LE CHAMP DE MANŒUVRES
Le général Lewal. — Baptême du feu. — Loin du feu. — Le climat. — L'expédition de Sabouciré. — L'expédition des Achantis. — Nos troupes à Kélnng. — Pas d'acclimatement. - Les rapatriements. — Ecrémer l'armée pour la fortifler.
Quand le général Lewal reprenait à propos du Tonkin la théorie du champ de manœuvres et disait que Tarmée française ne devait pas demeurer hypnotisée devant la « trouée des Vosges, » il n'ouhliait que ce détail historique : peu de chose, on le voit !
Il n'est peut-être pas mauvais pour une armée de recevoir le baptême du feu ; mais, comme disait le maréchal Bugeaud : — « Ce sont toujours les mêmes qui se font tuer. » Si les timides s'aguerrissent, les braves ont des chances de disparaître, et l'armée d'être écrémée.
A cela, vous me répondrez par l'exemple de Ney et la légende des invulnérables. Ce sont des exceptions. Napoléon le savait si bien que, dans sa proclamation à l'armée, la veille d'Austerlitz, il disait naïvement : « Soldats, je me tiendrai loin du feu... »
Mais si, dans les guerres européennes, le feu fait un nombre de victimes relativement minime, comparé aux ravages produits par la maladie, qu'est-ce donc
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dans les colonies du climat torride et même du climat chaud ? D'après Boudin, à Sierra Leone, la mortalité de Tarmée a été de 43,8 pour cent et au Cap Coast de 66,8 pour cent. D'après Dutroulau, la mortalité de Tarmée au Sénégal s'est élevée jusqu'à la moitié de Teflectif , et quelquefois cette proportion a été dépassée. En 1878, M. Brière de Tlsle, alors gouverneur du Sénégal, envoya une expédition àSabouciré, capitale du Logo, à 180 lieues à peu près de Saint-Louis. C'était au moment de l'hivernage. Le médecin en chef, M. Bourgarel, le fit observer. On passa outre, vu la gravité de TafTaire : Niamody, roi du Logo, avait enlevé quelques bœufs à Sambala, roi de Médine et notre allié ! Sabouciré fut prise etbrûlée : le butin se composa de trois mille bœufs et de deux mille prisonniers qu'on remit à Sambala, qui en tira un bon profit en les expédiant sur les marchés d'esclaves du Soudan. Mais la fièvre jaune éclata alors sur les vainqueurs. En trois heures, elle enlevait les hommes sur qui elle s'abattait. Le chiffre des décès s'éleva à 79 pour cent. M. Bourgarel, contre l'opinion de qui l'expédition s'était faite, périt victime de son devoir. Le médecin du bataillon de tirailleurs, M. Baril, ayant eu le malheur, dans un travail technique, de signaler l'imprévoyance, au point de vue hygiénique, qui avait signalé cette expédition, ne fut pas proposé pour la croix, alors que tous ses camarades la reçurent et alors qu'il avait rempli son devoir de la manière la plus héroïque. La première expédition anglaise dans le pays des Ashantiseut un sort analogue : sur 110 hommes