CONDUITE PRIVÉE DE L'INSTITUTEUR
Ce n'est pas assez que l'Instituteur donne directement à ses élèves une bonne éducation morale. Ce n'est pas assez qu'il appelle sagement à son secours l'intervention de la famille, et qu'il évite les inconvénients des relations trop familières ou trop peu dignes avec les parents. 11 faut aussi que sa conduite personnelle prêche en faveur de ses préceptes et que l'homme soit digne du maître d'école.
11 y a de jeunes maîtres qui ont plus d'imagination que de jugement, et qui se figurent qu'on peut faire de sa vie deux parts distinctes : Tune, officielle et publique, qu'on maintient irréprochable, qu'on entoure d'une juste consi-
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dération ; l'autre, personnelle et privée, que Von est autorisé à cacher, qu'on a. le droit de murer a tous les yeux. Aussi, à quiconque leur reprocherait une contradiction entre les principes qu'ils portent dans l'exercice de leurs fonctions et ceux qu'ils accorauiodent à leur usage, îlsrépondi'aient Cèrement qu'ils ont leurs idées comme hommes, et que. Dieu merci, on n'arien à reprendre dans l'Instituteur. Les insensés ne comprennent pas qu'ils se perdent par cette prétention ridicule. En affirmant qu'ils manquent de jugement, je n'ai pas dit assez : je devais dire qu'ils manquent de conscience. Comment peut-on supposer que l'estime publique, que celte voix du peuple qui est bien ici la voix de Dieu, proclame avec honneur le nom d'un comédien qui prend la régie des devoirs comme un masque, et qui la jette à l'écart dans le misérable intérêt de ses pas- Que ces mauvais maîtres ne s'y trompent pas I Ils se croient à l'abri de toute critique parce qu'ils jouent bien leur rôle devant lesenfants et devant les familles. Eh bien! sans compter l'odieux de cette hypocrisie, ils n'atteignent pas même le but qu'ils se vantent d'avoir touché. Dieu ne permet pas que l'apparence ait la fermeté durable et les couleurs solides de la réalité. Le mensonge passe toujours par quelques fissures, et tel se retire chez lui, le cœur gonflé d'amour-propre, se félicitant lui-même d'avoir fait des mer\-cilles dans son école, qui n'a pas obtenu autre chose que l'obéissance extérieure, et qui a laissé le cœur des enfants aussi froid que le sien.
ûr&ce au ciel, mon bon ami, nous ne sommes, ni vous ni moi, de ces habiles, ou plutôt, de ces lâches, qui ont, si je l'ose dire, une conscience de rechange ; qui font leur devoir officiel par orgueil, et non par conviction intime ; qui défendent à l'œil de pénétrer dans le mystère de leur vie privée, parce que l'œil n'y surprendrait que des luipi-
tudes, et qui se croient quittes envers la société, parce qu'ils donnent exactement une part de la journée aux immenses devoirs de l'éducation, pour s'affranchir personnellement de toute contrainte, quand ils ont fermé leur porte et serré dans leur armoire tout le matériel de leur enseignement.
L'état social de nos jours n'a que trop favorisé ces tendances détestables. N'avons-nous pas vu maintes fois des écrivains excuser la licence de leurs écrits par l'honnêteté de leur vie privée ? des journalistes appeler sur leur pays le déchaînement des factions et se targuer d'une probité romaine ? des fonctionnaires accomplir avec zèle les devoirs de leur place, et miner par une opposition sourde ou patente le gouvernement qu'ils avaient juré de servir ? La conscience, la vraie et sérieuse conscience n'admet pas ces évolutions complaisantes. Elle est comme ces anciens héros bardés de fer, dont l'armure semblait être toute d'une pièce. Elle s'appelle la conscience et non pas la souplesse, l'incohérence, la contradiction, le ménagement de tous les profits.
La société a donc le droit de nous demander si, à l'habileté du maître, nous joignons les habitudes les plus sévères de moralité ; et, nous, quand nous reportons les yeux sur nous-mêmes, nous avons le devoir de nous interroger avec scrupule, de nous réformer avec courage, de maintenir auprès de notre foyer comme dans notre vie publique la pureté des mœurs et le respect de tout ce qui est saint 3t sacré.
Aussi le sujet de cette lettre n'est-il pas le moins important de ceux que nous avons à traiter ensemble ; et nous ne perdons pas notre temps lorsque nous examinons, jusque dans ses nuances les plus délicates, l'obligation morale, intime, universelle, qui s'impose d'elle-même à l'Instituteur.
^^îÇitnmençona, comme il est juste, par la religion. ' Assurément les conscienoea sont libres en France, et nuM n'est oblij^é, aoiis une peine légale, de pratiquer les devoiral spéciaux du culte auquel il se donne pour appartenir. Jw m'arrête avec respect devant cette grande question de \%M liberté religieuse; je n'accuse pas plus l'indifférence dèM mon voisin, que je ne lui permettrais do tourner ma 1er- J vour en ridicule. A chacun son droit,
Mais l'Instituteur a-t-il ce droit absolu? Sa liberté, en J ce point, est-elle entière et sans limites?
Légalement, il a ce droit, il jouit de cette liberté; mora lement, il ne saurait en être de même,
Le maître d'école qui ne pratique pas les devoirs relU gienx est condamné aux plus choquantes contradictions. ï eencourt à enseigner la religion aux enfants, et à leuiH apprendre, non-seulemenl ca qu'Os doivent croire, i qn'ila doivent faire pour être de bons chrétiens. Il les pré^l pare, comme l'auxlliaire-në du curé de la paroisse, et à laS
première
communion, et au
Uement de ce grand^
acte de la vie religieuse. 11 les interroge sur le catéchisme, qui contient le détail des obligations pratiques, et ne se borne pas à une sorte de philosophie abstraite du christianisme. Il les conduit aux ofûces divins; les instruit à commencer et à linir la classe par une prière et à s'incliner chaque jour devant l'image du Christ, qui, suspendue à la muriùUe de l'école, semble en consacrer tous les travaux. Et cette espèce de sacerdoce laïque ne serait qu'une forme inhérente à l'emploi que le maître occupe I et il en remplirait matériellement les obligations sans y participer ds cœur! et il mépriserait les œuvres après avoir enseigm' doctrine ! Il tournerait le dos à l'église toutes les fois qu congé le rendrait libre, et l'exempterait du soin d'y accom. pagner les enfants 1 II ne verrait dans la présence du Chrit' & l'école qu'une vaine image de bois ou de plâtre imposa
par un règlement administratif, réclamée par les préjugés des familles et la routine du village I
Llnstituteur qui est dans ces dispositions doit être, s'U a du cœur, le plus malheureux des hommes. L'ennui doit le saisir dans le plus fort de son zèle, et son attention à éviter de se contredire, à concilier son indifférence personnelle avec la piété qu'il est chargé de nourrir dans les âmes de ses écoliers, est un supplice de tous les instants. Et nonseulement il souffre, mais il compromet à chaque moment le sort de son œuvre ; car Fenfance est malicieuse, clairvoyante, et surprendra, un jour ou Tautre, le défaut de sincérité, le métier mis à la place du devoir.
Je sais bien qu'il y aurait encore un malheur pire que celui-là : le malheur de l'hypocrisie. Loin de moi la pensée d'engager le maître d'école à jouer une comédie de piété. Mieux vaut cent fois le désaccord entre l'enseignement et la pratique de la religion, que la profanation du sanctuaire. Il est bien plus odieux de voir un Instituteur donner bruyamment de bons exemples à ses élèves, les étonner des éclats de sa piété, et se dédommager dans l'intimité par des blasphèmes, que d'avoir à lui reprocher un froid et sec accom- ' plissement des obligations officielles, à côté d'un complet oubli des obligations religieuses appliquées à la vie privée.
Mais enfin, mon ami, quelle conclusion à tirer de tout ceci? Qu'on doit y regarder à plusieurs fois avant de choisir une carrière qui exige des qualités si précises, et dans laquelle le danger de l'hypocrisie ou de la contradiction flagrante est bien plus grave que dans la plupart des états ; que l'accord entre ce qu'on fait et ce qu'on enseigne est un devoir de conscience, plus sévèrement obligatoire pour le maître que celui qui est imposé à tout honnête homme de mettre en harmonie ses paroles et ses actions.
Le bon sens, ce juge suprême, reconnaît une position fausse et tourmentée dans celle de l'Instituteur qui déiait
srn LA l'RorrKsrori d instituteur.
^BKi leçons par son exemple, et qui se place ainsi, lui homin ' raisonnable, au-dessoua de rinstincL religieux des petîtlS enfante.
Après la religion, ou plutôt en même temps que de IftI religion, parlons des habitudes morales.
Le raisonnement sera le même. Nous sommes touï obligés d'être moraux, de respecter la sainte pude^ii tenir une conduite régulière. L'ouvrier qui détourne untfj jeune fille de ses devoirs, le riche qui consume son patri^J moine dans la débauclie, sont également coupables devant I la grande loi du devoir. Mais combien serait plus coupable l'instituteur indigne qui, sans respect pour l'enfance qu'on lui conBe et qui a les yeux sur lui, souillerait sa vie privée par des habitudes immorales, étalerait son cynisme et croirait user du droit d'un homme libre, parce que, à peine hors de son école, il serait effrontément libertin! Encore celai-là ne garderait-il pas longtemps, sous l'œil de l'autorité légitime, le poste qu'il aurait déshonoré, et le scandale de son exemple ne serait pas durable ; mais celui qui, prêchant la morale dans sa classe, faisant ressortir les beaux exemples de pureté et de pudeur, rentrerait ensuite comme fiirtivement dans son logis pour y nouer de honteuses intrignes, ahl de quel nom, de quel arrêt le flétrir, et -combien de larmes ne devrait-on pas verser sur cette profanation de la conscience, sur cette insulte grossière mx% éternelles lois de la vérité 1
Ge n'est pas que tous les Instituteurs coupables d'une contradiction si monstrueuse fussent nécessairement des hommes habitués à calculer le mal. Non; la faiblesse est plus commune que l'impudence, et c'est par la faiblesse que les jeunes maitres peuvent tomber dans cet abîme sans tond, l'ar exemple, qu'ils soient trop faciles dans leurs relations de tous les jours; qu'ils admettent indilléreinment dans leur compagnie des hommes tarés à côté des
personnes honorables. Bientôt, et sans qu'ils le sentent d'abord, le poison s'insinuera dans leurs cœurs ; les conversations futiles et hardies gâteront leur esprit ; les conseils glissés à l'oreille, les confidences grivoises, les forfanteries de prétendus conquérant? dont les victoires auront troublé quelques ménages, désuni quelques familles, les pousseront dans la voie fatale des mauvais sujets. Leur jeunesse, leur isolement qu'ils ne savent pas remplir d'une manière sérieuse, leur seront des pièges ; les bons souvenirs, les précieuses traces de leur premier noviciat iront s'effaçant par degrés ; l'intelligence survivra encore ; les méthodes d'enseignement continueront peut-être à s'appliquer d'une manière utile ; mais , si le maître enseignant subsiste, l'homme moral aura disparu.
L'Instituteur ne saurait donc être trop circonspect dans le choix de ses fréquentations journalières, trop modeste dans les habitudes de son intimité, trop attentif à garder une exacte sobriété; car le moindre écart en ce genre, outre qu'il le déconsidérera promptement, le livrera sans défense aux épanchements indiscrets, ce préambule obligé de la mauvaise conduite. Il ne cédera pas aux tentations du jeu, faux plaisir que le désœuvrement invente, et qui produit la ruine, avec le dégoût de tout noble divertissement. Il se ménagera même dans les plaisirs plus innocents, afin de ne sacrifier son devoir à aucune passion exclusive, et il n'ambitionnera la réputation ni du. plus, intrépide chasseur, ni du pêcheur le plus patient de son village. Qu'il use, s'il le veut, de ces délassements ; mais que la préparation de sa classe, que l'heure exacte de l'ouverture de l'école, n'en souffrent jamais.
Un des travers dont j'ai toujours cherché le plus soigneusement à me préserver, ce sont les habitudes du /îdneur. Il y a des maîtres, fort estimables de tout point, qui, sous prétexte de la fatigue que le temps de la classe leur a
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causée, réparent leurs forces, s'imaginent du moins qu'ils les réparent, par des promenades indolentes sans caractère et sans but. Reposez-vous quand il le faut, mais ne languissez pas; n'alleï pas vaguer comme une urne en peine, qui cherche à tuerie temps libre dont elle dispose, el qui voit dans l'oisiveté la compensation suprême du travail. Que la promenade soit un exercice en même temps qu'un plaisir, et, quand cela est possible, une occasion d'instruction en même temps qu'un exercice. Je ne demande pas que tout soit calculé ; je sais qu'il faut un peu d'air et de liberté à la vie ; mais je n'aime pas ces visages ennuyés, ces mains pendantes derrière le dos, ces bâillements périodiques, ces vagues regards qui ne regardent rien, tous signes visibles de langueur et de mollesse. Le repos, les récréations de l'homme actif se ressentent de son activité.
Cette observation se lie plus étroitement qu'on ne le penserait peut-être aux considérations qui intéressent les mœurs. L'esprit occupé qui, dans ses délassements môme, OB perd jamais entièrement de vue les choses sérieuses,, porte un bouclier plus fort contre toutes les tentations du mal. Le vide dans l'intelligence ne se fait guère qu'aux dépens du cœur, et il n'y a pas de plus dangereuses inspirations que celles des heures oisives delà journée.
Je rattacherai encore au même objet le conseil d'éviter toute négligence dans son intérieur. L'Instituteur qui n'est P&a marié se figure quelquefois que tout visiteur sera indulgent pour la tenue d'une chambre de garçon, où les ustensiles seront épars, les vêtements jetés çà et là sur les chaises, où le sans- façon régnera du matin au soir. Erreur I il ne sera pas besoin que l'inspecteur visite le logement privé du maître pour l'exposer à un jugement sévère. Plus d'un paysan accoutumé à l'ordre du ménage , aux chambres bien proprettes, où tout est luisant et casé à propos, lèvera les épaules en sortant de la chambre mal tenue oii l'Instituteur vicnl de le recevoir.
L'opinion est exigeante, même au village. Elle sait mauvais gré à Tlnstituteur, qui est un monsieur par rapport à la plupart des habitants, et qui a son titre de savant à se faire pardonner, de laisser aller son intérieur à Taventure. On regarde sa négligence comme une bravade, et on le respecte moins.
S'il est marié, et qu'il ne tienne pas, en ce qui le concerne, à Tordre du ménage, il compromettera sa femme avec lui dans Topinion. Outre les paysans, il aura contre lui les villageoises, et, comme il aurait besoin de toute sa dignité modeste contre les gâteries ou les obsessions des familles, il sera certainement affaibli par les commentaires désobligeants qui s'adresseront à sa maison.
Lorsque j'entrai en ménage, j'eus le bonheur de rencontrer une femme simple et économe, qui n'avait pas, il est vrai, l'expérience du petit gouvernement domestique, mais qui, par la docilité de son esprit, était propre à s*y former promptement. Accoutumé à l'ordre, je Vy accoutumai dès l'origine par mes conseils et par mon exemple. Les premiers oublis, qui venaient de l'inexpérience, furent bientôt remplacés par les soins les plus attentifs. Les ménagères qui venaient nous voir admiraient le linge rangé dans nos armoires, notre vaisselle polie et bien ordonnée, notre pauvre mobilier tout brillant d'une propreté entretenue chaque jour. Les hommes, moins observateurs, n'avaient pas à gloser en passant sur le défaut d'ordre, et c'était un aliment de moins pour la critique. Je trouvais là un très-grand profit.
L'habitude d'une économie sévère me créait une sorte d'aisance. J'avais, certes, bien des raisons d'être économe, et on pourrait croire que je faisais de nécessité vertu. CeJ pendant, mon ami, il est trop commun d'abuser de sa pauvreté pour excuser le désordre de ses affaires, et on ne s'aperçoit pas que, par la négligence, on perd l'usage môme
Sun LA PROFESSIOS D INSTIT0TEDH.
r modiques ressources que nous conservait encore la. Providence. On peut très-bien, dans les situations les plu»; modestes, et celle des Instituteurs de campagne est de M nombre, se faire honneur du peu qu'on a. Avec de l'ordre, du soin, de l'économie, de la propreté, on a de grandtf^ moyens à son service. Je les cumparerai, ces moyens, aux anciennes fées et aux enchanteurs du vieux temps, qui, di bout de leur baguette, changeaient en trésors les matièreaj les plus viles. Ménagez-les, mon ami, employez-les, et,aauf les malheurs imprévus, où la coniiance en Dieu ei notre seule richesse, vos forces ne seront pas au-dessoi de vos besoins.
Il y a d'ailleurs une autre vertu, bien nécessaire à l'Ins-i tituteur, et qui ajoute à celles-là une valeur considérable; cette vertu, c'est la modération dans les vœux, U est peri au commerçant, à l'industriel, de faire des rêves de fortune. Leur vie est un calcul sans fin. Les chances de profit, les éventualités heureuses à préparer, à exploiter ensuite, sont comme l'essence, et je dirais même, le devoir de leur état. Les plus honnêtes, les plu.» sévères sur la probité, sont de droit des spéculateurs, des hommes qui recherchei " l'aisance par des moyens soumis aux caprices de la fortuni Us risquent de perdre ; il est juste qu'ils aient l'espérani de gagner, qu'ils y songent, qu'ils y consacrent leara veille! Mais nous, cher ami, à quoi nous serviraient ces sonj dorés 7 A nous détourner de notre devoir. Nous ne pouvonsambitionner la richesse qu'en méditant l'abandon de notre école pour le choix tardif d'une autre carrière, ou en essayant de joindre un commerce, une spéculation quelconque, à la direction de notre classe. Voyez où cette chimère nous conduira.
Songeons-nous à quitter l'instruction? Mais alors, n manquions de cette vocation décisive qui, seule, fait bons maîtres. Nous trompions les autres, nous nous troi
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pions nous-mêmes sur notre mission. S'il en est ainsi, hâtons-nous de prendre un parti, et gémissons d'avoir perdu quelques années de notre vie dans un métier pour lequel nous n'étions pas nés. Il est impossible de cumuler l'accomplissement des devoirs d'Instituteur avec les rêvasseries qui nous transportent dans une autre position de fortune ; on ne peut être à la fois assis sur la chaise de paille de l'humble maître d'école et sur le couvercle bardé de fer d'un coffre-fort. Les distractions qui nous tourmentent, les ennuis, les dégoûts qui viennent nous assaillir , diminuent nos forces avec notre zèle. Plus de tendre affection pour nos élèves, plus de dévouement à leurs intérêts; nous subissons, comme contraints et fbrcés, une servitude passagère, joyeux à la seule pensée de pouvoir dans un an, dans six mois, dans trois mois peut-être, secouer un joug qui devient plus intolérable à mesure que nous en relâchons les liens.
Mais ce sera pis encore, si, à la direction d'une école, nous prétendons joindre la surveillance d'une entreprise commerciale. Je ne parle pas d'un commerce fait directement ; car la loi, dans sa prévoyance, ne le permet pas à l'Instituteur, mais il y a des faux-fuyants qui rendent possible ce qui est défendu. Ce ne sera plus le maître, mais sa femme, son frère, qui sera en nom, et qui restera chargé de la gestion apparente ; en réalité, c'est le maître d'école qui se sera fait épicier, mercier ou libraire. La question ici devient plus délicate et le danger plus réel, parce qu'il ne s'agit plus d'un projet et d'un rêve, me.is d'une chose accomplie, d'une réalité de tous les jours. Je veux bien qu'on n'interdise pas à la femme de l'Instituteur un commerce honorable qui doit ajouter au bien-être de la lamille; mais je tremble que le mari ne devienne impatient de quitter sa classe pour courir à son comptoir ; que la correction des copies de ses écoliers ne lui paraisse bien fade auprès de
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la tenue de ses écritures privées, et que le calcul de ses profits et pertes ne prenne à ses yeux une bien autre importance que renseignement du système des poids et mesures. Non, mon ami, ce double rôle ne convient pasau^^j maitre de l'enfance. Il ne peut être tout ensemble à la spÀ^^H I cuIatioD commerciale et à ses devoirs spéciaux. -^^H