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L*INDE ET L'ANGLETERRE

3,000 milles par, an. La longueur totale actuelle est de 24,800 milles.

Les Anglais ont maintenant une conscience si nette de leur impuissance intellectuelle, morale et matérielle dans rinde, que loin de chercher à y étendre leur domination, ils la restreignent. Ils n'absorbent plus de nouveaux native states. Ils n'ont pas profité de la trahison du guicowar de Baroda pour prendre ses États, et ils ont rendu, après une occupation de cinquante ans, Mysore à ses rajahs; c'est la première fois que, sur la carte, la ligne rouge a reculé.

Ils s'éliminent également du gouvernement des indigènes, vivant sur le Territoire Britannique. Au lendemain de la révolte des Gipayes, loin de prendre des mesures de coercition analogues à celles que nous avons prises contre les indigènes de l'Algérie, après l'insurrection de 1871 , la reine leur adressa une proclamation d'émancipation.

« Nous voulons que tous nos sujets, sans distinction de race ni de religion, soient librement et impartialement admis à tous les emplois de notre service, selon les droits que leur donneront leur éducation, leur habileté et leur intégrité. Nous nous considérons nous-mêmes comme tenus à Tégard des indigènes de nos territoires de Tlnde aux mêmes obligations qu'à celles qui nous lient à tous nos autres sujets. »

Cette proclamation du 1«' novembre 1858 est devenue la charte des Indiens.

Pendant longtemps, les employés anglais, bien choisis, rendaient illusoire la faculté d'accession des Indiens aux emplois ; mais de jour en jour, les

Indiens s'introduisent dans Tadministration, comme les* rats dans une maison : ils en deviendront bientôt les maîtres;

Enfin le gouvernement de lord Ripona été signalé, en 1883, par deux mesures, qui transforment complètement les conditions des rapports des Indiens avec les Anglais.

j( C'est d'abord l'organisation d'un gouvernement ^^ local qui donne aux indigènes cette autonomie communale qui passe pour si terrible auprès de la majorité de nos hommes politiques, quand il s-agit de la reconnaître à des Français. Ils ont la libre disposition de leurs finances locales ; ils peuvent opérer les travaux qu'ils veulent, sans contrôle ni avis de l'administration anglaise.

Lord Ripon a présenté cette réforme comme un moyen d'éducation politique pour les populations.

Enfin, il a réalisé par son European criminal 'Jurisdiction hill une autre réforme qui ferait bondir les colons algériens, si on venait simplement à en parler devant eux. Désormais tous les Européens, Anglais compris, seront jugés dans les mêmes formes et par les mêmes juges que les indigènes, avec un simple droit d'appel à un tribunal anglais.

Certes, cette mesure n'a pas été adoptée sans résistance. Elle choquait l'orgueil de race. Quoi ! un Anglais pouvoir être jugé par un Indien ! Et on a répondu : — Pourquoi pas, puisque l'Anglais s'arroge bien le droit déjuger l'Indien (1) ?

(1) Lord Ripon and tke people of India proceedings of thc public meetings, on the 13 august 1883.

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Oui, on en est là. L'Angleterre a mis longtemps à y arriver ; mais encore dans cette voie, elle précède les autres peuples. Au bout de deux siècles de domination, par le « blood and iron, » par le sang et le fer, elle vient renier son œuvre de conquête. John Bright déclare que 35 millions d'hommes, vivant dans une petite île, au nord de l'Europe, n'ont pas le droit de traiter comme un troupeau les 250 millions d'êtres humains qui vivent dans la presqu'île de l'Hindoustan; qu'ils n'ont pas le droit de considérer simplement ce territoire comme un champ livré à leur ambition et à leur rapacité ; que si les Anglais ont mal agi dans les siècles passés, loin que ce soit une raison pour continuer ces traditions, c'en est une pour y substituer une politique de générosité et de justice (1).

Voilà le langage que l'on tient aujourd'hui en Angleterre et qui se traduit en lois.

Les gens, qui ne voient que les apparences des choses, s'imaginent que la domination de l'Angleterre sur les Indes s'est très fortifiée, parce que lord Beaconsfield a fait de la reine Victoria l'Impératrice des Indes et parce que le prince de Galles y est allé faire un voyage. Ces deux événements ont sans doute fait beaucoup plus de bruit dans le monde que les mesures de lord Ripon : ce sont les décors. Derrière, dans l'ombre, les Indiens évoluent, grâce aux instruments que leur a donnés l'Angleterre. Ils prennent l'administration, par leur accession aux emplois ; ils prennent le pouvoir local; ils prennent

(1) John Bright. Meeting cité ci-dessus.

le pouvoir judiciaire. La domination des Anglais disparaît et Tlnde arrive au Home Rule, à Fautonomie, comme l'Australie et le Canada.

Les Anglais sont assez positifs et assez clairvoyants pour entrevoir très nettement cette conséquence de leur politique : ils se retireraient dès aujourd'hui de Tlnde, s'ils ne craignaient pas qu'elle ne tombât aussitôt dans un état d'anarchie et de conflagration; que le Bengalais pacifique ne fût conquis par les races plus guerrières de FOudh ou de Delhi qui, à leur tour^ auraient à se défendre contre les Sickhs et les Afghans. Après avoir assumé si longtemps la responsabilité du bonheur de Tlnde, les Anglais sont pris aujourd'hui entre les deux termes de ce dilemme : ils ne peuvent abandonner du jour au lendemain la responsabilité de son gouvernement ; et d'un autre côté, ils sont convaincus qu'ils ne peuvent faire son bonheur et assurer son avenir qu'en l'abandonnant.

Leur but est donc de préparer l'Inde à son émancipation, de manière qu'au lieu de leur être soumise par la contrainte, elle ne leur soit plus attachée que par le lien volontaire d'une confédération.

Mais qu'est-ce que cette nouvelle phase de la politique anglaise? sinon la condamnation de la mission civilisatrice de la guerre ; la substitution de la persuasion à la contrainte ; du libre contrat à la force !

J'espère, sans oser y croire, qu'en Algérie et en Tunisie, nous saurons nous inspirer de cet exemple!

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