LETTRE XLVIII
Le dogme et le rite. — La fabrication de l'action réflexe. — Le dévot est une horloge. — Peuples sans religion. — Les missionnaires catholiques.
— Missionnaires protestants. — Laborare est orare. — Le riz de la mission. — Prosélytisme de haine. — Les catholiques dans l'Annam. — La logique de notre politique coloniale. — Christianisme et islamisme. — Les nouveaux compagnons de Saint-Louis. — Le général de Négrier et le marabout. — Le Madhi. — Les juifs. — Haines religieuses. — Sans religion ! — La conversion des Kabyles à l'Islam. — Le traité de Westphalie.
— Politique laïque. — Christianisme n'y perdra rien. — Œuvre de civilisation des missionnaires. ~ Changer l'action réflexe. — Le médecin. — Son rôle. — Le nouveau fétiche. — Règle de conversion.
Burnouf a constaté que toute religion se composait de deux éléments : le dogme et le rite, les Dieux et le culte. Le dogme est le résultat de la conformation cérébrale, de rinfluence du milieu; le culte fait
le dogme, le perpétue, le maintient. Et qu'est-ce que le rite? sinon Uorganisation de Faction réflexe (1). Le fidèle doit répéter mécaniquement, à jour fixç, à heures fixés, certaines paroles, certaines cérémonies qui ramènent sa pensée sur un objet toujours le même. Certains Bouddhistes ont recours à la roue à prières. Les membres des Khouans de Sidi Mohammed-ben-Abd-er-Rahman, s'hypnotisent dans la récitation, 3,000 fois par jour et plus, s'ils le peuvent,
(1) Je l'ai longuement expliquée dans V Introduction de mes Doctrines sociales du Christianisme et dans La Morale.
de laT)rofession de foi : « La Itah illa Alla Mohammed rassoul Allah I »
Ciqq fois par jour, la voix du Muezzin rappelle aux moins pieux qu'ils sont musulmans et ramène sur leors lèvres la formule de la prière ; cette voix et cette prière prennent l'enfant à la mamelle et ne laissent Thomme qu'au tombeau. Puis viennent les ablutions, les prosternations, et autres signes cabalistiques se rapprochant plus ou moins de notre signe de croix. Alors il n'est plus question de conviction, de raisonnements, d'opinion ; l'Islam s'est infiltré dans les veines , dans les poumons , a pénétré le croyant comme l'air qu'il respire ; il n'est plus qu'un automate religieux, ayant la précision, la rectitude de mouvement, l'absolutisme d'un mécanisme. L'homme pieux n'est qu'une horloge.
L'hérédité, dès l'utérus, a façonné le mécanisme ; l'éducation y emmagasine la force motrice qui le fait marcher, toujours du même mouvement, jusqu'au détraquement final. Toute tentative brutale pour l'arrêter ne peut provoquer qu'une réaction violente.
Les cellules cérébrales ont reçu le pli et sont encombrées. Essayer de faire pénétrer ex abrupto dans ces têtes, des idées, des conceptions autres que celles qui les remplissent, autant vaudrait essayer dé traverser avec des aiguilles un bloc de granité !
Certains peuples n'ont pas de religion ; les Buschmans, les Cafres Bechuanas, les Cafres Makololos, d'après Livingstone, les Obbos, sur les bords du Nil, d'après Baker, les Australiens, les naturels des îles
Salomon, les Mpougwes de TAfrique, les Veddahs de Ceylan, les Esquimaux, d'après le Rév. Farrar..Tout au plus sont-ils animistes (1) comme Tenfant qui frappe la chaise contre laquelle il s'est heurté ou comme le chien qui aboie à la lune. Missionnaires catholiques ou protestants ont perdu leur temps à vouloir enseigner leur théologie à ces cerveaux fermés. Ils auraient tout aussi facilement converti le chien.
Ils n'ont pas mieux réussi auprès d'autres peuples qui semblaient avoir des notions du surnaturel plus développées.
A Taïti, les missionnaires catholiques sont en lutte avec l'autorité civile : c'est leur principale fonction. Les soldats et marins ne vont à la messe que par ordre. Gomment les indigènes croiraient-ils à une religion qu'ils voient pratiquée de cette manière? Les habitants des îles Marquises sont officiellement convertis au christianisme depuis 1842; mais ils conservent toujours le Tabou. En Nouvelle-Calédonie, les missionnaires, payés par le gouvernement français, travaillent à « l'expansion de la langue française, » en parlant latin aux Canaques, et collaborent à notre « mission civilisatrice, » en les baptisant. En Chine, ils ne se servent aussi que du latin afin d'empêcher leurs convertis de lire des ouvrages impies.
Les missionnaires catholiques, dépourvus de femmes, ont leurs maisons mal tenues, et, dans ces pays, transportent les mœurs qui ont illustré les
(1) V. Tylor. La civilisation primitive.
frères Ignorantins. Quoiqu'ils fassent du commerce avec autant de rapacité que leurs collègues protestants, ceux-ci, mariés, pères de famille, n'ayant pas le dédain du travail pour eux-mêmes, exercent plus d^nfluence ; mais cette influence n'existe qu'à une condition : c'est qu'ils ne parlent pas religion. The Truth a donné l'excellente définition suivante du missionnaire anglais : « Le missionnaire se contentç « de la conversion au calicot » qu'il vend, et, est le principal agent de ce qu'on appelle par euphémisme le « labour traffic, » Laborare est orare (1).
Leur efî'ort de propagande consiste surtout à persuader aux âmes naïves de l'Angleterre, qui ne les ont jamais vus à l'œuvre, de leur envoyer beaucoup d'argent. C'est pourquoi, les Magazines représentent de temps en temps un homme noir, tendant les bras, et criant : « Venez et secourez-moi ! » Mais les Anglais, qui ont voyagé , disent que jamais un homme noir n'a poussé ce cri, à moins qu'ayant mangé le riz de la mission, il n'en voulût encore (2).
Dans l'Inde,, tout l'effort des sociétés bibliques n'a pas converti un seulBrahme; mais elles oat, pendant longtemps, persuadé aux Hindous que le gouvernement voulait les faire chrétiens. Leur prosélytisme n'a été qu'un prosélytisme de haine contre les Anglais.
Les indigènes n'ont pas tort d'avoir ce soupçon : car on sait que les protestants, pas plus que les catholiques, n'ont dédaigné d'appeler souvent à
(1) 16 octobre 1884.
(2) Westminster reoiew. Janv. 1882, p. 205.
Taide de leur propagande le secours du bras séculier.
Les missionnaires français en ont particulièrement abusé. En 1860, notre expédition de Chine avait pour prétexte et même pour but de leur ouvrir la Chine. Pendant que Louis XVI perdait son trône en France, il restaurait comme roi d'Annam,Gia-Long, l'homme des jésuites. A la mort de ce dernier, ils furent chassés par ses successeurs; trois fois, en 1843, en 1856, en 1858, des frégates françaises vinrent y réinstaller les mêmes jésuites, non reconnus en France (1). L'article 9 du traité de 1874 avec TAnnam, origine de la guerre actuelle, y assurait aux catholiques une plus grande liberté que celle (Ju'ils ont en France. Le roi d'Annam « s'engageait à défendre d'employer dans le langage ou dans les écrits des termes injurieux contre eux! » Un des beaux exploits de notre guerre actuelle a été de faire exécuter à Hué un prince de la famille royale accusé d'avoir persécuté les chrétiens (2).
On sait que Chinois, Annamites, Siamois sont complètement réfractaîres à toute idée religieuse. Sur 400 millions de Chinois, les missionnaires catholiques auraient, depuis le xvi« siècle, abouti à faire 400,000 adhérents plus ou moins fidèles. Les protestants ont encore moins de succès.
Tandis qu'actuellement, en France, nous nous efforçons de substituer l'esprit laïque à l'esprit chrétien, notre gouvernement s'efforce d'accomplir dans rindo-Chine une œuvre exactement contraire. Ne
(1) V. C. B. Nonnan. Le Tonkin.
(2) Leraire. L' Indo-Chine et la Coehinchine française. P. 395.
VOUS récriez pas que c'est illogique; car cette contradiction est digne de Tensemble de notre politique coloniale ! Ne faisons-nous pas œuvre analogue en Algérie, en Tunisie, quand nous y installons des prêtres, des évoques, autorisons des loteries au profit de Tarchevéque d'Alger, M. de Lavigerie, lui donnons partout le premier pas et mettons toutes sortes de ressources à la disposition des trappistes de Staoueli, tandis que les décrets ont fermé plus ou moins sérieusement les Trappes, situées en France ?
Je vois bien les musulmans remplis de méfiance à l'égard de tous ces efforts; je les vois ne souffrant qu'impatiemment que les chrétiens, même déchaussés, viennent souiller les tapis des mosquées sur lesquelles ils étendent leurs mains et inclinent leur tête ; mais , où sont les convertis qui ont changé le Ramadan pour le carême ?
L'islamisme se maintient devant le christianisme sans se laisser entamer par lui : et il a une bien autre puissance. Le Coran a réalisé l'idéal harmonique entre les trois pouvoirs religieux, civil et politique.
Notre monde chrétien, avec ses divisions et ses antagonismes, fait piteuse mine en face de cette formidable unité.
Point d'autre code que le Coran. Tout l'islamisme pivote sur Allah, sur la volonté d'Allah, sur la miséricorde, la bienveillance, la faveur d'Allah ; dans la pratique, sur le calife et le délégué du calife.
La prière fut le lien personnel unissant chaque musulman à l'ensemble des musulmans : le pèlerinage fut le lien fédératif de la grande nation musul-
mane, qu'unissent encore les Khouams ou congrégations religieuses à travers lesquelles se colportent, avec autant de mystère que de rapidité, les nouvelles, les légendes et les mots d'ordre. Loin de disparaître devant le christianisme, l'Islam' s'étend et se fortifie, gagne tous les jours de nouveaux prosélytes. Tandis que le Bouddhisme étend sa tache d'huile en Asie et apparaît même en Europe, l'Islam conquiert l'Afrique. La simplicité^ et la logique de sa conception, la forme de son rite s'adaptent facilement aux cerveaux incapables d'associations d'idées compliquées. Us le trouvent d'autant plus clair que son explication cosmogonique est plus simple. Le mot Allah répond à tout et le Coran donne des solutions à toutes les questions.
Les colons algériens n'en prennent pas leur parti. Certes, tous sont libres penseurs, comme ils sont républicains avancés! Cependant presque tous comprennent et haïssent le Coran, comme s'ils étaient des compagnons de saint Louis, venus en Afrique pour convertir les Arabes au christianisme. Ils justifient leur haine, en répétant trois ou quatre maximes pour prouver qu'il est rebelle à tout progrès, sans songer que les musulmans peuvent en trouver d'analogues dans nos évangiles.
Le général de Négrier s'est rendu populaire en Algérie parce qu'il a violé le tombeau du grand marabout Sidi-Cheikh ; mais en même temps qu'il accomplissait ce sacrilège, il faisait pieusement charger les ossements du susdit marabout sur un chameau et lui faisait rendre les honneurs militaires
en le transportant à Géryville. On a trouvé cela très bien. J'avoue ne pas comprendre : je trouve le premier acte déplorable et le second absurde.
La question religieuse n'a pas été étrangère à la
campagne d'Egypte. J'ai entendu, un jour, une
dame anglaise, à la fois très chrétienne et très
' humaine, approuver hautement le bombardement
' ' / i- d'Alexandrie et suivre de ses vœux Gordon allant
r^ 1/ • I» « écraser le Madhi. i Certes, si le Madhi eût été un
chrétien, elle n'eût pas tenu un pareil langage.
Dans le monde chrétien ne voyons-nous pas catholiques et protestants encpre aux prises ? Les diverses sectes protestantes ne se déchirent-elles pas les unes les autres? N'avons-nous pas assisté en 1881 aux persécutions exercées avec la tolérance de l'autorité contre les Juifs en Russie ? Ce mouvement d'intolérance n'a-t-il pas éclaté sous le nom pseudo-scientifique d'antisémitique en Allemagne? N'avons-nous pas vu en Hongrie les scandales d'un épouvantable procès? Enfin à Londres, dans la Cité, il y a encore une école où les petits juifs se tiennent respectueusement debout tandis que les petits chrétiens sont assis I
Pouvons-nous nous étonner ensuite de la haine des Arabes contre les Juifs, d'autant plus ardente qu'ils sont plus proches parents ? L'insurrection de 1871 a été provoquée, pour une large part en Algérie, par le décret de Crémieux, naturalisant les Juifs. Au Maroc, au moins dans les places de l'intérieur, les juifs sont encore obligés de marcher pieds nus dans la rue, en portant leurs pantoufles sous le bras quand ils passent à 100 mètres d'une mosquée.
Le i6 janvier 1880 un juif a été brûlé vif §ur une place de Fez pour avoir eu Faudace de se disputer avec un musulman !
Partout nous trouvons encore ces haines, ces froissements, ces dédains résultant de divergences de religion. Aux Indes, le musulman regarde l'hindou comme un païen, lui-même est un sunnite, hérétique pour son frère de l'Afghanistan. Aux yeux de tous, l'Anglais, leur maître, est un chien de chrétien ; et malgré ses efforts, celui-ci n'est pas encore parvenu complètement à considérer les religions, comme de simples phénomènes psychologiques et historiques.
Presque tous, Européens, Indiens, Musulmans, haïssent les religions voisines, mais admettent encore moins l'absence de religion.
Un jour, à Tunis, je causais avec un musulman qui me faisait un réquisitoire très vrai, ma foi, contre notre civilisation européenne. Quand il aborda la question religieuse, il me dit :
— Vous, chrétien !
Je lui répondis que je n'avais ni Dieu, ni culte. Je dus le lui répéter et lui expliquer ma pensée qu'il ne parvint à saisir suffisamment que pour reprendre avec un certain mépris, à peine dissimulé par la politesse : — Vous, homme sans religion I...
Il m'eût préféré chrétien. De même nous avons préféré que les Kabyles fussent musulmans plutôt que de les laisser sans religion. On comprend, sous ce nom, des populations descendant probablement des groupes autochtones, ayant des types variés
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dont les principaux sont ceux des Auvergnats et des Ligures. Cantonnés dans les montagnes du Djurdjura, elles ne se sont pas laissé assimiler par la conquête arabe. Leur statut est civil, non religieux. Leurs lois civiles, politiques, criminelles, n*ont rien de commun avec le Coran (1). Elles étaient sans religion : nous, qui trouvons le Coran si détestable, nous leur avons envoyé et imposé des marabouts pour les convertir !
La question religieuse est un des plus grands obstacles à la bonne volonté des hommes et des peuples entre eux ; elle sert de prétexte et d^aliment à toutes les passions destructives et dépressives. Elle met toutes sortes de barrières ; je ne veux citer qu'un exemple : lé voyage à la Mecque n'est permis qu'aux seuls musulmans.
Le traité de Westphalie a réalisé un progrès immense, en supprimant la question religieuse des rapports diplomatiques des peuples Européens; nous devons la supprimer aussi de nos rapports avec les populations des autres continents.
f Nous ne devons pas essayer d'imposer un surna- I turel à des hommes qui ne sont pas aptes à le comprendre, encore moins essayer de changer un surnaturel en un autre ; tous sont également mauvais. Nous devons laïciser notre politi'que extérieure, comme nous devons laïciser notre organisation intérieure.
Le christianisme lui-même n'y perdra pas grand
(1) V. la Kabylie par ilanoteaux et Letourneux, et divers travaux de M. Camille Sabatier.
LA QUESTION REUGffEUSE â7Ô
chose , car ses conversions sont null^. Sauf en Amérique où les conquestadores Espagnols et Portugais importèrent le catholicisme, il ne s'est étendu nulle part. Le protestantisme est resté stationnaire depuis le xvi« siècle. Cependant les convertisseurs religieux faisaient et ont fait œuvre civilisatrice sans le savoir. Les jésuites, installés en Chine depuis 1581, y avaient conquis une influence considérable, parce qu'ils n'y avaient porté que leurs connaissances mathématiques, se sentant trop faibles pour se permettre d'y être intolérants. Leur œuvre fut dérangée à la fin du xvn« siècle par les dominicains qui, en leur qualité de fondateurs de l'inquisition, ne pouvaient ainsi pactiser avec le mal.
L'œuvre de propagande religieuse a un caractère supérieur à celle des conquérants et des administrateurs; car elle est œuvre intellectuelle, au lieu d'être une manifestation de la force brutale ou de la spoliation systématisée.
Mais elle est impuissante et néfaste pour deux! motifs : à l'ignorance et à Terreur, elle substitue' non des vérités utiles, mais une autre forme d'igno-l rance et d'erreur; elle a toujours appelé, tôt ou tard,? le bras séculier à son aide.
Sans ces deux défauts, elle aurait pu accomplir une sérieuse « mission civilisatrice ». La vraie conquête des peuples asiatiques et américains aurait dû I s'accomplir par l'enseignement. Tout enseignement, : en effet, a pour but de maintenir ou de modifier les actions réflexes.
Dans le premier cas, le maître, le professeur, le
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prêtre, Téducateur, peu importe son nom; fige les préjugés héréditaires; dans le second cas, il les balaie, il en déblaie les cellules cérébrales, il entre en conflit avec l'hérédité, essaye d*y arracher les enfants, les hommes sur qui il agit et d'en faire des êtres nouveaux^ dissemblables de leurs pères et de leurs ancêtres. Tout convertisseur est un révolutionnaire qui se donne pour première mission de substituer, à toutes les influences du passé, des in-r fluences nouvelles et étrangères.
Nous devons faire ce qu'ont essayé de faire les religieux, avec ces deux petits changements : — n'enseigner que le vrai au lieu d'enseigner le faux ; ne jamais recourir à la persécution pour supprimer une erreur et imposer une vérité.
Les hommes d'Etat, comme tous les éducateurs, comme tous ceux qui se prétendent, à titre plus ou moins juste, des civilisateurs, doivent étudier le phénomène physiologique de l'action réflexe. Connaissant le motif des résistances, ils cesseront de s'emporter contre elles et d'essayer d'en triompher par la violence.
Sous ce rapport, les médecins peuvent rendre de grands services, à la condition qu'ils se renferment dans leur rôle et ne veuillent pas se transformer en administrateurs, en conquérants, en diplomates. Lorsqu'ils endossent la robe de Rabelais, ils doivent avoir peur du rire de leur grand confrère; et il rirait bien, en voyant certains d'entre eux, petits-fils en ligne directe de Thomas Diafoirus, s'imaginer qu'ils ont toute science infuse parce qu'ils ont qua-
lité pour donner un lavement; trancher avec auto- ) rite toutes les questions politiques, sociales; préten-i dre même au nom de l'hygiène, qu'ils sont seuls! aptes à les résoudre, et sous prétexte que la société.est toujours plus ou moins malade, réclamer avec instance qu'on la leur confie exclusivement afin quils la traitent en « sujet. »
Je parle du médecin plus modeste. Il a un moyen certain pour ruiner l'influence des marabouts, derviches, bonzes et fétiches de toutes sortes : son pouvoir de guérir. Par lui, il gagne la confiance. Le D' Clavel raconte qu'aux îles de la Société, dès qu'ildescendait à terre, tous les malades venaient à sa' rencontre et réclamaient ses soins (1). M. Golom-j beau me disait à Biskra : — Pour faire la conquête! du Sahara, au lieu de soldats, envoyez des ocu-j listes. y
L'Européen affirme ainsi sa supériorité, non par la force brutale, mais par ses bienfaits. Une cure ébranle les vieilles actions' réflexes. Le médecin a fait un miracle que n'avait pu faire le prêtre. Il est donc plus fort. Il devient le nouveau fétiche. Ce fétiche est d'autant plus utile qu'il détruit le fétichisme. Grâce à lui, la science prendra tôt ou tard la place d'Allah et des autres Manitous. Ne l'imposez pas : la seule manière de hâter l'avènement de ce jour, c'est de paraître ne pas le prévoir.
En attendant, c'est à la tolérance complète en matière religieuse que nous devons nous efforcer de
(1) D' Clavel. Le» Marquisiensy t. XXXXII, p. 145. Arch. méd. nav.
convertir tous les peuples ayant une religion quelconque : mais pour les amener à ce progrès, nous devons d'abord les convertir à cette idée que nous ne voulons pas les convertir.
C'est exactement le contraire de ce qu*on a fait et de ce qu'on fait encore tous les jours.