‹ Lettres sur la profession d'instituteurChapitre 19 sur 41 · SUR LA PBOTESSION II · texte numérisé non relu

SUR LA PBOTESSION II

un.

D'antres enfin, et c'est presque toujours dans ce milieui,] mon bon ami, que la yérité se trouve, jugent commode ev convenable de parlei aux «ena et à l'esprit ; de tenir grandjl compte, dans un enseignement qui précède tous les autreajf des deux principes qui con'*tiluent notre nature, et dM préparer ainsi 1 enfant au double travail qui devra, boi^ gré mal gré, se fiire une 5i grande place dans toutes e études.

Vous voyez que, dans cette rapide énuraération des raé-1 thodes de lecture, classées non pas au moyen de nom propres, chose périlleuse et difficile, mais d'après les pria cipes qui les caractérisent, je n'ai pas fait à la vieillâ] routine l'honneur de la citer.

C'est qu'en effet rien n'Était plus déplorable que la ma^ nière des anciens maîtres d'école, race à peu près éteintST aujourd'hui. Les pauvres enfants prenaient maehînalemei^ Un petit livre commençant par l'alphabet, continuant pai^ des syllabes, se terminant par des phrases, sansqu'ily eùtjj dans ces diverses séries, autre chose que des lettres et d^ mots. Le sens y était compté pour bien peu ; le hasard| avait présidé à la rédaction comme il devait présider à l leçon. Le doigt de l'élève montrait les lettres, les sylIabesS et recevait en cas d'erreur, un coup de baguette du maître. Du reste, aucune observation faite, aucune répétition rendue intéressante par la variété des moyens ; des questions brusques et décousues, un profond ennui de cette corvée, un dégoût trop bien justifié de cette épreuve d'automate. On traînait, je ne dis pas des mois, mais des années, sur C6 livre méconnaissable, à force d'avoir été roulé et s par les doigts crispés du petit malheureux. En fin d^ compte, on le quittait, sachant inonner plutôt que lire, (

B conservant aucune impression distincte , aucun naissance acquise avec intelligence. Triste début, épouvaid toil placé au seuil de l'école, et qui gâtait à l'avance, pu

son hideux aspect, tout ce qui aurait pu intéresser dans les autres enseignements.

Laissons donc à part ces traditions misérables, auxquelles un petit nombre de prétendus maîtres tiennent encore, dans les coins les moins favorisés de notre France, et bornons-nous à examiner, en les empruntant aux diverses méthodes dignes de ce nom, les bons, les vrais procédés pour l'enseignement de la lecture.

Le premier devoir de Tlnstituteur qui apprend à lire aux enfants est de piquer leur curiosité et d3 leur inspirer le désir de savoir. Qu'il ne perde jamais de vue le rang que la lecture occupe nécessairement dans l'instruction primaire. Elle est enseignée en général à de petits enfants qui n'ont encore que bien peu d'idées acquises, et à qui Ton a seulement appris jusqu'alors de courtes prières. Je veux bien admettre qu'on leur ait enseigné quelques-unes des notions simples qui se donnent en chantant dans nos salles d'asiles modernes ; encore les enfants du village apportentils rarement ce contingent à l'Instituteur. Ils lui arrivent dans l'état brut de l'intelligence ; ils attendent de lui le premier rayon.

Il faut donc que d'abord, par des' paroles paternelles, par de petits appels à leur amour-propre, il les dispose à commencer avec plaisir. Quelques-uns rechigneront un peu à tout ce qui n'est pas jeu et enfantillage ; mais la masse ne restera pas insensible à des séductions bien calculées. Ce sera là une première conquête.

En second lieu, l'Instituteur se souviendra que, chez les enfants, les sens ont de la vivacité et de la force, tandis que le jugement est endormi. Il emploiera donc des procédés matériels, des tableaux qui frappent les yeux plus sûrement que les livres ; il préférera ceux qui renferment quelques images, ou dont les lettres ne sont pas toutes de la même couleur. Ainsi, les voyelles imprimées en rouge,

T^rebnson

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Consonnes en noir, seront mieux retenues par les enfanls que si toutes les lettres pvésenlaient un aspect uniforme. Je ne goftterais pas autant les animaux courbés, plies, redressés, de manière à figurer dew lettres, en même temps qu'ils en rappellent le son, et, bien que ce procédé soit iogénieux, je craindrais qu'il ne fût trop compliqué, et qu'ilneconlîsquâttellement l'attention au profit de l'image, qu'il n'en resterait plus pour la leçon.

Je suis donc loin, vous le voyez, de blâmer l'usage des procédés matériels et sensibles pour l'enseignement de la lecture. Je crois qu'ils doivent occuper une grande place dans l'ensemble, et que non-seulement il est bon de les employer à l'origine, mais il est nécessaire de les mêler aux leçons des plus avancés. Uien n'est arbitraire dans cette méthode ; elle est fondée sur la nature même.

Hais après avoir laissé échapper cet aveu, je tiendrais eingulièrement à ce que le maître sentit l'inconvénienl da o'enaeigner la lecture qu'aux yeux, sans respect pour lea droits de Tmlelligencp. Amusez les enfants par des figures, par des couleurs, par des consonnances, je vous en loue ; mais songez auasi que l'amusement seul endort l'esprit et en retarde la cultuie, que, surtout, il ralentit et enraie l'exercice de la volonté, enexemptantl'étudedetoutefTort. Il est plus facile que vous ne pensez, maître négligent, plus utile que vous ne supposez, maitre routinier, de môler à cet enseignement si simple un petit exercice gradué du jugement. Le jugement est partout chez lui dans l'éducation, et nul n'a le droit de lui interdire la porte de sa demeure.

Ainsi, quand vous prenez en main le tableau ou le livre,

quand vous appelez l'enfant à son cercle ou que vous le

' foites lever à sa place, dites-vous bien qu'il faut l'intéresser,

mwa l'intéresser d'une manière raisonnable; qu'en lui

montrant des lettres, il convient de lui donner quelques

renseignements à sa portée sur la distinction des voyelles et des consonnes, sur Fanalogle de forme et de prononciation qui rapproche certaines d'entre elles, les différentes sortes d*e, Yt et l'y, le b et le p, le d et le t, et ainsi de suite. Si TOUS passez aux syllabes, procédez de même. Montrez et faites prononcer; en même temps, dites les cas les plus ordinaires où le même s(m se reproduit en vertu d'une règle précise ; exercez à reconnaître et à comprendre les exceptions. En un mot, parlez aux yeux et aux oreilles, mais parlez aussi au jugement.

C'est ainsi que vous obtenez un résultat qui n'est pas indifférent même pour épargner l'ennui à vos élèves. Les méthodes qui se donnent pour méthodes de jeu et de pur amusement se flattent ; elles ne sont pas capables de réaliser toutes leurs promesses. Rien n'est plus compliqué que ce qui est irréfléchi ; rien ne demeure plus obscur que ce qui est vide de tout raisonnement. Vous aurez beau épuiser une ménagerie pour m'enseigner à lire , si je ne vois aucun lien entre cette exhibition et mon besoin de connaître, je baille bientôt après avoir ri. Au contraire, qu'un grain de bon sens et de logique vienne s'intercaler dans vos leçons, et vous pouvez simplifier l'enseignement de la lecture par une classification bien entendue, et je commence à vous goûter et à vous comprendre. A la confusion a succédé un ordre qui me soulage et me satisfait ; aux éléments nombreux et dispersés dans lesquels je me perdais sans en garder le souvenir, vous avez substitué des séries de lettres ou de syllabes, dont les rapports sont visibles, saississables pour mon intelligence ; il me faut bien un petit effort de volonté et d'attention pour lever les yeux vers votre lumière ; mais j'y vois clair et je m'encourage à regarder encore. En d'autres termes, la simplification raisonnée de la méthode impose peu d'efforts et assure les progrès.

Quand vous arrivez à la lecture courante, gardez-vous

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Ul

bien d'entasser les unes sur les autres des phrases absurdes et dénuées de toute liai.=on entre elles. Il faut espérer (]u'on ne voua imposera jamais un livre qui condamne l'enfance à la stupidité. Le gouvernement s'est préoccupé plusieurg . fois de ce genre d'ouvrages. Des primes ont été offertes a meilleurs, et il en a paru qui jouissent, à juste titre, dej l'estime publique. A ceux que j'ai déjà cités, il serait injuste J de ne pas ajouter les quatre petits volumes de M. Th. T Lebrun, qui portent spécialement Je titre deLîvre de lecturéM cmiTante. Cet ouvrage, remarquable par la solidité dufoiu et le naturel du style, n'a que le tort d'être en quatre vo^l lûmes, et, par là même, difficile à introduire dans les écoles .4 de village. Quel que soit le livre autorisé pour la vôtre, ii.ll Bera bon, si l'utilité n'y est pas sacrifiée au pur amusement^fl s'il contient des éléments de connaissance et des règles dft^ vie, à côté des récits piquants et des boutades divertissantes.'! Le livre de lecture courante doit fetre pratique par exceUf lence, mais pratique pour l'esprit comme pour la vie matfr-v rielle, dans la vraie et légitime acception du mot.

Mais, si nous donnons trop de place au développementj intellectuel, n'atlons-nous pas retarder renseignement dM la lecture ? Ne va-t-il pas falloir des années pour apprendra j>ar réflexion ce qu'on aurait appris en se jouant au bout-l de quelques semaines? C'est tout le contraire. En simpIL-J {Unt, vous abrégez ; ce que fait traîner l'instinct aveugleil TOUS l'accélérez par la raison.

Vous avez pu remarquer, mon ami, et vous avez certai-l nement entendu dire à lÉcole normale que, depuis quelqufd temps, on enseigne bien plus rapidement h lire. Cela est ! bon et utile. Mais, comme l'abus serre de pri!!s l'usage, on veut quelquefois supprimer l'espace et le temps. Ne vous laissez pas prendre à ce charlatanisme , qui ramène les enfants, par une autre voie, aux mêmes résultats que ta routine. Le jugement a'cncommode d'une allure moyenne,

d'une marche raisonnablement mesurée ; il ne sait aller ni trop lentement, ni trop vite, et si, dans le premier cas, il s'engourdit, dans le second il se trouble et se démonte. L'enfant n'y a rien gagné.

La lecture a des rapports intimes avec l'orthographe, et le maître de lecture doit donner la main au maître de grammaire. C'est ce qui est établi avec clarté dans l'excellent Cours méthodique de M. Michel, élève du Père Girard, dont je vous conseille l'étude attentive. Vous y reconnaîtrez que les rapports existant entre les sons qui peignent la pensée, et les signes qui peignent la parole, exigent que ces deux études marchent, autant que possible, simultanément, et que, de cette manière, les procédés pour la lecture n'ont rien d'artificiel ni d'arbitraire.

Cette méthode a deux grands avantages. Outre la clarté qu'elle produit, elle a aussi le mérite d'introduire sans effort à une étude nouvelle qui, en effet, dans l'habitude des écoles, doit occuper longtemps les enfants au sortir des leçons de lecture. C'est une avance pour eux que de s'être habitués déjà, en apprenant à lire, à connaître l'orthographe usuelle de beaucoup de mots, par une heureuse disposition des exercices et des exemples. De plus, comme tout se lie dans la culture de l'esprit, l'enseignement de l'écriture, nous le verrons bientôt, va concourir, avec celui de la lecture, à l'étude de l'orthographe. Ce sera comme un faisceau dont chaque partie empruntera à sa voisine de la solidité et de l'agrément.

L'abbé Gautier employait un moyen ingénieux pour faire concorder l'enseignement de l'orthographe avec celui delà lecture : je veux parler de la boîte typographique. Ce» petits carrés de bois ou de carton dont chacun porte une lettre de l'alphabet, et qui servent à composer les mots indiqués par le maître, forment un très-bon exercice. C'est comme un jeu intéressant pour les enfants, et qui n'a ce-

SCB LA PROFESSION D fSSTITUTEUH.

^^Sidant rien de puéril. La nécessité d'appeler tout haut^

ou de Be nommer tout bas à eux-mêmes les lettres o composenl les syllabes les force à retenir les éléments dâ| mots. On peut même étendre ce jeu, et inscrire sur loi carrés des syllabes au lieu de lettres ; mais, dans le buj spécial d'apprendre l'orthographe, les lettresvalent n: les syllabes, écrites et prononcées en bloc, n'habituent pa* & décomposer lo mot dans ses éléments.

Ceci nous amène à la question de savoir si l'Institutet:^ doit faire épeler ou syliaber ses élèves. Chacun des deuXl modes a ses avantages et ses inconvénients , et le maître préférera le mode imposé par l'autorité administrative , qui aura soin de compter pour quelque chose les habitudes des localités, La syllabation est plus natte et plus simple en apparence. Elle fait considérer chaque syllabe comme UD tableau qui frappe l'œil d'un seul trait, comme un son unique qui frappe l'oreille d'une seule volée. Elle dispense l'enfant d'énumérer, dans la syllabe point par exemple , cinq lettres consécutives, avant d'articuler un seul son. Encore faut-il que celui qui épelle se souvienne de ne paa prononcer le t final. Avec la syllabation, la syllabe point est un tout qui se grave, par la vue comme par l'ouïe, dans la mémoire de l'écolier. Il la reconnaît quand il la rencontre ; il la prononce dès qu'il l'a rencontrée. Les mots de douze à quinze lettres se réduisent ainsi pour lui à des réunions de quatre à cinq syllabes, dont la connaissance lui suffit et doit abréger le temps d'étude.

Malgré ces avantages, je ne conseillerais pas en général la. syllabation. Elle a cet immense inconvénient de ne pas te lier assez à l'élude de l'orthographe, que l'entant apprend bien plus sûrement par la décomposition des mots. La nécessité de nommer l'une après l'autre les lettres d'un mot sollicite puissamment la mémoire, et, dès qu'il faudra écrire le mot prononcé , chaque lettre se représentera à son rang

avec régularité. Quand on songe aux difficultés de Torthographe française , et à Fintérèt que nous avons à en connaître de bonne heure les règles et les exceptions , on est porté à conclure que Tépellation est utile à pratiquer.

Aujourd'hui, l'usage le plus commun (et c'est aussi le plus raisonnable), consiste à maintenir la distinction fondamentale des voix ou voyelles, et articulations ou consonnes, et, une fois cette distinction établie , à regarder comme équivalant à une seule lettre les combinaisons de lettres qui se prononcent par une seule émission de voix. Ainsi on dirait que le mot point se compose de la consonne p, de la diphthongue oin et de la consonne t. Ce mot serait donc réduit à trois éléments , au lieu de cinq qu'il aurait eus dans la vieille méthode ; mais il ne serait pas considéré , quoique monosyllabe, comme devant exclure tout emploi de l'épellation. C'est là tout ce que l'intérêt de la simplification justifie ; au-delà , il y a danger de confusion. Dans le mot prophète f les lettres pr et ph sont considérées comme des consonnes composées inséparables. Elles se prononcent toujours de même et par un seul effort de la voix, dans leur réunion. L'enfant n'a donc pas besoin de compter huit éléments , mais six, dans ce mot , et voilà encore une simplification qu'on peut appeler rationnelle.

Quel son doit-on donner aux lettres en épelant ? faut- il dire bé ou 6e? ce ou ce et que ? en un mot, faut-il donner aux lettres , au lieu du son conventionnel que l'antique usage leur attribue , un son plus en harmonie avec le rôle qu'elles jbuent dans les syllabes ? question secondaire et que j'abandonnerais volontiers au maître. J'accorde que be , que , de , sont un peu moins propres à tromper l'enfant que bé, ce, dé, et que ce dernier procédé l'expose à vouloir introduire partout des é fermés , ou à faire un double efi'ort de mémoire , en retirant immédiatement à chaque lettre , quand il l'a encadrée dans une syllabe , la valeur qu'il lui

^^H Sl'n tA PKOFËSSIUN U'iNSTirul'EDK. I^Sl <

^3™t donnée en épelant. Mais l'enfant qui épèle en disant' he a et non pas bé a , risquera tout aussi bien de dire uo ôeâton , qu'un ôe'àton, au lieu d'un bâlon. Son esprit, quoi-que nous fassions , est obligé de franchir certains intermédiaires, et il serait puéril de se défier à l'excès de sa jeiino intelligence. Frayons-lui la route et n'ayons pas la prétention de ie monter comme une horloge, parle perfectionne—] ment imaginaire de la partie mécanique de nos leçons.

Je reçus un jour la visite d'un puriste à qui tous li modes d'épellalion connus causaient un malaise inexpri mable. Il avait inventé , lui , nn nouveau système , bleo.! supérieur, cela va sans dire, à tous ceux des pauvres esprits qui l'avaient précédé. It me proposa de m'en faire jouir, et j'acceptai, autant par curiosité que par politesse. Â prit en main un tableau des lettres de l'alphabet , passa dédaigneusement sur les voyelles , comme n'ayant rien de favorable aux découvertes du génie, et attaqua les consonnes en commençant par la lettre S. Je le voyaia serrer les lèvres; un effort tout intérieur lui goudait les joues et lui faisait presque perdre la respiration. Je n'entendais qu'un grondement sourd. Enfin la face se détendit : les lèvres s'i vrirent, et mon homme me dit avec satisfaction ; voilà le S, le véritable B, et sa prononciation naturelle. Il passa au c, d, et renouvela jusqu'au z cet étrange exercice. Je n'entendais rien , si ce n'est des murmures, des sifflements, des toolements, etje ne savais quelle contenance garder devant mon visiteur bizarre. C'étaient des grimaces indescriptibles, des contorsions inouïes. Du reste , il faisait heureusement fort peu d'attention à moi et il achevait sa démonstratii ^ en conscience. Quand il eut fini, je le priai de m'expliquer . enfin tout ce qu'il venait de faire. Le pauvre homme, jaloux de retrouver le son naturel et personnel de chaque contonne , avait oublié , que d'après leur nom même , elles ne peuvent sonner qu'avtc les voyelles, et, pour éviter las

as ^H

erreurs auxquelles Thabitude de la prononciation peut nous induire , il s'était figuré que les consonnes devaient être prononcées en dedans, sans alliance de voyelles. Il n'avait oublié qu'un point : c'était de se faire entendre ; et cette petite omission diminuait le mérite de sa découverte. Ainsi, mon ami, évitons toujours les excès, et, dans les petites choses comme dans les grandes, songeons qu'en outrant la perfection, nous arrivons droit au ridicule.

Lorsque l'enfant commence à lire couramment, il est bon de l'accoutumer aux liaisons , sans lesquelles il n'y a pas de lecture correcte et soutenue. Je sais que , dans la conversation familière, on n'observe pas beaucoup cette règle, et qu'on dira plutôt : les enfants bien élevé aiment leurs parents, que : les enfants bien élevés aiment leurs parents. On croirait tomber dans l'afTectation en gardant trop fidèlement les liaisons prescrites. Mais enfin, la lecture n'est pas simplement une conversation , et c'est le raisonnement des paresseux, de conclure de l'une à l'autre, pour s'affranchir d'un peu d'attention et de travail.

Ce qui est d'une importance beaucoup plus grande, c'est d'observer les repos marqués par la ponctuation. Voilà, mon ami , un des soins les plus négligés dans les écoles , et j'ai toujours reconnu un bon maître de lecture à la manière dont il exerce les enfants à tenir compte de la virgule , du point-virgule, des deux points et du point. Je ne sais quelle idée la plupart des Instituteurs se font de la ponctuation. Ils n'y voient qu'un dernier chapitre de la grammaire , un complément de la science orthographique. Vous ne penserez pas comme eux. La ponctuation est un secours nécessaire pour l'intelligence; elle permet seule de comprendre ce qu'on lit , et de se faire comprendre de ceux qui écoutent Les enfants étourdis la trouvent gênante ; ils voudraient ne s'arrêter que là où la respiration leur manque ; mais nous ne sommes pas tenus de respecter leurs caprices , et nous

si;[i LA i-ROFEssios d'isstitl^t.ub. 23^

i leur enseigner tout ce qui importe au développement Je leur raison.

Enseignez donc de bonne heure à reconnaître, à suivre la ponctuation ; enseignez-la d'une façon toute pratique, tant que vous vous bornez aux leçons de lecture. Usez d'abord vous-niôrae d'une voix posée, en observant les (lelila et les grands repos; faites répéter ensuite, et renouvelez cet utile exercice jusqu'à ce <[ue vos élèves aient cessé de brouiller les idées en brouillant les phrases. Vous n'aurez pas perdu votre temps.

n nous reste à parler du ton convenable pour la lecture, des Inflexions auxquelles les enfants doivent s'habituer.

La premiÈre distinction à faire est celle des livres tout à fait techniques, comme la grammaire, la géographie, et de ceux qui renferment des scènes et des sentiments, comme l'Histoire Sainte, les fables de Fénélon, les livres de lecture courante.

En Usant les premiers, l'enfant se contentera de soutenir la voix à la rencontre des différentes parties de phrase , marquées par les virgules; il la baissera un peu plus au point-virgule, aux deux points; ii la laissera tomber au point final. Enfin, il la modifiera, suivant l'indication du maître, lorsqu'une phrase sera interrogative , ou lorsqu'un exemple se terminera par le signe convenu d'exclamation et d'admiration.

Sans la lecture des livres de la seconde espèce , cette rimple évolution de la voix ne peut suffire. Il faut encore ipu l'enfant cherche à comprendre les nuances du sentiment et de la pensée, et c'est la faute du maître s'il ne les comprend pas. Une fable, une histoire, un dialogue, ne sont pas une suite inintelligible de mots privés de sens ; on les lit quelquefois comme si le bon sens n'y occupait que la moindre place. Ici, les préceptes sont difficiles, mais l'exempte estaisé. L'Instituteur n'a qu'à faire une première

lecture de huit ou dix lignes , et à faire répéter ensuite cet exercice par plusieurs enfants, les arrêtant quand ils donnent des intonations fausses, les encourageant lorsqu'ils ont touché juste , et qu'ils ont prononcé suivant la pensée.

Les écueils à éviter sont divers selon les tendances de chaque esprit. Le brouillon lira avec une rapidité qui ne permettra pas de le suivre; le rustique criera à tue-tête; rindolent traînera languissamment les syllabes; l'étourdi intelligent voudra faire le beau parleur et forcera l'effet ; l'enfant timide et d'une compréhension tardive ne se décidera pas à quitter le chant monotone, qui est si commode pour tous les sujets.

La plupart de ces défauts peuvent être corrigés par la persévérance du maître ; mais qu'il prenne garde de remplacer un défaut par un autre. Qu'il n'aille pas faire, de l'enfant qui lisait d'abord d'un ton insipide, un déclamateur et un acteur. Rien n'est plus déplaisant pour l'homme de bon sens qui écoute , que ces petits fiers-à-bras , stylés à déclamer d'un ton ampoulé, et qui ont la fureur de mettre un sentiment qui leur est étranger dans une lecture mal comprise. Nous les retrouverons plus tard poussant ce travers au-delà de toutes les bornes dans la récitation , et ils nous dégoûteront, si cela était possible, des exercices de mémoire. Ici, ils nous pèsent seulement comme lecteurs, et nous reportons leur faute à l'imprudence de leur maître.

Ainsi, mon ami, il n'y a, dans l'éducation de l'enfance, recoin si obscur et si modeste où la himière du jugement ne doive pénétrer. Nous n'avons pas le droit d'en réserver le bienfait pour les plus hautes parties des études ; il a juridiction sur tout ; il règle et gouverne tout.

D'ailleurs la lecture, quoique placée au seuil de l'école, et enseignée aux plus jeunes enfants, est une introduction nécessaire à toutes les connaissances ; elle en est la condition première ; et il serait bien étrange qu'elle fût aban-

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donnée à l'instiact, tandis qu'on a l'ambition lëgilime di développer la raison de l'enfant par tonles les leçons qal^ doivent suivre. Cette raison n'est jamais absente ; elle existe, fort heureusement pour le maître, dans son plus mince écolier. Elle ne naîtra pas plus tard comme une source jaillissante qui fendrait tout à coup la pierre ; elle croîtra peu à peu sous notre main , comme un jeune arbre dont nom' aurons vu et soigné les preniières pousses , avant qu'il couvrît de fleurs et de fruits.

Conservons donc à la lecture une qualité que le jugement conseille avant toutes les autres : le naturel. Qu'elle ait général le caractère d'une conversation polie, et que, dans les passages oit un sentiment plus fort exige une prononciation plus accentuée, il n'y ait jamais aucune taclie de déclamation.

Vous verrez, ou je me trompe, les visiteurs et les inspecteurs les plus habiles attacher une grande importance à la manière dont vous enseignerez la lecture. Pensez-y donc,

m ami, et gardez-vous bien I

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