom parce qu'elle ne peut avoir qu'un résultat. — C'est la politique de déception.

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