‹ Lettres sur la profession d'instituteurChapitre 3 sur 41 · PREMIÈRES RELATIONS AVEC LES AUTORITES · texte numérisé non relu

PREMIÈRES RELATIONS AVEC LES AUTORITES

n me restait à employer la seconde moitié de mon dimanche, et je compris que je n'avais pas de temps à perdre pour visiter les personnes de la commune à qui je devais 8oit l'obéissance légale, soit une juste déférence.

Au premier rang de ces personnes étaient le maire et le curé ; le maire, c'est-à-dire le représentant de l'autorité civile, toujours respectable à ce titre, lors même qu'il y aurait à gloser sur quelques-unes de ses habitudes privées; le curé, c'est-à-dire l'autorité religieuse et morale du pays, l'interprète de la vérité chrétienne, le défenseur des intérèle spirituels.

Voyons les choses sans illusion. Quelque soin qu'on ait pris de séparer te terrain des deux puissances, il est bien difficile qu'elles ne se choquent pas quelquefois. Un village oHre souvent en raccourci la lutte que l'histoire nous a montrée sur de plus grands théâtres. Le magistrat civil, délégué pour faire exécuter les ordres du gouvernement, et qui a souvent plus de bon sens naturel que de connaisaances acquises , se flgure volontiers que nulle autorité daas la commune ne peut gêner la sienne, et il faut reconnaître que celte disposition est utile pour maintenir le respect des actes émanés des pouvoirs publics. Quand le

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respect est payé ainsi à Tautorité la plus modeste, et remonte de proche en proche à la sous-préfecture, à la préfecture, au gouvernement, le pays est dans les meilleures conditions de vie et de prospérité. D*autre part le représentant du principe spirituel, chrétien et moral, a ses devoirs propres et ses scrupules respectables ; il possède ordinairement une instruction supérieure à celle des plus considérables de la commune, et, en tout ce qui touche la direction des esprits, le meilleur emploi des intelligences, il est porté à maintenir sa légitime influence, même au prix de quelques difQcultés.

Il n'y aura donc pas toujours accord entre le maire et le curé ; mais heureusement, sauf quelques rares exceptions, le dissentiment n'éclatera guère, et la masse des habitants ira faire enregistrer les naissances et les morts à la mairie, assistera à la messe et écoutera le prône, sans trop se préoccuper de quelque divergence d'opinion entre les deux autorités.

La position de l'Instituteur n'est pas celle de tout le monde. Homme instruit, accoutumé de bonne heure à bien comprendre toutes les obligations religieuses et morales, il se trouve naturellement rapproché du curé par la culture intellectuelle, par la bonne éducation. Il sera quelquefois le confident des petits déplaisirs de son pasteur et de ses rapports avec l'administration communale. D'autre part , l'Instituteur, lors môme qu'il se borne à son emploi, et qu'il n'y joint pas des fonctions assez périlleuses, dont nous parlerons plus tard, celles de secrétsdre de mairie, est en relation nécessaire, quotidienne, avec le maire. C'est une autorisation à solliciter ; c'est une amélioration matérielle à obtenir, une petite question de comptabilité à résoudre, une pièce officielle à réclamer. Dans ces rencontres de tous les jours, et avec les habitudes familières des communes ruralesyoù l'on n'observe guère de distances, il est impossible

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Stra LA PB0?ESSIOW n'iHBTITCTEUR. 33

16 l'Instituteur, un des hommes éclairés du lieu, n entende pas commenter, critiquer à son intention, les actes de l'autre puissance,

Il est donc important qu'il prenne d'abord, bien nettement, son rôle de neutralité respectueuse entre le pouvoir ecclésiastique et le pouvoir civil, et, pour cela, qu'il se hâte de persuader à l'un et à l'autre qu'une seule pensée, l'accomplissement de aa mission, absorbera eu lui toute autre pensée.

D'ailleurs, en écartant même cette difficulté, trop réelle dans un certain nombre de communes ; en supposant l'accord si désirable entre les deux hommes chargés dea intérêts spirituels et des intérêts civils des habitants, il faut que l'Instituteur , placé immédiatement au-dessous d'eux, et qui a besoin de leur bienveillant concours pour élever et instruire l'enfance, s'empresse de les convaincre de sa déférence, aussi bien que de son attachement conscientâeux à tous ses devoirs. Toute la suite de ses relations avec les deux autorités peut dépendre de la première impression, et du tact qu'il aura su montrer au début. Or, comme ces relations influeront d'une manière décisive sur le succès de l'école, on peut dire que la manière dont elles s'engagent ne saurait être négligée ixQpuuément.

Plein de ces réflexions, je me rendis chez le maire avant l'heure des vêpres. J'avais pris des renseignements sur ses habitudes, et je comptais bien le rencontrer. Je ue regardais pas comme une démonstration suffisante de respect ma courte apparition devant lui, lorsqu'il m'avait installé dans ma classe ; cependant, il me coûtait un peu de lo revoir silôt, parce que je ne l'avais pas trouvé fort gracieux la veille ; mais mes résolutions étaient maintenant trop fermes pour qu'une semblable pensée put m'arrêter.

Quand je me présentai chez lui, il se promenait dans son petit jardin. II n'était pas seul, et je reconnus dans son

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compagnon un des meneurs dont l'attitude m'avait &app6 le jour précédent. C'étaiL une mauvaise chance pour ma première visite, mais je ne le pris pas ainsi, et j'en fis, au contraire, une sorte de coup double qui pouvait avancer mes affaires.

Lorsque j'eus salué le maire d'abord, et ensuite le notable qui l'accompagnait, je pris un air aussi aisé qu'il me fit possible, et je dis au maire que je venais lui témoigner ma reconnaissance pour son premier accueil, ensuite lui demander de vouloir bien suspendre son jugement sur moi, et me donner le temps de mériter ses bonnes grâces, sans lesquelles il me serait diflléile de faire le bien. J'ajoutai, en me tournant vers l'autre personnage, que j'espérais aussi l'impartialité de tous ceux que je connaissais pour les lumières de la commune, et que je ne demandais qu'un peu de temps.

Celle demande modérée parut produire un bon effet. Le maire s'inclina et sourit sans répondre ; le notable relâcha par degrés le froncement de ses sourcOs, mais sans arriver juqu'au sourire. Puis il s'écria :

— Mais, monsieur l'Instituteur I vous nous êtes tombé là comme un événement 1 nous ne vous connaissons pas, et nous ne vous souhaitons que du bien ; pourtant, encore faudrait-il laisser à une commune le temps de se reconnaître. Ne sommes-nous donc rien chez nous? Nous aurions trouvé moyen de tout arranger ici, ce qui ne vous aurait pas empêché de vous caser ailleurs suivant votre mérite. Tout le monde serait content.

— D'aulant plus, interrompit le maire, qu'il n'est pas facile au maître d'école de réussir dans une commune où il n'était pas désiré, et que, dans ce cas-là, pour ne pas tomber, il a grand besoin de marcher droit.

— C'est aussi mon intention, monsieur le maire, reprisje sans m'arréler auxparoles désobligeantes que je venais

d'ojDtendre. Oui, je veux marcher droit, c'est-à-dire me montrer plein de respect pour votre autorité, docile aux conseils de MM. les notables en tout ce qui ne blessera pas l'administration à laquelle je dois ma carrière; je veux marcher droit, en me résignant à n'être d'abord que souffert, dans ce pays, avec l'espoir d'y être aimé plus tard ! en ne me mêlant d'aucune querelle, en n'épousant aucun parti. Je ne rendrais pas plus forts ceux à qui je me livrerais, et je m'affaiblirais moi-même. Enfin, messieurs, je veux marcher droit, en remplissant tous les devoirs d'un honnête homme , d'un maître dévoué , et je serais bien trompé si je n'obtenais pas, tôt ou tard, une petite part de votre bienveillance, parce que vous êtes des hommes justes, et que les préventions tombent devant les faits.

Je pris congé, à ces mots, de mes deux interlocuteurs, et, en les quittant, je crus remarquer que, sans les avoir persuadés, je ne leur avais pas laissé une impression trop défavorable

Une heure après vêpres, je frappais à la porte de M. le curé.^ C'était un bon vieillard de soixante ans, dont la chevelure blanche, tranchant sur la soutane noire, inspirait la vénération. Il me fît asseoir avec beaucoup de politesse, et, quand j'eus décliné mon nom et mon titre, il posa sa main sur mon bras, et me dit ce? propres paroles : Mon cher monsieur, il faut qu'on ait bien de la confiance en vous, pour vous avoir envoyé débuter dans une commune si difficile. Vous n'avez pas pu vous en apercevoir encore ; mais j'ai peur que, si Dieu ne vous vient en aide, vous n'en ayez bientôt assez.

En même temps, le bon prêtre secouait la tête et tenait les yeux baissés. Je voyais qu'il repassait dans sa mémoire les tribulations de son prédécesseur, et qu'il sentait luimême le poids de sa croix. Puis il retira sa main, et, me regardant avec attention : Au reste, ajouta-t-il, j'ai entendu

dire du bien de vous ; je sais que vous êtes un homme religieux, un bon catholique. Si vous avez du caractère et de la patience, vous réussirez peut-être avec le temps.

— Monsieur le curé, m'écriai-je, attiré par la confiance ; si quelque chose manquait à mon courage, vous me le fourniriez aujourd'hui. Votre sympathie sera pour moi une force qui m'aidera à triompher des autreïi obstacles. J*ai demandé à Dieu de la persévérance et Tappui d'un homme de bien, et je sens qu'il m'a accordé l'un et l'autre.

— Ne vous abusez pas, mon cher enfant, reprit le curé avec un geste significatif; la force que je vous apporterai sera peu de chose. Quoique instruit par la disgrâce de celui que je remplace, je ne me sens pas d'humeur à céder au maire ou à ses conseillers tout ce qu'ils exigent. Je ne suis pas toujours de leur avis, et ils ne sont satisfaits qu'à demi de ma résistance. Il suffira que je vous recommande pour que vous leur inspiriez des soupçons.

Je vis que nous touchions en ce moment la corde sensible. Aussi m'empressai-je de reprendre la parole, pour me dégager d'une situation fausse, et pour me poser tout d'abord tel que j'entendais rester.

— * A Dieu ne plîdse, dis-je , monsieur le curé, que j'aille m'immiscer dans des questions qui ne me regardent ee aucune manière I Je ne vous demande pas, croyez-le bien, de plaider ma cause auprès de l'autorité communale ; pas même, quelque profit que je dusse en retirer, de vous faire publiquement mon soutien et mon défenseur. Je sais tous les ménagements qu'exige une position aussi délicate que la vôtre, et d'ailleurs je me sens obligé, par la mission qui m'est confiée, de vivre dans les meilleurs termes possibles avec ceux même qui, sur d'autres points, serait malheureusement divisés. Ainsi, monsieur le curé, je ne vous fais qu'une seule prière, comme je puis la faire à un ministre de l'Évangile, animé de l'esprit de charité : Gardez-moi, si

Sun LA pnorEssiDs n jssTiTuTEmi,

1 trouvez digne, quelque sympathie personnellftjl rectifiez, si l'occasion s'en présente, les propos injustes q pourraient attaquer mon honneur; et surtout, intercède! auprès de celui qui peut tout, pour qu'il me donne la grâce ■ d'accomplir le bien, comme je le comprends au fond du cœur.

J'avais mis quelque cJialeur dans ces paroles. Le bon curé en fut touché, 11 sa leva en me tendant la main. — Monsieur, me dit-il, je vous crois homme de conscience. Faites-le voir, et vous n'avez pas à craindre que je vous oublie. Je loue votre prudence, et je n'essaierai jamais doa TOUS en laire sortir. Vous aurez besoin de beaucoup t' réflexion et de sang-froid pour rester sur la ligne que vous \o«3 êtes tracée ; mais une volonté forte, soutenue d'e haut, est une puissance. Allez et revenez me voir soajl quelques iours, lorsque le terrain se sera uu peu affernv" sous vos pieds.

Je n'étais pas trop mécontent des premières épreuves^ qae je m'étais imposées, et je me flattais surtout d'avoir^ jeté les foudements solides de cette précieuse neutralité qui e&t pour l'Instituteur, non pas une fâcheuse indifférence, mais au contraire une preuve de hou esprit, une manière de marquer sa déférence à tous ceux qu'il est tenu de respecter.

J'employai le reste du jour à rendre visite aux membres (îu conseil municipal, dont la bienveillance ou la malveillance pouvait tant pour ou contre l'école. Jene les rencontrai pas lous, mais le devoir de politessse était rempli. Parmi ceux que je trouvai chez eux, il ne me fut pas difficile de reconnaître les impartiaux, ou, pour mieux dire, les tièdes, qui étaient prêts à prendre les personnes ou les choses pour ce qu'elles pourraient valoir, et les gens prévenus, dont l'esprit était monté, entre lesquels le personnage que j'auaifl vu cbez le maire tenait un des premiers rangs.

Je ne fis que de courtes stations dans la maison de chacun, parce que je ne voulais pas me donner un air d'indiscrétion, et que l'important pour le premier jour était de sortir du rôle d'inconnu. Les conversations furent trop brèves pour me donner beaucoup de lumières ; mais ce n'était pas de là que j'en attendais.

Je remarquai seulement que , parmi les personnes notables à qui je venais de rendre visite, bon nombre avaient envoyé jusque-là leurs enfants à l'école. Gomme la plus voisine était à la distance de trois kilomètres, je supposai avec vraisemblance que les moins bien disposés hésiteraient à risquer leurs enfants sur les routes, par les mauvais temps, pour le seul plaisir de faire pièce à l'Instituteur nouveau ; et alors je me pris à espérer que les enfants euxmêmes, témoins des efforts que je ferais pour améliorer sans cesse la tenue et l'enseignement de l'école qui m'était confiée, ramèneraient leurs parents à un sentiment de justice, où la bienveillance finh*ait peut-être par se mêler.

Vous voyez, mon ami, que j'étais en ce moment dans une heureuse disposition d'esprit. J'étais moins frappé des obstacles que des moyens probables de les surmonter. Sans voir tout en beau, je saisissais de préférence le côté favorable des choses, et il n'y avait pas de difficulté qui ne me suggérât aussitôt son remède. C'était peut-être un autre excès, moins nuisible que le découragement, mais de nature à me cacher une partie de la vérité. Heureusement pour moi que l'expérience, cette grande maîtresse de la vie humaine, devait me ramener et me fixer dans un juste milieu.

Je venais de rentrer dans ma modeste chambre, lorsque j'entendis frapper à ma porte. C'était un bon cultivateur, père d'un de mes futurs élèves, qui se présentait pour me voir. Cet excellent homme ne venait pas, ainsi qu'on aurait pu le croire, me vanter les qualités de son petit garçon, et

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SUR LA rHOFESSION D INSTITUTEUfl.

représenter comme la merveille du village : il montra beaucoup de bon sens dans la simplicité rustiqne de sej manières, et me recommanda son enfant avec une réserv^ et une sobriélé de paroles qui auraient pu servir de modètft à des pères de famille d'une classe plus élevée.

Avant de me quitter, mon visiteur aborda un sujet qi^ ne pouvait manquer d'éveiller mon attention. Il avait v le maire dans la journée, et avait su ma visite officielléiS La conversation s'était engagée entre eux, et la mairoj malgré les dispositions hostiles qu'on lui avait inspirées s'était échappé jusqu'à dire qu'après tout, ce nouveail mailre ne se présentait par mal et qu'il faudrait ' C'était peu de chose, en apparence, que de semblableiÉ paroles ; pourtant le récit de mon brave cultivateur me &^ du bien; je m'attachais, dans «ne position scabreuse,! toutes les branches qui se trouvaient à ma portée; un propt^ â demi aimable me semblait une bonne fortune, résolution ae fortifiait à mesure qu'il m'arrivait quelq«3 léger motif d'espérer.

Une chose pourtant me faisait de la peine, et j'éprouvai une impatience, déraisonnable peut-être, prématurée i coui>:Mr, d'obtenir certains moyens de succès. Ce i j'avais entrevu de la classe, de son mobilier et ses instnifl ments de travail, me tourmentait l'imagination. Je ni« reprochais de n'avoir pas mis sur-le-champ cette affaire eq Iralu, dans mon premier entretien avec le maire, E ' loigner au moins de moi la responsabilité d'un si fàcheui Mat.

Je ne restai pas longtemps dans ce trouble d'esprit, nld du désir de prouver aussi promptement que possible moiâ zèle et mon dévouement aux intérêts de l'école. Un peu dffi réflexion me démontra que le bien ne peut se faire ni subÎ4 tement ni hors de ptopos ; qu'il faut choisir le temps utiln et agir avec une sage gradation ; ce sont les deux lois d

véritable progrès. J'avais bien assez à faire, pour le moment, de surprendre, de miner, d'affaiblir peu à peu les préventions qui m'accueillaient; quelle chance avais-je d'obtenir des faveurs, lorsque le strict nécessaire ne m'était accordé qu'avec défiance? Après tout, les occasions de démontrer l'insuffisance du mobilier ou des moyens de travail ne manqueraient pas, et; en attendant que je fusse écouté, je pourrais encore tirer parti des misérables ressources qui m'étaient livrées, de manière à m'en faire honneur.

Je me bornai donc à récapituler mes premières relations, ou, pour mieux dire, à repasser dans mon esprit ma première rencontre avec les personnages qu'il m'importait de ménager et de satisfaire. J'avais très-peti marché, mais je n'avais pas fait fausse route. Je m'étais préservé de toute parole imprudente, et je n'avais pas, comme il arrive trop souvent, créé des difficultés nouvelles, outre celles que j'avais eu le malheur de trouver sur mon chemin.

L'instruction primaire, à cette époque, était surveillée par des comités cantonaux et par des comités locaux, dont le maire et le curé étaient membres de droit, mais dont un notable de la commune, désigné par le comité cantonal, pouvait aussi faire partie. Cette dernière disposition a été reproduite dans la législation de 1850, complétée par celle de 1854, sous laquelle, mon cher ami, vous entrez au service de l'instruction publique ; seulement au lieu du comité cantonal, qui n'existe plus, c'est le conseil départemental qui désigne ce troisième membre, sous le nom de délégué communal.

Dans ma préoccupation, assez excusable, j'allais oublier de rendre visite au notable dont l'avis pouvait départager, au besoin, le maire et le curé, s'ils n'étaient pas d'accord sur les questions d'école. Un mot jeté au hasard par mon hôte me fit remarquer l'oubli que j'étais sur le point de commettre. Je m'empressai donc de clore ma journée par cette dernière excursion.

1 LA l'tlOFËSSION d'instituteur. 61

^'1* troisième membre du comité local de sun-eillance était un officier en retraite, plein de piété et d'honneur, qui aimait à conter ses batailles, mais qui entendait fort bien les petits détails d'instruction et de discipline. Je vis que j'aurais en lui un juge assez sévère, mais intelligent, Il regrettait l'ancieninstituteur; il était de ceux qui auraient voulu qu'on tolérât la direction de l'école entre les mains du jeune maître, qui l'avait reçue comme un legs de famille. Il ne gofitail pas les décisions qui restreignait l'initiative communale, et, à cet égard, il montrait un esprit de corps qui, je le voyais bien, pouvait aller quelquefois jusqu'à la passion. J'entrai dans ses vues autant que je le pus, sans désavouer l'autorité de laquelle je tenais raon titre ; je cherchai à lui persuader que celte autorité, ins- [ùrée par le seul amour du bien, était heureuse quand il lai devenait possible de concilier le vœu d'une population avec l'intérêt du servi ve public ; mais qu'elle ne pouvait toujours réussir dans cette combinaison difficile. Je me présentai à lui comme un soldat mis en faction par son supérieur et qui ne peut qu'obéir fidèlement à sa consip^'j, et je l'assurai que je serais, si Dieu me venait en aide,' une sentinelle vigilante, toujours Tceil et l'oreille au guet pour découvrir les plus sûrs moyens d'accomplir son devoir. Mes petites métaphores militaires ne déplurent pas à l'ancien officier, et, sans me promettre ses bonnes grâces, il me laissa persuadé de sa droiture. 11 m'honora même du récit d'âne affaire, où, lui aussi, placé en sentinelle avancée,. , U était venu à bout de trois espions déguisés. Cet épanche- "Il ment ne me parut pas de mauvais augure.

Le temps du repos était arrivé, mais je ne dormis guère. Mon sommeil, fort léger, fut interrompu par des songes où je me voyais au milieu des enfants de l'école, tantôt silencieux et calmes, tantôt bruyante et turbulents; oii je passais en réunie des livres, des cahiers, ceux-ci maculés el mal

tenus, ceux-là propres et polis. Ma confiance et ma crainte, mes scrupules et mes espérances bataillaient dans mon cerveau, à la veille de cette grande épreuve. Il n'y a pas de détails mesquins lorsqu'il y va d'une carrière et d'un avenir ; et il n'y a guère que les Instituteurs sans vocation qui dorment bien la veille de leur première classe

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