COLONIES
Notre « prépondérance dans le monde ». ~ Et la sécurité ? — La vengeance des indigènes. — La question coloniale et les guerres européennes. — L'Egypte, Bonaparte et M. Thiers. — « La vieille Europe m'ennuie. » — « Malte et les Buttes-Montmartre. » — La rupture de la paix d'Amiens. — Les deux guerres de Cent Ans. — Notre bilan. -* Conclusion.
J'ai examiné la politique coloniale au triple point de vue de l'expansion de la race française, des débouchés pour notre industrie, de notre mission civilisatrice; je vais maintenant l'examiner au point de vue de notre prépondérance dans le monde. Y a-t-il des peuples qui doivent avoir une prépondérance sur les autres? Si cette idée est compatible avec un gouvernement monarchique et aristocratique, n'est-elle pas en contradiction avec un gouvernement démocratique qui a le mot « égalité » inscrit dans sa devise ?
J'ajourne cette question sur laquelle peuvent s'élever des discussions; mais quand je demande : — notre prépondérance n'est-elle pas subordonnée à notre sécurité en Europe ? la réponse ne peut pas être douteuse.
Que seraient les colonies d*une nation dont Tmdépendance serait évanouie ou même simplement compromise ?
IVous n'avons donc plus qu'une question de faitii examiner : c'est la répercussion des questions coloniales sur la politique des nations européennes entre elles.
Nous avons pu nous indigner de la barbarie avec laquelle les peuples Européens ont traité les indigènes des autres continents ; mais certes, si ces misérables avaient pu voir le cours que Toccupation de leurs territoires, les spoliations commise» à leur égard, leur esclavage, leur extermination onttleimé à notre histoire , ils auraient éprouvé toutes les jouissances de la vengeance jusqu'à une satiété qui eût fini par se transformer en pitié.
Si vous dégagez la plupart des guerres, qui, depuis deux siècles, ont déchiré l'Europe de leurs causes apparentes, anecdotiques, vous trouvez presque partout comme cause réelle, permanente, et cornme (Conséquence finale, la question coloniale. La guerre que Gromwell fait à la catholique Espagne est-elle une guerre religieuse ? Non, elle a pour but réel de lui arracher le monopole du commerce du Nouveau- Monde. C'est pour le même motif qu'une conflagration éclate entre les deux grands pouvoirs protestants, la Hollande et l'Angleterre. Une des guerres entre la France et l'Angleterre porte le nom de guerre de la Succession d'Espagne. N'y a-t-il donc là qu'une question de famille, d'hérédité monarchique ? Non. Si l'Angleterre vient contrecarrer les