‹ Lettres sur la profession d'instituteurChapitre 18 sur 41 · LETTRE XXII · texte numérisé non relu

LETTRE XXII

PROCÈDES POUR L ENSEIGNEMENT RELIGIEOÏ ET MOBJ

Il doit être bien entendu, mon ami, qu'en voua parl^ des procédés pour l'enseignement des diverses matières q font partie de votre programme, je n'ai pas à vous à tailler ici les applications. C'est le rûle des livres spéciad qui traitent de chaque enseignement en particuUer, et,j j'allais vous imposer mes systèmes, je vous apportert plus d'embarras que de profit. Vous auriez peut-être a de confiance en moi pour vouloir me suivre à la lettrB,;.3 vous mécontenteriez tout le monde, l'autorité qui surveili et dirige les maîtres, comme le .public dont vous prétç' driez changer les habitudes sans préparation sutiisante. Cependant, si je fais bon marché de mes idées persofl

I nellee, et si je ne vous réduis même pas à l'emploi exclw de tel ou tel bon système connu, je veux vous prémui contre tout mauvais système ; la tolérance ne doit pas a jusqu'à respecter ce qui est défectueux, et il faut reci^

j naître du moins, dans les procédés dont on se sert, les v

caraeléres du bon sens et d'une observation fondéo sui

i nature.

Ainsi, les procédés peuvent être divers, mais d'une valeur à peu près égale, pourvu qu'ils soient conformes à la marche naturelle de l'esprit humain. Je fais peu de cas de ces systèmes d'une nouveauté étrange, et, selon le langage du jour, excentriques y qui ne réussissent qu'à force d'esprit et de volonté. Nous ne sommes pas Instituteurs pour faire des tours de souplesse aux yeux des passants ébahis, mais pour cultiver raisonnablement des âmes raisonnables.

Cela posé, et quel que soit le procédé dont nous nous servirons, parmi ceux qui remplissent la condition essentielle, ne perdons pas de vue que deux obligations s'imposent à nous ; celle de bien savoir ce que nous allons enseigner; celle de préparer tout spécialement la leçon de chaque jour.

Ces règles sont tellement précises que je ne crains pas de les appliquer à la partie même de l'enseignement qui semble échapper à l'action directe et souveraine de l'Instituteur, je veux dire à l'enseignement des prières, du catéchisme, de l'Histoire Sainte, et à l'étude de quelques livres de piété et de morale qui peuvent être inscrits parmi ceux de l'école.

Je n'ai jamais cru, lorsque je préparais mes classes du lendemain, devoir me reposer tout simplement sur le digne curé de la paroisse du soin d'expliquer toutes ces matières. A la vérité, comme il me savait fidèle, il avait confiance dans mes paroles, et il était bien assuré que je ne prononcerais rien de téméraire ou de contradictoire avec ses propres instructions. Certes, je ne me permettais pas d'expliquer nos dogmes saints, dont le commentaire ne pouvait être bien placé que dans sa bouche ; mais, si un enfant, en apprenant son catéchisme, dénaturait, sans le vouloir, un texte mal compris, je ne me faisais pas scrupule, nonseulement de rétablir le texte, ce qui était d'obligation matérielle, mais de le traduire pour l'enfant en d'autres

Sun LA FIIOFESSION D INSTITL'TEUtl.

fermes, dont la synonymie le remettait sur la vole de lai vérité.

Le bon curé, qui s'était attacîiÈ à moi, et qui venait asse* souvent dans mon école, se plaisait à me laisser le d'enseigner la religion en sa présence, dans la limite o maître laïque doit se tenir. Par exemple, lorsque je voulaia m'assurer si les plus jeunes de mes enfants, ceux de sept 8 huit ans, avaient bien retenu leurs prières, et si quelque! négligence à remplir ce devoir dans la maison paternelleM n'avait pas affaibli leurs souvenirs, je m'arrêtais quelque-^^ fois, ou plutôt j'arrêtais la récitation, pour faire remarquer'! nne grosse erreur, et cette erreur devenait l'occasion d'une, 1 petite leçon religieuse et morale. Qu'un enfant, par exem-. pie, récitant : Je me confesse à Dieu, oubliât la formule^ répétée trois fois : C'est ma faute; je l'en reprenais douce^T ment, et je lui faisais sentir combien cette formule ette-a geste qui l'accompagne expriment avec force et av tesae la douleur que doit éprouver le pécheur, lorsqu'il al offensé un Dieu si bon. J'étais bien sûr de graver le sou-' J venir de ce passage d'une manière ineffaçable dans l'espril de mon étourdi, et, si je lui avais fait recommencer e prière le lendemain, il eût certainement oublié tout le resté plutôt que la ligne et le geste dont noua avions parlé Igi^ veille.

Il n'appartient pas au maître d'expliquer le catéchisme; , c'est le droit du ministre de la religion. Aussi, en principe, n m'interdisais-je toute explication sur un sujet si délicat..! Néanmoins, une fois assuré des intentions bienveiilanteS'i denotrecuré, jene me bornais pas au rôle sec et ennuyeux d'un vérificateur de syllabes, qui n'oserait aller au-delà du rétablissement d'un mot perdu. Si je voyais la mémoire de l'enfant hésiter, parce que son intelligence était en peine de saisir telle ou telle réponse, je tâchais de la lui présenter prudemment sous une autre forme, non pour lu

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commenter, mais pour appeler le jugement B Bouvenir. Une l'ois l'esprit remis dans sa voie, je faisais apprendre mot pour mot le texte, parce que, répétais-je eans cesse, noua n'avons pas le droit d'y rien changer. Quand on a un peu l'expérience des enfants, on présumeà l'avance le genre de difficultés qui peut les arrêter, et l'Instituteur, en lisant seul la leçon de catéchisme qu'il doit faire réciter, mettra aisément le doigt sur les passages pour lesquels il aura besoin de donner quelques éclaircissements, ménagés avec sagesse.

Quand je prenais en main l'nîstoîre Sainte, je me sentais toul-à-fait à l'aise. Ici, rien d'abstrait ni de trop sévère; des récits attachants, une suite de scènes vivantes, une galerie de personnages agissant, combattant, mourant pour la gloire de Dieu. Quelle nécessité y aurait-il eu de se borner à une récitation littérale, qui n'aurait rien dit à l'intelligence ni au cœur? Ce procédé ne pouvait me convenir. Je prenais l'Histoire Sainte, non pas uniquement pour exercice de mémoire, mais pour sujet d'une lecture attentive, entremêlée de réflexions, destinée enfin à être goûtée comme elle mérite de 1 èlre.

N'est-ce pas là, mon ami, ce que nous avons appelé le véritable esprit pratique, celui qui doit présider à l'emploi de tous les procédés d'enseignement? On s'imaginerait bien à tort que la pratique se borne à des moyens tout matériels ; renvoyons ces erreurs a la routine, notre pri cipale ennemie. La pratique admet, appelle l'exercice r et i.rme de nos plus nobles facultés ; elle est en harmofli naturelle avec le jugement, et le jugement, en se déifelog pant, assure les résultats de la pratique.

La gradation et la variété n'ont pas besoin d'être che^ chéesdans l'enseignement de l'Histoire Sainte. Elles sn données par le plan même du livre, et par l'intérêt s'attache à la succession des faits aucomplls.

Mais, ce que cherchera le maître, en cette matière comme dans toutes les autres, c'est de placer à point nommé les répétitions que pourraient exiger soit la longueur d'un récit, soit la complication des circonstances qui remplissent une époque; c'est surtout d'organiser un bon système d'interrogations, qui, par des appels réitérés, force la mémoire à se souvenir, le jugement à se prononcer.

Il ne sera pas hors de propos de vous représenter en action une de mes leçons d'Histoire Sainte. Je ne vous la donnerai pas comme une loi, mais comme un exemple de ce que j'ai cru bon et utile, et, si vous observez les mêmes règles, en changeant la forme, vous pourrez en tirer le même parti.

Nous lisions un jour cette histoire de Tobie où se trouvent réunis des détails si touchants et des conseils si remplis de sagesse. Je l'avais coupée en deux parties pour ne pas surcharger la mémoire de mes élèves. La première partie allait des premiers actes de dévouement du saint homme au départ de son fils ; la seconde comprenait tout le reste, c'est-à-dire les aventures du voyage, le mariage du jeune Tobie et la mort heureuse du père dans une vieillesse honorée.

Lorsque j'eus fait lire la première leçon, celle qui nous montrait Tobie ensevelissant avec une piété courageuse les Israélites mis à mort par ordre du roi Sennachérib, et devenu tout-à-coup aveugle par une permission de Dieu qui voulait éprouver sa patience ; puis, donnant à son fils, qui allait partir pour recouvrer une somme d'argent, et qu'il croyait ne jamais revoir, des avis salutaires aux enfants de tous les pays et de tous les âges, je m'aperçus que tout ce qui avait le caractère du récit s'était assez bien gravé dans la mémoire, et que l'intelligence l'avait saisi avec une netteté suffisante ; mais que les conseils, malgré leur simplicité et leur clarté admirables , n'avaient pas été tous compris,

ni, à plus forte raison, tous retenus. J'avais bien Tintention de les faire apprendre par cœur pour la classe suivante, mais qu'est-ce qu'une leçon apprise par cœur, quand on n'y voit que des mots et qu'on la récite sans la comprendre? Je voulais donc, avant tout, qu'une telle leçon fût expliquée, et qu'elle eût un sens clair pour mes enfants.

Je repris moi-même ce passage de notre lecture, et je m'arrêtai après chaque idée principale, en ajoutant de courtes réflexions ; je répétai les mêmes pensées sous des formes difl'érentes, mais je revins au texte en finissant," comme aux termes mêmes qui devaient rester dans la mémoire. Il y avait là une obligation double de respecter le texte, car il exprime des vérités morales en style de maximes et en paroles inspirées par l'esprit de Dieu.

A propos de ces mots : Honore ta mère tous les jours de ta vie, je rappelai brièvement le devoir des enfants envers leurs parents, et il ne me fut pas difficile d'arriver au cœur des petits auditeurs, en leur parlant des tendres soins que leur père, leur mère surtout, prodiguait à leur enfance. Ces mots énergiques, appliqués à l'aumône : Donne beaucoup si tu as beaucoup, et peu si tu as peu, mais de bon cceur, me fournirent l'occasion d'expliquer combien il est facile de faire du bien, sans être riche, pourvu qu'on soit animé de l'esprit de charité. Lorsque j'arrivai à ces expressions : Que Vorgueil ne domine jamais dans tes pensées ni dans tes paroles^ car c'est par l'orgueil que tous les maux ont corn-' mencé, je rappelai la révolte des mauvais anges et la chute de nos premiers parents. Je fis même quelques allusions transparentes à certaines fautes commises dans l'école, et dont un mouvement d'orgueil avait été le principe. Tout cela était à leur portée et les rendait attentifs. « Demande toujours conseil à un homme sage, » dit encore le texte sacré. Je fis entendre à mon auditoire que, tant que les enfants étaient sous l'autorité de leurs parents et de leur

If

l'UOr'KSSION tiISSTITUTELil

ntuteur, c'était à eux seuls qu'ils devaient demandesa conseil. Enfin, lorsque Tobie ditàaon flls : « Nous sommël^ » pauvres, il est vrai, mais nous aurons beaucoup de blenj^ > ai nous craignons Dieu ; » j'insistai sur ces mots, moinS-^ compris que les autres : « nous aurons beaucoup de bien, ; et je fis voir que, réellement, les riches qui ne craignentj pas Dieu manquent de beaucoup de biens que l'argent nâfl remplace pas : la bonne conscience, la joie secrète de faire' son devoir, la paix du cœur, tandis que les pauvres, I à Dieu, ont iiae patience, un courage, une conaolatîow intérieure, une pieuse espérance qui sont des biens véri-il tables.

Après ces observations familières, quoique sérieuses, jé-'fl lus une fois de plus, une dernière l'ois, les paroles de TobiftcT et je les donnai pour sujet de leçon, après avoir acquis Itti certitude qu'elles étaient bien comprises.

J'appliquai le même procédé à la seconde partie du rfr cit. Lorsqu'il eut été lu une première fois, et suivi de quel-*^ ques brèves questions, je reconnus que certains détails duv voyage, par exemple, l'apparition du poisson monstrueui; qui voulait dévorer le jeune Tobie, étonnaient la raiaoûl naissante de mes écoliers. Revenant sur mes pas, je I^ avertis de bien se souvenir que, selon la volonté de Dien,^j un ange, sous la forme humaine, accompagnait lejeunerj Israélite; que tout ce qui arrivait, dans le voj-age et aprè» le voyage, était miraculeux, c'est-à-dire, permis par Diea ' lui-même contre les lois ordinaires de la nature; ils ceasërent alors de témoigner leur surprise, et, lorsqu'ils retrouvèrent ensuite le vieux Tobie, et qu'ils le virent guéri avec le fiel du poisson conservé par son fils, ils allèrent au-devant de mon explication ; ils furent les premiers à me dire que c'était là un miracle, et que ce qui avait guéri le vieux Tobie, ce n'était pas réellement le fiel du poisson, s la volonté de Dieu.

Après une nouvelle lecture de Tensemble du récit, j'établis une série d'interrogations que je consigne ici avec leurs réponses. Si j'ai supprimé quelques hésitations des entants, je conserve les plus significatives. Elles suffiront pour donner une juste idée de cet exercice, dont j'ai retiré, en toutes circonstances, la plus grande utilité.

D. Qui était Tobie ?

R. C'était un des Israélites emmenés captifs en Assyrie, lorsque le roi Salmanazar détruisit le royaume d'Israël.

D. Etait-ce un homme vertueux?

R. Oui.

D. La réponse est bien courte. A quoi connaissez-vous qu'il était un homme vertueux ?

11. Il ensevelissait, au péril de sa vie, les Israélites que le roi laisait tuer.

D. Quelle vertu exerçait-il alors?

11. La charité envers ses frères, et l'obéissance envers Dieu, qu'il craignait plus que les hommes.

D. Ne fut-il pas frappé d'un grand malheur ?

R. Oui, il devint aveugle. Dieu le permit pour l'éprouver,

D. Comment supporta-t-il cette épreuve?

R. Il me semble qu'il la supporta bien.

D. Ne dites jamais il me semble. Quand vous ne vous souvenez pas, dites simplement : je ne me souviens pas. Tobie montra-t-il de l'impatience ?

R. Non ; il resta doux et patient.

D. Quels furent les principaux conseils qu'il donna à son fils, partant pour réclamer une somme d'argent due à la famille? pensez-y; ne me dites que le plus important.

R. 11 lui recommanda de garder toujours les commandements de Dieu ; de faire l'aumône, de se préserver de l'orgueil, de bien payer les ouvriers, de demander conseil aux hommes sages.

D. C'est assez bien répondu. Cependant vous arez oubliô

une règle importante. Tobie conseillait-il à son fils de faire du mal à quelqu'un ?

R. Non, au contraire.

D. Que lui ordonnait-il donc ?

R. De ne point faire à autrui ce qu'il ne voudrait pas qu'on lui fît à lui-même.

D. Voilà une belle maxime. Vous m'avez dit que Tobie recommandait à son fils de bien payer les ouvriers. Ces mots-là ne sont pas clairs. Voulez-vous dire que, selon Tobie, on doit payer des journées bien chères aux ouvriers?

R. Non, il voulait dire qu'on ne doit jamais faire attendre aux ouvriers ce qu'on leur doit.

D. Pourquoi?

R. Parce que les ouvriers ont peu d'argent, et que, s'ils attendent leur salaire, ils sont exposés au besoin.

D. Cette fois votre réponse est claire. Appliquez-vous à répondre toujours ainsi. Qui servit de guide au jeune Tobie durant le voyage ?

R. L'ange Raphaël.

D. Pourquoi lui faisait-il cette faveur?

R. Dieu l'avait permis.

D. Dieu ne permet rien sans motif. Vous auriez dû faire une réponse plus complète.

R. Dieu aimait Tobie qui était un homme juste, et il protégeait le fils de Tobie qui ressemblait à son père.

D. Qu'arriva-t-il au jeune Tobie pendant son voyage ?

R. 11 rencontra un gros poisson qui voulait le dévorer.

D. Parlez plus correctement. Arrivé sur les bords du Tigre, il vit sortir de l'eau un énorme poisson qui voulait le dévorer. Qu'arriva-t-il ensuite ?

R. Par le conseil de l'ange, le jeune Tobie amena à lui le poisson, le tua et en mit de côté le fiel, destiné à guérir les yeux de son père.

D. Qui le jeune Tobie époùsa-t-il?

R. Sara, fille de Raguel. L'ange lui avait dit que c'était la volonté de Dieu.

D. Comment le jeune Tobie fut-il reçu à son retour dans la maison paternelle ?

R. Sa mère, qui ne pouvait se consoler de son absence, fut ravie de joie en le revoyant, et son père, quoique aveugle, courut au-devant de lui, aidé par un serviteur. Tous deux Tembrassèrent en pleurant.

D. Vous reconnaissez-là, n'est-ce pas, Ja tendresse d'un bon père et d'une bonne mère, et vous voyez comme le jeune Tobie était respectueux envers ses parents. C'est un exemple que vous n'oublierez pas.

R. Oh I non.

D. Quel fut le premier soin du jeune Tobie ?

R. Il prit le fiel du poisson et en frotta les yeux de son père qui recouvra la vue.

D. Que fit alors la famille ?

R. Elle rendit gloire à Dieu.

D. Et le vieux Tobie ?

R. Il chanta un beau cantique à la louange du Seigneur,

D. Et que devint l'ange qui avait servi de guide au jeune Tobie ?

R. Il se fît connaître à cette vertueuse famille et disparut.

D. N'oubliez- vous rien? L'ange ne leur dit-il rien en les quittant ?

R. Il leur dit de bénir le roi du ciel qui avait voulu récompenser leurs bonnes actions.

D. Et vous promettez bien de ne jamais oublier cette belle histoire?

R. Nous ne l'oublierons pas.

Si j'ai réussi, mon bon ami, à vous donner une idée exacte de ma manière d'interroger les enfants, vous aurez remarqué que je ne me contentais pas d'un simple dialogue

a [NSTJTlTEril. 2ilS

qui eût exercé purement et simplement la mémoire; main je ne me Unçais pas non plus dans des commentaires f perte de vue, dont le produit le plus net eût Été de fair^ oublier le coramencemenl en arrivant à la fin, et de noyeâ l'effet moraldurécitdanslesdélails abstraits et pédantesques-ï

Ce que je dis de l'enaeiguement religieux propremenj dit, je pourrais le dire de renaeignemenl moral. Je faisaî lire h mes élèves un livre d'anecdotes sagement choisie^ et ce livre était analysé comme l'histoire de Tobie, avec iT lôfime emploi des répétitions et des interrogations. JamaBJ BÔOS ne le lisions pour les mots seulement, ni même po^ Is seule satisfaction de connaître une histoire intéressante NoQB en eiiprimions toujours, si je l'ose dire, le suc moral Qtnous nous sentions meilleurs après avoir lu.

Aujourd'hui, vous avez des livres très-bons et très-sages^ JVour/ce ou te Travail, Jeanne ou le Devoir, Petit-Jean, livraSB très-religieux, où chaque personnage et chaque fait sont mis à la portée de l'enfance. Ces ouvrages, outre l'intérêt d'un récit simple et touchant, offrent des préceptes chrétiens, moraux, qu'on recueille sans fatigue comme des fleurs sur la roule, et des notions pratiques sur une foule de sujets qui se rattachent à l'idée du devoir. Souvent l'interrogation y est posée ; la réponse y est énoncée simplement, clairement; mais l'Instituteur, d'après ce modèle, peut très-bien varier les demandes et les répliques, et s'exercer ainsi lui-même au grand proflt des enfants.

Telles étaient les habitudes de mon enseignement pour l'instruction religieuse et morale. Mais je dois ajouter que cette instruction, dans ma pensée, était inséparable - de chaque branche particulière d'enseignement, et que je la mêlais aux procédés spéciaux de la lecture, de l'écriture, de tout ce dont il me reste à vous parler. C'était là mon système réfléchi, et, en le suivant, je crois encore aujourd'hui avoir rempli un devoir de conscience.

LETTRE XXIIL

PROCÉDÉS POUR l'enseignement DE LA LECTURE.

Les méthodes de lecture sont innombrables aujourd'hui, et, si nous en faisions ici la revue, nous remplirions un volume.

Les unes prétendent spécialement amuser les enfants. Elles leur présentent des tableaux ornés de figures de bêtes, d'ustensiles, d'objets quelconques propres à fixer leurs yeux ; elles dessinent pour eux des images qui les aident à retrouver et à prononcer les sons; ainsi, pour amener le petit enfant à prononcer le son a, elles mettent sous ses yeux un rat, et il doit dire : le rat-a ; pour l'aider à prononcer le son on, elles figurent devant lui un mouton , et il doit dire : le mouton-on ; ou bien elles enroulent verticalement autour d'une planche longue et mince deux rubans parallèles, l'un mobile, l'autre immobile, portant celui-ci des consonnes simples ou composées, celui-là des voyelles simples ou composées également, de telle sorte que, lorsque l'enfant fait manœuvrer le ruban mobile, il forme avec l'autre de nombreuses combinaisons de lettres et de mots. L'abbé Gautier a fait un fréquent usage des tableaux pour parler aux sens ; ses successeurs en ont étendu et quelquefois exagéré la pratique.

Quelques autres méthodes se donnent surtout pour rationnelles. Elles tiennent à ce que l'enfant ne conçoive aucune idée fausse ; à ce qu'il aille avec régularité da connu à l'inconnu ; à ce qu'il n'émette aucune voix et ne fasse entendre aucune articulation douteuse ou arbitraire. Elles le mènent doucement, mais en interrogeant toujours son attention, sa réflexion, ses facultés intellectuelles. Elles s'occupent de l'être intelligent, autant que les méthodes dont je parlais tout à l'heure s'occupent de l'être sensible.

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