LES GUERRES EUROPÉENNES ET LES COLONIES
nouveau continent, nous ne gardions que la Guyane qui a été d'une utilité incontestable aux deux Bonapartes, car elle leur a servi d'instrument d'exécution pour faire disparaître doucement, dans le silence, sous prétexte de défense sociale ou politique, des milliers d'hommes qu'ils n'auraient pas osé exécuter sur la place publique. Le gouvernement actuel de la République la destine encore au même usage.
Voilà le bilan de notre politique coloniale au bout de cette lutte d'un siècle î
Nos colonies ne nous ont servi qu'à nous engager dans des guerres, et nos guerres ne nous ont servi qu'à perdre nos colonies.
LETTRE L
L'ALGÉRIE ET LA. POLITlljUE XmtOMiSBNIlE
Discours de Lamartine. — Mot de Wellington. — L'année d'AfMqne
et l'armée allemande.
Nos fautes dans le passé, au lieu de nous servir de balises nous indiquant les écueils à éviter dans l'avenir , deviennent un argument pour nous pousser à en commettre de nouvelles et de semblables. Quinze ans après Waterloo, nous entreprenons la conquête de TAlgérie.
Immédiatement, nous voilà paralysés en Europe. Et aux partisans actuels d'annexions territoriales, à ceux qui parlent de notre rôle sur le continent,je ne saurais mieux signaler l'influence néfaste de cette politique , qu'en citant le passage suivant d'un discours, prononcé par Lamartine, le 10 juin 1846 :
« Le lendemain même de la révolution de 1830 que se passa-t-il ? Un instinct de réaction bien naturel contre les traités, subis quinze ans, depuis 1815, tourna la pensée de la France vers le Rhin. Mais Tarmée et la flotte sont en Afrique ! L'Algérie est entre le Rhin et vous î
LALtiÉRlE ET LA POLITIQUE EUROPÉENNE 2B7
a Peu de jours après, une irruption inattendue et lointaine du volcan révolutionnaire éclata à Varsovie. L'entraînement de la France la porta à fraterniser avec la Pologne indépendante. Vous regardez autour de vous, vous cherchez vos armes, vos forces, vos escadrons, vos bataillons : tout est compromis, engagé en Afrique, la Pologne est vaincue, Tordre règne à Varsovie, suivant une expression mémorable. L'Algérie est entre la Pologne et vous !
« La Belgique suit votre exemple, elle a ses trois jours ; Télan des deux peuples. Français et Belge, les porte Tun vers l'autre. Ils tendent à s'unir, à se confondre, à fortifier leurs deux territoires, leurs deux nationalités, en n'en faisant qu'une. Mais si vous acceptez la Belgique, la guerre éclate, et il faut retirer vos troupes d'Afrique ; les conférences de Londres s'ouvrent, elles usent, par le temps et les protocoles, l'élan des deux peuples l'un vers l'autre ; la Belgique est séparée de la France. L'Algérie est entre Bruxelles et vous !
« La même impuissance d'agir sur le continent, à cause de votre occupation trop large d'Afrique, vous fît abandonner l'Italie à l'époque où les Autrichiens s'avancèrent, contre les traités, jusqu'à Bologne. Ce n'est pas tout. En 1840, l'empire ottoman tombe en n^orceaux ; la France tient, si elle le veut, le poids de l'équilibre du monde; le traité du 15 juillet se signe comme un défi contre vous à Londres... Il a fallu renoncer à toute grande politique en Syrie, en Egypte, à Constantinople et y subir le bombardement de Beyrouth et de St-Jean-d'Acre, et l'ascen-
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dant des quatre cours liguées contre la France. Pourquoi ? Vous auriez compromis TAfrique. L'Algérie était entre vos destinées en Orient et vous ! »
Wellington avait dit en 1840 :
« Rassurez-vous, messieurs, tant que la France sera occupée à rougir TAlgérie, tant que la France aura 100,000 hommes en Afrique, vous n'aurez rien à redouter : l'Europe n'aura rien à redouter de la France! »
Au lieu de renoncer à cette politique, nous continuons : depuis cinquante-cinq ans, nous jetons millions et soldats en Algérie. Ah! c'était pour nos troupes un champ de manœuvres qui devait les rendre maîtresses de l'Europe ! Les massacres, les razzias, les enfumades d'Arabes, n'étaient que de simples exercices, susceptibles de les aguerrir. Ils les ont aguerries pour le coup d'Etat. Puis est venue la guerre de Chine, le Mexique! Et tous les généraux, formés à ces expéditions d'aventures, qui n'avaient jamais eu que de petits corps dispersés sous leurs ordres, se sont évanouis devant l'armée allemande qui avait préparé ses triomphes par cinquante ans de paix, de travail, d'étude et de concentration.