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LA PROPRIÉTÉ INDIGÈNE

Le résultat a prouvé que les coutumes, nées de la nécessité des choses, que les mœurs sont plus fortes qu'une loi , élaborée par des gens qui n'ont aucune connaissance ou ne veulent tenir aucun compte des conditions d'existence des personnes auxquelles ils l'appliquent.

De 1874 au 31 décembre 1882 (1), la dépense résultant de l'application de la loi a été de 8,032,133 fr. 30, couverte à l'aide de centimes payés par les Arabes. Une loi du 28 décembre 1884 ouvre un crédit de 1,560,000 fr. pour liquidation de l'arriéré du service de la propriété foncière indigène. En neuf ans, on est arrivé à constituer la propriété sur 400,000 hectares. A ce compte et de ce train, cette opération durera un siècle et coûtera 100 millions.

Au 31 décembre 1884, les titres de propriété délivrés comprennent 642,000 hectares,

La lenteur et le prix ne sont pas compensés par la fidélité ; on relève des erreurs formidables : sur vingt-sept dossiers soumis en 1881 à la vérification des travaux de l'administration centrale, sept seulement ont pu être acceptés. L'administration française avait donné une terre à un indigène en 1852 ; il apprit qu'on l'avait attribuée à un autre. L'affaire n'a été bonne que pour les commissaires enquêteurs. Certains ont pu gagner jusqu'à 125,000 fr. dans une année ; de simples arpenteurs 25 ou 35,000 fr. Le préfet d'Alger, dans un rapport au Conseil général en 1879, disait : « Quant à la façon dont les opérations ont été conduites, il est presque inutile

(1) Exposé de la situation de l'Algérie en 1882.

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d'en parler; c'est là une légende en Algérie : on reconnaît la propriété avec une lunette d'approche et on la délimite à cheval. »

Le gouvernement algérien suivait une singulière politique, il considérait que les terres possédées collectivement étaient inaliénables : c'était l'interprétation donnée à la loi de 1873 ; on défendait aux indigènes de vendre librement; en revanche on les expropriait à volonté, et on a essayé de les exproprier en bloc à l'aide des deniers des contribuables français, grâce au fameux projet dit des 50 millions.

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