‹ Lettres sur la politique colonialeChapitre 98 sur 126 · DONNEZ L'EXEMPLE I · texte numérisé non relu

DONNEZ L'EXEMPLE I

Constatation da général DuYivier. — Ubi solitudin^.., — Terres en friche. — Argument retourné. -- Terre vivifiée. — S'applique aux concessionnaires.

Cette argumentation prouve surtout que les prétextes de rapacité changent pour Thomme, tandis que le fond reste le même. Autrefois, on faisait des croisades au nom de Jésus ; aujourd'hui, on en fait au nom du principe d'utilité. Le poteau télégraphique a remplacé la croix.

Mais les peuples qui invoquent le principe d'utilité devraient commencer d'abord par l'appliquer euxmêmes. L'avons-nous enseigné aux Arabes, en Algérie? J'en appelle au général Duvivier qui disait en' 1842 : « Depuis onze ans, on a renversé les maisons, incendié les récoltes, détruit les arbres, massacré les hommes, les femmes, les enfants avec une fureur tous les jours croissante. » Ubi solitudinem faciunt^ pacem appellant.

On se plaint du déboisement de l'Algérie : il y a une Ligue du reboisement qui me paraît surtout avoir pour but de chasser les indigènes des montagnes où on les a refoulés et de les condamner à la

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famine, en détruisant leurs chèvres. Mais, si on veut reboiser, il y avait donc du bois quand nous avons envahi et conquis TAlgérie? J*ai traversé, près des Beni-Mansour, un bois de gigantesques oliviers séculaires. Gomme j'en parlais avec admiration à un vieil officier, il me dit : — « Il y en avait partout comme cela; nous les avons brûlés! »

Pour justifier les mesures d'expropriation, on disait que les indigènes laissaient leurs terres en friche. Cet argument ne pouvait s'appliquer aux Kabyles aussi économes de leur sol qu'un maraîcher de Vaugirard : et cependant on devait créer aussi des centres en Kabylie ; on en a créé en 1871. Que devenait alors le prétexte ? Appliqué aux Arabes eux-mêmes , il se retournait également contre les Européens ; car il a été constaté que les premiers n'avaient que 59 pour cent, tandis que les seconds avaient 63 pour cent de leurs terres en friche. Au nom du principe de Tutilité, ce sont donc ces derniers qui auraient dû être expropriés au profit des premiers !

Si on veut spolier les indigènes, sous prétexte qu'ils ne font pas une culture intensive, la mesure doit alors s'appliquer à presque tous les Européens qui font, aussi eux, de la culture extensive. Bien plus, elle doit s'appliquer aux cent mille hectares de la Compagnie Algérienne, aux vingt mille hectares de la Compagnie Genevoise; car ces sociétés, loin d'apporter des procédés de culture perfectionnée aux indigènes, se bornent à leur louer leurs terres, moyennant les 3/5 de la récolte. L'indigène travaille,

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laboure, ensemence; elles n'ont que la peine défaire le partage.

Beaucoup des colons qu'on installe à grands frais sur des concessions, n'ont pas une autre manière de les exploiter. Des généraux, des femmes de généraux, des maîtresses de généraux, ont reçu des concessions qu'ils n'ont jamais vues et dont ils ne tirent parti que grâce à ce procédé. Il est vrai que, dans le projet des 50 millions, un certain nombre de concessions devaient être rachetées à leurs titulaires et payées à beaux deniers comptants.

— Mais, me dites-vous, la Compagnie Algérienne, la Société Genevoise n'ont pas exécuté les clauses de leur cahier des charges qui les obligeait à bâtir des villages, à construire des routes, à établir des plantations. Si l'administration avait eu la main ferme, elles auraient dû être expropriées.

— Soit, alors pourquoi commencer par les indigènes?...

Je n'insiste pas.

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