‹ Lettres sur la politique colonialeChapitre 64 sur 126 · LETTRE XXXIII · texte numérisé non relu

LETTRE XXXIII

UN FÉODAL NI [)'i}V^

L'indigène est tenu à obéir à toutes les volontés du conquérant ; le conquérant n'est tenu à remplir aucun de ses engagements envers lui. Telle est la loi, fille légitime des arrangements qui, au moyen âge, réglaient en Europe les rapports du serf et du seigneur.

Vous croyez que le seigneur du xm* siècle a disparu, parce que vous ne voyez plus son donjon qu'en ruines, son heaume et son haubert que dans les musées ou chez les marchands de curiosité, ses armoiries que dans des livres illustrés. Erreur I allez sur la place du Gouvernement à Alger. Vous retrouverez sa survivance mentale chez ce Français, en veston, qui prend son absinthe, en lisant un journal et en fumant une cigarette.

Cependant il est répubhcain, très républicain, plus avancé que vous, plus avancé que qui que ce soit. Il est partisan du suffrage universel, mais à la condition que lui et ses 194,000 concitoyens accaparent tous les votes et que les 2 millions 800,000 indigènes n'aient que le droit d'obéir, de payer et de se taire. Il est partisan de la liberté : mais il faut une main de fer pour tenir les Arabes. Il est parti-

San de Tégalité : mais à la condition que les indigènes paient seuls Timpôt, soient soumis à des lois exceptionnelles et qu'il puisse les exproprier pour ses convenances personnelles. Il est partisan de la fraternité : mais à Tégard des indigènes, il n'y a qu'une seule politique, c'est « la politique à coups de trique. »

Maintenant ne lui faites pas Tinjure de mettre en doute son républicanisme ; il se fâcherait et il aurait raison. 11 est tout aussi républicain que vous, plus républicain que vous, mais il Test autrement.

Les Spartiates aussi étaient des républicains; les Ilotes avaient-ils à se féliciter de leur douceur? Les Anglo-Saxons, qui peuplent l'Amérique du nord sont des républicains. Les Indiens en sont-ils plds heureux et, d'après Seelley, les esclaves s'y trouvaient encore plus misérables que dans les colonies françaises, qui étaient monarchiques.

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